Lettres nouveUes, t. II, p. 188 et suiv
pis que ce qu'on m'a dit, et qu'à moins d'avoir la bonté de faciliter vous-même à de misérables débiteurs les moyens de vous payer, vous êtes en danger de tout perdre. Eh ! que voulezvous que des huissiers exécutent chez de pauvres gens qui couchent sur un peu de paille, et qui boivent de l'eau dans une cruche égueulée ? et comment feront-ils pour payer des frais s'ils ont tant de peine à payer le principal ? J'attends qu'ils aient recueilli quelque grain, vendu quelques agneaux, enfin fait de l'argent de quelque denrée ; et je remarque que moins je leur fais de frais, plus la recette grossit. En un mot, c'est ménager vos intérêts, que de ménagerie pauvre peuple: il m'apporte ce qu'il ne donne pas à des sergents, et si vous y vouliez faire un peu d'attention, vous trouveriez que j'ai plus reçu dans un si mauvais temps que ceux qui m'ont précédé n'ont reçu dans le meilleur... »
L'excellent Boursault parle ensuite de fauxsauniers pris en récidive qu'il a fait condamner à l'amende « prescrite par l'ordonnance » et auxquels il voudrait pouvoir accorder un délai pour leur épargner les galères. Et il ajoute : a On en prit encore un hier matin , mais que je ne crois non plus faux-saunier que moi
,o NOTICE.
C'est un pauvre diable d'environ dix-huit ou vingt ans, espèce de maçon qui alloit cherclier à travailler à Moulins, et qui apparemment acheta à peu près deux livres de sel au pays rédimé, où il est à bon marché, pour se faire au besoin un peu de potage. En vérité, je fais scrupule de le poursuivre : à quelque foible amende qu'on le condamne, il lui est absolument impossible de la payer; et faute de payement, il faudra qu'il ait le fouet par la main du bourreau. Je suis obligé, monsieur, de vous représenter qu'il y a de la conscience à punir un pauvre garçon qui n'est pas coupable....»
Lejariel retourna la lettre avec des annotations marginales d'une monotonie féroce : a De l'argent ! de l'argent! de l'argent ! )) Rien de plus, sauf un mot de la fin qui vise tout à la fois le protégé et le protecteur, et qui complète ce financier plus qu'octogénaire et plus que deux fois millionnaire :
c( Coupable ou non, il faut qu'il paye l'amende, ou qu'il soit fustigé. Nous n'aimons pas les commis si pitoyables. »
Le receveur des tailles eut le sort qu'il méritait : n'étant pas asse:^ méchant^ il fut révoqué ^