LETTRE XXXVI
16 Juillet 1909.
Il ne m'a pas été possible de vous écrire encore une vraie lettre, ma chère Jeanne.
' Lettre écrite de Jougne. Comme les (juatre suivantes, XXXVII, XXXVIII, XXXIX et XL. {Xote de l'Éditeur.)
Vous saA'ez ce qu'est la vie collective et, comme je ne veux absolument pas abandonner mes précieux moments de recueillement quotidien , je suis obligée de sacrifier un peu de correspondance et de me fixer un maximum de trois lettres par jour, maximum que je n'ai guère atteint d'ailleurs cette semaine.
Nous avons enfin revu le soleil, mon grand ami, et j'ai pu reprendre possession de la terrasse et commencer une nouvelle cure d'air. La maisonnée va bien et l'arrivée de ma sœur annoncée pour demain nous met en joie. A part quelques misères, résultat du voyage et de mes précédents « excès », je n'ai pas à me plaindre de ma santé. Ce sont des rappels à la sagesse qui me prouvent combien peu je dois m'écarter de la règle prescrite.
Avez -vous décidé quelque chose pour le mois d'Août? Gomment allez- vous tous? J'espère que vous avez reçu mes cartes, ainsi
que L Le petit convalescent est-il proche
de la complète guérison? Ne nous oubliez pas auprès d'aucun des vôtres et de votre mère, n'est-ce pas !
Dans quelques années, quand nous aurons le confortable « home » que nous voulons édifier à côté de la maison actuelle, nous serons heureux de vous y donner l'hospitalité. J'ai un vif désir d'un séjour à côté de vous et rêve
de VOUS initier à mes occupations rustiques. Les braves gens que je connais ici m'ont fait im accueil qui m'a touchée ; ils sont très fiers et peu accesssibles, mais quand on a franchi le point difficile , ils deviennent très attachés et même expansifs. Et il y a beaucoup de bien à faire ici , comme partout d'ailleurs ; pour cela il suffit d'ouvrir un peu les yeux et beaucoup son cœur.
Je vous envoie tardivement ce mot reçu après l'examen d'Adrien. Maman me charge pour vous et Emile de son bon souvenir; nous vous embrassons tous deux ainsi que la jeunesse. Dites à Emile que sa vieille « ennemie » pense à lui avec affection et croyez , ma chère Jeanne, que je vous envoie souvent un tendre message de cœur. Recevez un baiser de votre amie.
E. Leseur.