LETTRE XIX
Madame Félix Leseur
Samedi-
Mon cher Emile ,
Si je voulais exprimer le plaisir, ou mieux la joie qne m'a causée votre envoi et le mot qui l'accompagnait, je serais peut-être un peu
' L'éditour d'art, mort depuis, Edouard Pelletan, qui a restauré la gravure sur bois pour la décoration du livre ; il fut un grand artiste, d'une culture, d'une conscience et d'une compétence exceptionnelles, renoua la tradition des illustres éditeurs d'autrefois et publia quelques-uns des plus beaux livres illustrés qui aient paru depuis la fin du xye siècle. [Note de l'Éditeur.)
2 Cette carte n'est pas datée; mais elle fut écrite le 31 décembre 1904. {lYote de l'Éditeur.)
ridicule. Il vaut mieux ne pas parler de certaines et douces émotions. Je vous dis simplement : (( Merci, » de tout cœur en vous embrassant, et en embrassant par vous Jeanne et les enfants. Que 1905 vous voie tous heureux et bien portants et que notre amitié , qui ne peut guère augmenter, nous apporte du moins beaucoup de joies et d'heureuses réunions.
Je suis votre « amie » et vous savez que c'est un nom que je ne prodigue et ne profane pas^
LETTRE XX
6 Mars 1905.
Ma chère Jeanne,
Félix m'a dit votre affectueuse sympathie, que je connais et sur laquelle je sais pouvoir toujours compter.
Mon temps, mes pensées, mon cœur, tout en ce moment est consacré à ma chère petite
' Ce mot do remercionienl, écjil par Klisabelh Leseur sur une de ses cartes de visite nu mari de sa correspondante, fut rédigé, le timbre de la poste en fait foi, le l''"" Janvier 1905. [Noie de l'Éditeur.)
sœur'. Je sors chaque matin pour aller à la messe; mais suis toujours rentrée à 11 heures, sauf, bien entendu, le Jeudi et le Vendredi*.
Voulez-vous nous garder Jeudi 16 pour dîner avec nous et avec mon frère et sa femme ?
Je sens combien votre cœur compatit à mes angoisses. Humainement, votre affection est une des grandes consolations de ma souffrance actuelle ; je n'espère qu'en Dieu et Lui confie celle que j'aime, après Félix, plus que tout au monde.
Je vous embrasse, ma chère Jeanne, de toute ma profonde affection. Un bon souvenir de tous deux à tous deux et baisers aux enfants.
Votre vieille amie,
Elisabeth.
^ Juliette, alors si malade. Se reporter à Une Ame, dans La Vie Spirituelle. {Note de l'Editeur.)
2 Elisabeth Leseur et son mari recevaient alors tous les Jeudis à déjeuner, pendant l'absence de Félix Le Dantec, son fiancé, .Mademoiselle Yvonne Le G... et sa mère. (Voir plus loin dans la troisième partie, page 295, la Let- ■ruE LXXXI.) D'autre part, le Vendredi de chaque semaine Hlisabeth Leseur déjeunait chez sa mère et y passait la journée, son mari étant pris ce jour- là par la réunion hebdomadaire d'une société, réunion précédée d'un déjeuner et à laquelle il prenait part. (Voir également plus loin, dans la troisième partie, page 272, la troisième note de la Lettre LXX.) Elle n'était donc pas libre le matin de ces deux jours là. [Note de l'Éditeur.)