LETTRE XXXIII
27 Août 1908.
Nous avons été contents, ma chère Jeanne, de savoir par Emile que votre petite colonie
' Lettre écrite de Jougne comme la précédente. 'Xol(></p l'Editeur. )
esl en bon état et passe d'agréables vacances. Bientôt vous ne serez plus au complet, puisqu'Emile revient à Paris Lundi ; ma lettre vous arrivera assez tôt pour que vous puissiez partager avec lui mon très affectueux souvenir.
Ici la fâcheuse dislocation va commencer également : notre excellente amie Madame V. . . ^ nous a quittés Mardi dernier, ma sœur et son mari regagneront Paris le 1" Septembre.
Félix me quitte Dimanche jusqu'à Samedi ; il fera encore une fugue au mois de Septembre, puis nous espérons pouvoir prolonger un peu en Octobre notre séjour.
Félicitations à l'équipe A... V... P Bons
souvenirs à ces derniers et à L Cette troupe
de jeunesse doit follement s'amuser... et elle a bien raison !
Ma santé continue à être bonne et me permet de savourer toute la douceur de cette existence que j'aime et qui, cette année, malgré les précautions nécessaires, n'est plus traversée par de perpétuels malaises ou des souifranccs. Maman est mieux en ce moment, ce qui me donne plus de liberté d'esprit, et les
' Une des amies les plus ûdèlcs de la famille d'Élisabelii d'une f^Tande bonté, qui a toujours témoigné à Klisabeth une alTection très tendre et qui, pendant sa dernière maladie, m'a aidé à la soigner avec un dévouement vraiment toucliant, dont je lui demeure piofondément reconnaissant. {Note de VEditeur.)
autres, grands et petits, sont en excellent état. La température est redevenue clémente et je ne suis plus seule à braver sur mon observatoire vents et tempêtes, et même la pluie grâce à un grand parasol de bains de mer devenu parapluie pour la circonstance. Mes occupations sont la lecture (mais le paysage lui fait tort souvent), la correspondance quotidienne, la causerie et un énorme ouvrage que j'ai entrepris et voudrais avoir fini pour la rentrée : un lambrequin d'autel, en tapisserie soie et laine ^ Mais l'occupation préférée, ma chère Jeanne, est de penser à ceux que j'aime, de les évoquer tous; chacun d'eux a sa place quotidiennement dans mes meilleures prières, aux instants que mes petits connaissent bien, sans les comprendre, et qu'ils appellent u les méditations de tante Bébeth », Ce sont les meilleurs de la journée et si, grâce à Dieu, ils n'ont plus à me préparer aux peines escomptées, ils servent à me rendre moins a rébarbative » pour autrui.
' Pour l'autel de la sainte Vierge de l'église de Jougne. Elisabeth Leseur le termina, et les années suivantes elle en fit un second jjIus considérable encore pour le maîtreautel. Tous deux ornent aujourd'hui l'église. Elisabeth avait projeté d'en faire un troisième pour le dernier autel de l'église de Jougne, l'autel de saint Maurice, le patron du village ;-la mort l'empêcha de réaliser son projet. [Note de '■'Editeur. )
Embrassez pour nous toute la jeunesse et recevez tous deux un bon baiser de notre ménage.
J'espère, ma chère Jeanne, que durant votre veuvage temporaire vous m'écrirez un peu. Jusque-là je ne veux pas vous enlever à Emile ; cela ajouterait encore à ses « mauvais sentiments » pour moi.
Votre vieille amie
E. Leseur.