‹ Lettres à Basile [microforme]Chapitre 17 sur 18 · MIE IR · texte numérisé non relu

MIE IR

| Il | Je viens vous faire mes adieux.

pe |! J'en suis marri ; mais que voulez-vous, c’est la il | l loi d'ici bas : il n’y a point de bons amis qui ne in | | quittent.

MU | Je me souviendrai longtemps croyez-moi, M. In Basile, des ; joyux moments que vous m'avez profi | | curés ; et je suis convaincu que, de votre côté, 1] | | vous à ’oublierez jamais les petites attentions que À | | J'ai eues pour vous. Je veux même y mettre le Î | (| | comble en vous donnant. comme souvenir de moi, (l 1l | quelques petits conseils qui me sont suggérés par | M | l'intérêt que je vous porte, et que je vous prie de [1h mettre en pratique, si vous voulez évitez de nou- “4 | qi: veaux désagréments

Al! Ces petits conseils, les voici M. Basile.

| AU LA 10. Prenez garde au péché d’orgueil qui consiste

| (| à se croire beaucoup meilleur que les autres ; et

k | | | | méditez quelquefois sur cette belle parole de St. É F | | | Paul : ‘ Je suis le dernier d’entre mes frères ! ” ù Lin 20. Souvenez-vous de Faxiôme: ‘ Quand on

demeure dans une maison de verre, on ng doit pas

An || jeter de pierres chez son voisin.” Ce qui.veut

| | À qu dire que, lorsqu'on a dans sa réputation certains ll | 1 | accrocs peu enviables, il est très imprudent d’esfl jp sayer à déchirer celle des autres.

à LU | 0 . .

TRE 30. Rappelez-vous que le ciel est fait pour tout

| | | | {ll | le monde, et que c’est être égoiste que de vouloir | |

on Ts

l'accäparér pour soi tout seul ; que ce métier-là est dangereux, car én voulant fermer la porte dun paradis au nez même des grands dignitaires de l'Eglise, on risque de s'en faire donne” sur les doigts et d'être remis à sa place.

40. Avant de parler au nom de la religion, commencez par en étudier les doctrines les plus élémentaires ; et au lieu de réprimander les autres pour leur insubordination, commencez par vous soumettre vous-même aux autorités de votre diocèse, et cessez de leur dicter une ligne dè conduite à votre guise.

50. N’accusez pas les autres d’irréligion, sous prétexte qu’ils ont politiquement différé d'opinion avec certains membres du clergé, de peur qu’on ne vous rappelle que vous avez écrit des articles de journaux censurant nos autorités religieuses ; que vous avez ouvertement accusé votre Archevêque de faire des concessions à l’esprit du mal ; que vous vous êtes, tout dernièrement encore, insurgé publiquement contre une de ses décisions, et qu'enfin, vous faites parti d’un certain cercle d’iuminés qui viennent de publier à Montréal un ignoble pamphlet, où les sommités religieuses du pays sont représentées comme agissant sous l’influence directe de l'Enfer.

60. N’offrez jamais votre affidavit pour prouver que vous n'avez jamais écrit de lettres anonymes. Vous êtes assez avocat pour savoir qu’un accusé n'est jamaïs admis à testifier dans sa propre cause. Et puis tont le monde sait qu’un homme qui écrit des lettres anonymes, est capable de le nier sous sernent. Le révérend M. Patry s'occupe probablement assez peu de vous pour faire semblant

Des gr

d'accepter vos dénégations assermentées ; mais le public est beaucoup plus sévère, lui ! (*%)

70. Quand vous aurez jamais à justifier les écrits cyniques et saugrenus de M. Veuillot, n’invoquez jamais la Bible, de peur qu'on ne vous défie de traduire en langue vulgaire, le cantique des cantiques de Salomon, l’origine des Moabites et des Ammonites, les aventures gallantes du patriarche Judas, l’histoire d’Oalla et d'Oaliba, quelques passages des prophéties d'Ezéchiel, etc. etc.

80, Quand vous discuterez avec un adversaire, ne tronquez jamais ses phrases et ne défigurez jamais ses idées, dans le but de faire penser du mal de lui et de son style, Ce petit moyen est trop puéril pour un homme sérieux, et pas assez honnête pour un saint homme. En recourant à de semblables artifices, vous prouvez à tout le monde que vous n'êtes ni l’un ni l’autre.

90. Si jamais vous changez de lieu de résidence ne le faites pas dans le dessein que vous me communiquiez à moi-même, en quittant Québec, celui d'aller spéculer sur la bétise humaine ; car ce genre de spéculation pourrait encore produire ailleurs ce qu'il a produit à Kamouraska, une basiliophobie chronique et incurable, dont les symptômes se manifestent d’une manière si désagréable pour l’'odorat des passants.

100. Je vous conseillerais aussi, M. Basile, de ne jamais dire que tous ceux qui vous détestent à Kamouraska sont de la canaille ; d'abord c’est bien prétentieux, et ensuite, vous uous donnez par là

(*) J'ai su depuis que ces affidavits sont rédigés de façon à ne rien nier formellement ; ils sont tellement bourrés de faux-fuyants et d'échappatoires, qu'ils ne pourraient être acceptés par aucun tribunal de justice.

dé She RAR rs hs bee né

Her, DAT

une trop triste idée de ce charmant village où vous auriez bien du mal à trouver deux amis.

110. Ne vous laissez pastrop emporter par votre zèle, et abandonnez à jamais le dessein de vous faire bâtonniste devant l'arche d'alliance ; vous savez maintenant par expérience que lorsqu'on veut trop bâtonner les autr :, on court de risque de se faire bâtonner soi-même.

120. Enfin, mon cher M. Basile, je soumets à vos saintes méditations le proverbe suivant, dont les circonstances ne peuvent manquer de vous faire apprécier toute la justesse : Te/ va chercher de la laine qui s'en revient londu !

Voilà, M. Basile, quelques conseils que vous n’hésiterez pas, j'e:i suis sûr, à mettre en pratique, attendu que vous savez maintenant ce qu'il en coûte pour ne pas les avoir reçus plus tôt,

Maintenant, M. Basile, quelques mots seulement pour mettre le public en garde contre les fausses interprétations que vous donnez à certains vers que j'ai écrits, il y a déjà longtemps, et dans des circonstances qui né sont plus du tout celles d’aujourd’hui.

Si vous aviez plus d'intelligence et de bonne foi,

vous ne m'accuseriez certainement pas d'avoir appelé le peuple aux armes pour délivrer le pays de vous et de vos pareils. Ce n’est pas la peine, allez, M. Basile, un peu de patriotisme et le scrutin secret, vous balayeraient bientôt comme une nuée d'insectes.

Si j'ai parlé de révolution, c’est comme avertissement. Et cet avertissement, je le maintiens. Nous sommes de chair et d’os comme les autres peuples, et ce qui se passe chez eux est plein de terribles leçons pour nos gouvernants. Quand

Lean

Ne RE

céux-ci n’ont plussde respect pour les lois; quand ils chessent de force de l'enceinte parlementaire jusqu'aux représer..ants de là presse, de peur que le récit dés turpitudes ministérielles ne parvienne jusqu'aux oreilles du peuple; quand ils décernent effrontément des honneurs publics à des repris de justice; quand ils font sortir les criminels de 1 | prison pour s’en faire des agents électoraux ; pl ‘quand ils -corrompent les officiers rapporteurs pour | escamoter les élections; quand ils enlèvent les

candidats par la ferce armée; quand ïls privent I des paroisses entières de leurs droits de franchise, Il parce qu’elles leur sont opposées; je dis que nous

| | 1e RATE j : k l courons à la révolution !......

il | Vous en avez eu un exemple en petit dans le ] j

| comté de Kamouraska, en 1867. Qui était respon-

| sable des voies de fait déplorables dont vous avez

| été le témoin dans cette circonstance ? Je ne justi-

fie point un peuple de se faire justice soi-même ;

| mais j'ai le droit de montrer j’abime v 1equel

LE LU nous marchons, et de dire à ceux qui se noquent

LLpEl ainsi du droit et de la justice: ‘ N’allez pas plus |

| Li loin, rar il arrivera un temps où le peuple ne

Ad) saura plus mettre de frein à son juste ressenti-

ll | Voilà ce que j'ai voulu dire. Et si quelque autre | | EN sens peut être attribué à mes paroles, je le répudie, [l Il ya, dans la Voir d'un Exilé, deux vers sur

lesquels je tiens particulièrement à revenir avant

| de clore la discussion. Les voici:

| Un triste aveuglement donne à l’horrible scène

Le sanctuaire pot r décor.

LE J'avoue que ces vers peuvent donner lieu à

LT fausse interprétation; e‘jene vous en veux pas

| : trop, M. Basile, de me les avoir rappelés, puisque

que

cela me donne l’occasion d'expliquer ma pensée. Cette explication est toute simple. En écrivant cela, je n'ai pas eu l'intention d’accuser le clergé, mais simplement l’école politico-religieuse qui, depuis quelques années, spécule si effrontément

sur les croyances du peuple, et fait du sanctuaire :

le théâtre de ses honteu: : intrigues. Les Basiles, enfin!

La seule allusion que j'aie faite au clergé, deue la Voix d'un Exilé,—et cette allusion confirme ce que je viens de dire,—se trouve dans ce vers:

Le bergr dort au Heu de veiller à son poste,

Je puis m'être trompé ; mais je le croyiis ainsi.

Au surplus, si c’est un crime que j'ai fait là, M. Basile, vous êtes vous-même un bien grand scélérat, car vous en avez dit beaucoup plus que cela dans vos Causeries du Dimanche et ailleurs, à propos du libéralisme catholique. Et votre école donc !....… La ditférence entre vous et moi, c'est que je fais les choses ouvertement, au grand jour, etque vous les faites sournoisement et en cachette.

Autre chose, Vous m'avez accusé d’avoir justifié l'assassinat politique. J'ai prouvé par le texte même de mon écrit que vous m'aviez indignement calomnié. Vous revenez à la charge et voñci comment vous vous excusez :

“ En ne citan. pas en entier, dites-vous, les vers “ de M. Fréchette, je n’a: pas dénaturé sa pensée, “ ou bien il a pensé autrement qu’il n’a écrit. Le «“ lecteur. en jugera luimême en lisant, non pas ce “que M. Fréchette a lui-même cité, mais toute la “ pièce.”

Très bien, M. Basile, j'accepte le verdict; et si vous ne revenez pas sur 1: paroles, vous publierez la pièce en entier dans le Nouveau-Monde ; et

Page 1