‹ Lettres à Alfred de Husset et à Sainte-BeuveChapitre 42 sur 55 · I. Ici cpiatre mots efiacés par George Sand au crayon bleu · texte numérisé non relu

I. Ici cpiatre mots efiacés par George Sand au crayon bleu

nîfié, la rêveuse, la bête, la religieuse, que sais-je?Tu m'avais blessée et offensée, et je te l'avais dit aussi : ce Nous ne nous aimons pluSj nous ne nous sommes pas aimés. y>

Eb bien, à présent, tu veux l'bistorique jour par jour et beure par beure de ma liaison avec Pierre, et je ne te reconnais pas le droit de me questionner. Je m'avilirais en me laissant confesser comme une femme qui t'aurait trompé. Admets tout ce que tu voudras pour nous tourmenter, je n'ai à te répondre que ceci : Ce n^est pas du premier jour que j'ai aimé Pierre, et même après ton départ, après t' avoir dit que je l'aimais peut-être, que c était mon secret et que n étant plus à toi je pouvais être à lui sans te rendre compte de rien, il s'est trouvé dans sa vie, à lui, dans ses liens mal rompus avec ses anciennes maîtresses, des situations ridicules et désagréables qui m'ont fait bésiter à me regarder comme engagée par des précédents quelconques. Donc, il y a eu de ma part une sincérité dont j'appelle à toi-même et dont tes lettres font foi pour ma conscience. Je ne t'ai pas permis à Venise de me demander le moindre détail, si nous nous étions embrassés tel jour sur l'œil ou sur le front, et je te défends d'entrer dans

une phase de ma vie où j'avais le droit de reprendre les voiles de la pudeur vis-à-vis de toi. Le temps où nous sommes redevenus frère et sœur a été chaste comme la fraternité réelle, et à présent que je redeviens ta maîtresse, tu ne dois pas m'arracher ces voiles dont j'ai vis-à-vis de Pierre et vis-à-vis de moimême le devoir de rester enveloppée. Crois-tu que s'il m'eût interrogée sur les secrets de notre oreiller, je lui eusse répondu ? Crois-tu que mon frère eût bon goût de m'interroger sur toi? — Mais tu n'es plus mon frère, distu ? Hélas I hélas I n'as-tu pas compris mes répugnances à reprendre ce lien fatal 1 Ne t'ai-je pas dit tout ce qui nous arrive ! N'aije pas prévu que tu souffrirais de ce passé qui t'exaltait comme un beau poème, tant que je me refusais à toi, et qui ne te paraît plus qu'un cauchemar, à présent que tu me ressaisis comme une proie ? Voyons, laisse-moi donc partir. Nous allons être plus malheureux que jamais. Si je suis galante et perfide comme tu semblés me le dire, pourquoi t'achames-tu à me reprendre et à me garder ?

Je ne voulais plus aimer, j'avais trop souffert. Ah I si j'étais une coquette, tu serais moins malheureux. Il faudrait te mentir, te dire : « Je

n'aî pas aimé Pierre, je ne lui ai jamais appartenu. )) Qui m'empêcherait de te le faire croire? C'est parce que j'ai été sincère que tu es au supplice. Donc, on ne peut pas s'aimer dans les conditions oîi nous sommes et tout ce que j'ai fait pour revenir à l'amitié était illusoire I Que nous restera-t-il donc, mon Dieu, d'un lien qui nous avait semblé si beau I ni amour, ni amitié! mon Dieul

Certainement, j'irai, mon pauvre enfant^.

Je suis bien inquiète. Dis-moi, est-ce que je ne peux pas t'aller soigner ? Est-ce que ta mère s'y opposerait ? Je peux mettre un bonnet et un tablier à Sophie ^. Ta sœur ne me connaît pas. Ta mère fera semblant de ne pas me reconnaître, et je passerai pour une garde.

I . Sans date ni cachet de la poste. Adresse : Monsieur Alfred de Musset, de la main de George Sand.

a. Il était malade et la priait de venir le voir avec Papet et RoUinat.

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