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LETTRE XXXII

4 Août 1908.

Toutes nos félicitations pour le jeune triomphateur*, ma chère Jeanne; nous sommes bien heureux de ses succès et l'embrassons par vous très atl'ectueusement. Vous voilà maintenant tous réunis et j'espère que vous allez jouir pleinement de ce bon mois de vacances et que nous nous retrouverons en parfaite santé. Savez-vous que vous ne reconnaîtriez pas la pale et minable Bébeth de cet hiver ^ dans l'Arabe bronzée que je suis devenue ; les Jougnards en font des exclamations d'étonnement. Cette amélioration soutenue commence à me faire espérer que, selon l'avis des médecins, le mauvais état de ma santé depuis un an était dû à cette crise en préparation, et que

' Lettre écrite de Jougne. [Note de l'Editeur.) ^ Adrien, (jui venait de passer avec grand succès ses examens de baccalauréat. [Note de l'Editeur. )

^ Élisabetli avait été gravement- malade pendant l'hiver et le printemps de 1908; elle dût même, convalescente, être transportée, étendue, de Paris à Jougne. Se reporter à JouiiNAL ET Penskes DE CHAQUE jouH, p. 181 ct suivantcs.

maintenant, avec un bon régime eL une vie tranquille, je pourrai échapper aux misères de ces derniers mois. Je ne garderai, il faut le souhaiter, que le courant,,., ce qu'il faut pour tenir Fàme en haleine et la fortifier par un peu de souffrance. Trois fois par semaine je descends à la messe; puis je me promène dans le « parc » et aux alentours. Félix va bien ; tous les instincts de propriétaire que l'homme porte en soi se sont développés depuis peu chez lui et se manifestent avec intensité. Grâce à la complaisance de la municipalité nous acquérons un peu de terrain encore, et je vois le moment où l'ambition terrienne de mon époux ne connaîtra pas de bornes. Il est vrai qu'à cinquante centimes le mètre ce n'est pas encore la ruine prochaine.

Aurez-vous goûté le même plaisir que moi aux Mémoires d'Outhe-Tomhe? il faudra que je les relise; en ce moment je reprends les Nouvelles Confidences de Lamartine et le début m'enchante. Ces écrivains-là ont ce qui manque à nos contemporains : le sens de la vie intérieure, une compréhension délicate des choses de l'esprit qu'ignoreront toujours ceux qui vivent seulement de réalités matérielles. Dans le domaine de la pensée comme dans celui des sentiments, il faut qu'un petit coin de (jcl éclaire notre horizon.

Je l'ai ici, ma chère amie, ce petit coin de Ciel; il est vrai qu'il m'a suivie jusque dans les pires souffrances et les a bien transformées.

Ma sœur et son mari sont enfin avec nous : ce dernier a fort besoin de se refaire. Les enfants vont bien et ma mère supporte assez bien physiquement ses nombreuses fatigues. Tous vous envoient un bon souvenir îiinsi qu'à Kmile ; ce dernier m'a fait grand plaisir en m'écrivant. Aussi embrassez- le pour moi et chargez -le de vous embrasser au nom de Félix et au mien. Un cordial souvenir aux P... qui doivent être d'agréables voisins. Et si L... \.., est près de vous, chargez -vous . pour elle d'un message affectueux. Encore un ï baiser, pour vous et les enfants , dé

Votre vieille amie

É. Leseur.

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