‹ Lettres à Alfred de Musset et à Sainte-BeuveChapitre 14 sur 52 · Mariclon, p. i · texte numérisé non relu

Mariclon, p. i

LA l' I N D'UNE LEGENDE Y \ V

qu'elle aime. De tout temps, elle a vu beaucoup plus loin, pour Musset, que la « liaison » elle-même. Il semble même que, ce lien rompu, elle dépouille avec joie, la « maîtresse », pour devenir en quelque sorte l'amie amoureuse, l'instigatrice d'une vie nouvelle, l'inspiratrice d'idéal. Étrange guide, dira-t-on, pour l'auteur de Rolla que l'auteur de Lélia ! Elle en fut un pourtant, et le meilleur qu'alors Musset pût suivre. Car, si Rolla, c'était Musset , Lilia , ce n'était point — heureusement — George Sand. L'une avait seulement rêvé son roman; l'autre, hélas! avait vécu son poème. De là, chez lui, ces deux hommes dont l'un attire et l'autre repousse. De là, chez elle, cette double direction qu'elle essayait, avec une sagesse supérieure à ses livres et une bonté passionnée, d'imprimer à la fois à la conduite et à l'esprit de Musset. Nous ne dirons rien qui ne soit connu ; à peine ajouterons-nous çà et là quelques lignes inédites de Musset, dont l'introduction nous paraît nécessaire.

Écoutons-la d'abord :

« Oh ! je t'en prie à genoux ! pas encore de vin ; pas encore de filles ! C'est trop tôt. Songe à ton corps qui a moins de force que ton âme,

XXVI INTRODUCTION

et que j'ai vu mourant dans mes bras... Ménage cette vie, que je t'ai conservée peutêtre... Laisse-moi le croire, laisse-moi être un peu vaine d'avoir consacré quelques fatigues de mon inutile et sotte existence à sauver celle d'un homme comme toi. Songe à ton avenir qui peut écraser tant d'orgueils ridicules, et faire oublier tant de gloires présentes ! Te voir arriver à l'éclat que doit avoir la destinée, et te voler au monde de temps en temps pour te donner les joies du cœur, c'est ce que j'ambitionne et c'est ce que j'espère. » (29 avril i834-)

Quinze jours après : « Sois heureux, sois aimé... Mais garde-moi dans un petit coin secret de ton cœur, et descends-y dans les jours de tristesse pour y trouver une consolation ou un encouragement... Aime une femme jeune, belle, et qui n'ait pas encore aimé, pas encore souffert. Ménage-la, et ne la fais pas souffrir...

» Ton cœur, ton bon cœur, ne le tue pas, je t'en prie; qu'il se mette tout entier ou en partie dans toutes les amours de ta vie, mais qu'il y joue toujours soi rôle noble, afin qu'un jour tu puisses regarder en arrière et dire comme moi : « J'ai souffert souvent, je

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