‹ Lettres `a des incroyantsChapitre 61 sur 78 · LETTRE LXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIV

A Mitdame M... Le G..., mère de Mademoiselle Yvonne Le G...

Jeudi (6 Octobre 1904').

Cédant aux désirs d'Yvonne, ma bien chère amie, je ne vais pas aujourd'hui rue de Rennes et vous envoie seulement ce petit mot pour vous accueillir et vous porter un peu de ma pensée et de mon cœur. Si toutes mes prières

' Cette date n'est pas de la main d'Élisabelli Leseur, qui s'est bornée à écrire le jour : ■< Jeudi, x Elle a été iudi([ui>c sur la lettre orij^analc par Madame Le G... {Noie do V Éditeur.)

et tous mes souhaits intimes et constants sont exaucés, vous verrez bientôt votre cher malade' reprendre plus de force et nous aurons tous la joie de le retrouver presque aussi vaillant que par le passé. Je dis « presque », car il est évident que tout cet hiver il devra prendre les plus grandes précautions et ne commettre aucune imprudence, si petite soit-elle.

Dites-lui que nous sommes bien avec lui et vous aujourd'hui. J'ai hàle de le savoir arrivé, sans trop de fatigue ^ Si, comme je l'espère, tout va bien, qu'Yvonne ne prenne pas la peine de m'écrire. Un de nous passera demain avant dîner chez vous, à moins que ce ne soit tous les deux. Pourquoi faut-il qu'il m'ait été impossible tous ces temps-ci de vous témoigner toute mon affectueuse sympathie? Depuis un an , mon cœur est perpétuellement partagé par des désirs et des devoirs contraires. Aussi, dans l'impuissance où je suis de faire ce que je voudrais, je confie tous ceux que j'aime — et vous savez si vous êtes du

' Monsieur M... Le G..., le mari de la correspondante d'Elisabeth Leseur, déjà très atteint de la maladie qui devait l'emporter exactement un mois plus tard, le 6 novembre 1904. Se reporter à Une Ame, dans La Vie Spirituelle, p. 354, 355, 356 et 361. {Note de l'Éditeur.)

2 Monsieur Le G... rentrait avec sa femme et sa fille de Versailles où il avait passé l'été et où son état de santé s'était aggravé. [Note de l'Éditeur.)

nombre — à Dieu , afin qu'il leur donne un peu de santé et de bonheur.

Chère, chère amie, je sais bien mal vous exprimer mon affection, mais elle est assez profonde pour que vous sachiez la deviner. Laissez -moi vous embrasser toutes deux, et transmettez à Monsieur Le G... notre meilleur souvenir. Je pense à vous, vous aime et prie pour vous.

Votre

É. Leseur.

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