LETTRE LXV
(Athènes, Août 1899.)
Chère petite Yvonne.
Nous posons à peine le pied sur le sol de Grèce, et mon premier mot ravi est pour loi.
' Joli village des environs de Versailles où la mère d'Llisabelh Leseur, sa sœur Amélie, son mari et leurs enfants, et sa sœur Juliette passèrent plusieurs étés en villégiature, avant que la maison de Jougne fût en état de les recevoir. {Note de l'Éditeur,)
- Cette lettre n'est j>as datée par Mlisabelh Leseur. Elle l'écrivit à Mademoiselle Yvonne Le G... d'Athènes, où elle fil avec son mari, au mois d'août 1899, un séjour qui les enthousiasma. Ils revenaient d'un long voyage qui, commencé par Berlin, Saint-Pétersbourg et la Finlande, se continua par Moscou, Kiev, Odessa, (Jonstanlinople, Brousse, Smyrne et Athènes, et se termina par Corinthe , i'atras, Corfou , Brindisi et un arrêt d'une quinzaine de jours à Venise, avec des amis artistes (|ui y vivaient une |)arlie de l'année. La visite d'Elisabeth Leseur et de son mari à Athènes se prolongea pendant dix jours environ. { Note de l'Editeur. '
Nous sommes ici dans un éblouissement de lumière, ayant passé une heure en bateau ce matin à longer les côtes de Grèce pour arriver, et rien ne se peut imaginer de plus harmonieux et de plus beau. La première vue de l'Acropole nous a causé une réelle émotion. Que de souvenirs ici et que je suis heureuse de voir ce coin de terre ! C'est la première fois depuis noire départ que je ressens cette impression profonde. Cependant à Constantinople et à Brousse nous avons eu de bons moments, car la situation de ces deux villes est superbe et il y a de bien beaux monuments, surtout cette merveille de Sainte-Sophie. Nous avons passé par Smyrne pour venir ici. Je te dirai cela plus eu détails au retour, car tu comprends que je suis pressée de courir au Parthénon et au Musée. Quelle différence avec les sensations éprouvées en Russie ! Ce pays, dont certaines villes pourtant sont intéressantes, manque pour nous d'histoire et touche trop peu à l'humanité. l']t puis, quelle absence de civilisation! J'ai beaucoup de notes là-dessus'.
' Hlisabelh Losour, au cours des voyages qu'elle fit avec son mari, tant clans les difTérenls pays d'Europe qu'en Asie et dans le Nord de l'Afrique, prenait de nombreuses notes très intéressantes; car, autant qu'homme du monde, elle savait regarder, voir et juger. Elle a même rédigé son journal de route, pour les principaux de ces voyages. Ces récits sont très colorés, très personnels et vivants, cl présentent
Ce qui nous a fait plaisir depuis Gonstanlinople, c'est de voir l'importance qu'a la France dans ces pays-ci. Le français est parlé partout et notre influence morale est très grande. Aussi s'étonne-t-on beaucoup lorsqu'on voit la France infidèle à ses traditions de justice et de défense du droit. Heureusement que chez nous ce ne sont jamais que des éclipses. Comment allez-vous tous, chers amis? Nous ne vous oublions pas au milieu de sensations si diverses. Malheureusement, j'ai eu très peu le temps d'écrire et je réservais à maman ce peu de temps. Tu ne m'en voudras pas, n'estce pas? C'est si difficile. J'espère que ta chère maman est mieux portante que l'année dernière, embrasse-la bien pour moi, et ton papa aussi, contre toute convenance. Félix en fait autant. Et je t'envoie, chère Yvonnette, un bon et affectueux baiser, qui te dira combien je t'aime.
Elisabeth Leseur.
Pourras-tu lire ! î
do fréquents aperçus profonds sur l'histoire, le passé, le présent, l'avenir, la psychologie des ha'bilanls, l'élat social, politique et religieux dos pays qu'elle parcourt. Ils seront sans doute publiés un jour. [Note de l'Editeur.)