LETTRE XXXV
23 Avril 1909.
Ma chère Jeanne ,
Si j'avais été bien, je serais, hier ou aujourd'hui, allée rue Bizet vous embrasser, ce dont j'ai un vif désir. Mais, liélas ! il me faut renoncer pour quelques jours à ce doux projet; depuis peu j'étais beaucoup moins solide et hier cela n'allait pas du tout : température , douleurs variées, courbature générale, tout ce qui distingue mes agréables crises d'empoisonnement général. J'espère aujourd'hui un peu de soulagement, mais je ne le sens pas encore et crains d'être obligée de prolonger de quelques jours mon repos habituel.
Si je ne puis le faire avant ce jour-là, j'irai Jeudi malin vous embrasser et embrasser la chère petite convalescente ; c'est une vraie privation pour moi de ne pouvoir le faire de suite. Je serais ingrate de me plaindre après la bonne période que je viens de traverser, mais la prospérité rend exigeante.
Nous souhaitons et espérons (pie Denise sera vite débarrassée des petites soullVances
qui suivent, inévitablement, une ojiération et que vous aurez bientôt la joie de la voir tout à fait remise, débarrassée des misères récentes qui vous ont tourmentés tous deux.
Hier, dans mon « accablement », je pensais à vous et attendais avec une véritable impatience le retour de Félix, porteur de nouvelles. Au revoir, ma chère Jeanne, ne m'en veuillez pas de ne pas aller jusqu'à vous, ce qui m'aurait donné tant de joie ; je sens la nécessité, en présence de certains symptômes, de redoubler de prudence. Mais prudence est parfois synonyme de sacrifice.
Amitiés de tous deux pour tous deux. Baisers pour Denise. J'espère qu'Adrien va mieux. Je vous embrasse du fond du cœur, ma chère amie.
Votre vieille
Bébeth.