LETTRE XVII
16 Décembre 1904.
Ma chère Jeanne,
Que dites -vous de celte feuille administrative*? Je viens d'épuiser ma provision de papier et je vais la renouveler aujourd'hui.
Il ne m'a pas été possible de vous faire une visite Mardi; et Mercredi, les torrents d'eau et le vent m'ont forcée de regagner mon logis, sans avoir pu gagner le boulevard Malesherbes. Mais il me semble que je ne vous ai pas vue depuis bien, bien longtemps, et j'en suis toute privée. Aussi, Dimanche, si nous pouvons intercaler entre Louveciennes, où
' Papier à IcUrc officiel de la (^onipai-nie dont Ir mari (l'IClisabc'lli Leseur était le directeur {j^énéral. [Xole de l'EiUleur. )
nous déjeunons, et Passy, où nous dînons, une petite visite chez vous, vers 5 heures 1/2, nous le ferons avec joie. Seulement, ne rentrez pas pour nous , puisque nous ne sommes pas absolument sûrs de pouvoir exécuter ce doux projet. Ne changez rien à vos dispositions pour ce jour -là.
Il me sera très doux , ma chère Jeanne , de finir avec vous, au milieu des vôtres, cette année qui restera parmi mes souvenirs douloureux, mais qui s'achève plus doucement, puisque le médecin, qui a vu ma sœur^ Lundi, a été stupéfait du brusque changement et de l'amélioration inattendue survenus dans son état. Je confie à Dieu l'année nouvelle et n'oublierai aucun de vous, que j'aime tant, pendant ces jours de fête qui, au point de vue religieux, m'apportent tant de force et de joie.
Et j'espère que Noël apportera la paix et la joie, non seulement à ceux que j'aime, mais à tous et à notre cher pays. La haine et les incompréhensions mutuelles dont nous souffrons me sont aussi douloureuses que si elles existaient dans ma propre famille. Il en est de même pour vous, je le sais.
Pardon de cette stupide lettre qui n'a d'excuse que d'être un tout petit coin de mon
' Juliette, se reporler'à La Vu: SpinniiKi i r, Une Ame, p. 358. {Note de l'Editeur),
130 LETTRES A DES INCROtAN.TS
cœur, que je vous envoie d'avance en guise de présent de Noël.
Amitiés et baisers autour de vous et pour vous.
Votre
Bébeth.
LETTRE XVIIP M. et M""" Félix Leseiir,
3, rue d'Argenson , VI 11^.
Au sectaire . au combiste qui unit dans un agréable mélange le socialisme et le conservatisme , au farouche anticlérical , mais aussi au bon et charmant ami,
A la plus précieuse et « appréciée )> des amies, un peu réactionnaire comme moi et très libérale... comme moi,
* Ce mol d'envoi, adressé à la correspondante d'Elisabeth l.«'seur ol à son mari, était éeril sur une carie de visite, avec loul l'humour el la simplicité inspirés par une iulinie cordialité. Il accomijagnail un volume : Chansons di: i.X VIEILLE France, illustré (le bois en couleur de W. Graham Robcrlsun. (A^o/e de l'Éditeur.)
Nous offrons ce souvenir de la vieille France que nous aimons tous également.
Félix estime que ce livre est digne de vous, car il est illustré avec des bois en couleur les plus beaux, avec ceux de Pelletant qui aient été faits ces dernières années.
Bons souhaits et toute notre affection*.