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LETTRE XXII

27 Mai 1905.

Ma chère Jeanne, La semaine que nous venons de passer a

' Se reporter également i\ Une Ame, dans La Vie Spirituelle, où se trouve, pages 390 et suivantes, le récit de la nu)rl do Julielle. ( Sote de l'Éditeur.)

été bien remplie pour nous d'émotions très douces et très émouvantes à la fois; j'ai voulu me consacrer entièrement à la chère petite que j'aime conmie mon enfant^ et à ma pauvre maman, et les jours ont passé sans que je puisse vous envoyer un mot. Votre lettre est venue remplacer près de moi une de vos bonnes visites et je ne puis dire l'émotion que m'a causée votre télé^^ramme. C'est une de ces pensées comme, tous deux, vous savez en avoir. En revenant, le soir, après cette journée émue et sainte, ce témoignage de la plus sûre des amitiés m'a fait du bien au cœur. Rien n'aura manqué à ce jour : ni les souvenirs, ni les tendresses, ni les pensées consolantes. Vous avez voulu me le faire plus doux encore en vous y mêlant un peu. Merci, nos vrais amis.

Votre enthousiasme pour Florence ne m'étonne pas. L'Italie seule, je crois, possède ce charme qui la fait aimer comme un être vivant. C'est le seul pays où je voudrais toujours revenir et revenir longuement. J'aimerais y être avec vous.

La séance « cosmopolite » a dû èlre diver-

' La petite-nièce d'Elisabeth Leseur, Marie D... , qui venait de faire sa Première (Communion le 25 Mai 1905. Se reporter à La Vie Spirituelle, Introduction et la Femme chrétienne. (Note Je Vp.fliteur.

lissante^. Il me semble bien pourtant que vous deviez un peu jurer là -dedans. Pas plus que moi vous n'avez ce qui convient, et si vous êtes un peu plus modem style que moi, c'est une question de degrés, de faibles degrés.

J'espère voir vos enfants avant votre retour ; du moins j'en ai le projet, car les circonstances font que je ne suis pas toujours libre. Il va être nécessaire que j'accompagne ma pauvre maman dans une série de courses pénibles chez des notaires et des gens d'affaires. A aucun point de vue je ne veux la laisser aller seule.

' Elisabeth Leseur fait allusion à une réunion qui s'était tenue chez des Israélites riches que connaissait de loin le ménage de ses amis, et qui avaient convié un certain nombre de personnes, très fortunées, appartenant au monde de la finance et des affaires, parmi lesquels se trouvaient des Hollandais et des Anglais vivant à Paris. Cette palabre assez disparate, à laquelle les amis d'Elisabeth Leseur assistaient en curieux amusés, avait pour but d'étudier la question ouvrière et d'y apporter des solutions inspirées par une philanthropie d'extrême gauche. En effet, quelques-uns des bourgeois riches, appartenant à ces milieux, subissaient alors l'ascendant de Jaurès, acceptaient ses directions, sans toujours bien comprendre sa philosophie politique, et palroimaient son journal, L'Humanité. Si Molière était revenu à la vie, il aurait pu donner un pendant moderne à son Bourgeois Gentilhomme en écrivant un liourgeoi» Socialiste , qui les eût pris pour types. Malheureusement cet engouement ne, se contenta pas d'être une mode assez ridicule, somme toute; il fut un jeu pernicieux. [Note de l'Editeur.)

A bientôt, n'est-ce pas, chers amis? Vous ne vous figurez pas combien je dirais volontiers ce mot à peu de gens en ce moment.

Les deux envoient à tous deux la plus affectueuse pensée, et moi, ma chère Jeanne, je vous embrasse en amie, je ne peux pas mieux dire.

Votre

E. Leseur.

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