‹ Lettres à Alfred de Musset et à Sainte-BeuveChapitre 20 sur 52 · LA FIN D'UNE LEGENDE WM1I · texte numérisé non relu

LA FIN D'UNE LEGENDE WM1I

fant du siècle qui était toute générosité, a-t-il écrit cette Nuit d'octobre, qui est toute injustice? Pourquoi faut-il que nous protestions, au nom de la bonne foi, contre la légende accréditée par ces vers trop fameux :

Honte à toi qui la première M'as appris la trahison, Et d'horreur et de colère M'as fait perdre la raison !

Pourquoi faut-il que l'on puisse reprocher au poète les procédés ironiques du Merle blanc , et d'autres allusions dont la haine s'est emparée? — Pourquoi? Il serait encore plus difficile de dire comment le Musset des lettres que nous avons citées était capable de tenir ce qu'il promettait dans ses accès d'énergie. Son ennemi, il le portait en luimême. La lutte entre les deux hommes se continuait dans son âme, chaque jour plus désastreuse pour le meilleur des deux. Le rêve qu'il avait caressé en un jour de renaissance lui devint odieux aux jours fréquents des rechutes. Et de tout cet amour extra vase, il ne lui resta qu'amertume, matière à très beaux vers, éternellement admirables par leur éternelle désespérance, mais où la vérité s'en-

XXXIV INTRODUCTION

veloppe de trop de voiles pour n'être pas toute pareille à la fausselé. Lui-même s'est confessé à nous :

Ah ! malheur à celui qui laisse la débauche Planter le premier clou sous sa mamelle gauche !

Ce clou, George Sand — et ce sera son honneur en cette histoire — George Sand a tenté de l'arracher. Elle ne l'a pu. Et la pointe de fer, toujours poussée plus avant, a consommé son œuvre. Voilà bien ce qui a tué Musset. C'est de cela que l'homme est mort, c'est de cela que le poète a toujours été malade.

Concluons.

« Je ne t'aime plus, mais je t'adore toujours», criait George Sand, fuyant Musset pour la dernière fois. Et lui, un peu avant : « De ce que je t'ai trouvée, c'est une raison pour ne plus vouloir chercher. »

Ces deux paroles ne disent-elles pas, chacune à sa manière, ce que chacun sentait d'invincible dans cet amour ? « Paix et pardon ! » dit encore ailleurs George Sand. Et lui, dans une lettre suprême où il semblait défier les

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