LETTRE LXXV
14 Décembre 1904.
Ma chère Yvonnette ,
Si tu reçois ce soir ou demain Tétole que je dois te donner pour tes étrennes, lu sauras d'où cela vient. Maman devant s'occuper d'étrennes aujourd'hui m'a offert de voir si elle trouvait quelque chose de bien, mais elle n'a pas de carte de moi; d'où ce uu)l. Si elle ne trouve rien, je m'en occuperai de suite, afin que tu puisses avoir cette étole avant Noël.
Que ce modeste souvenir te porte une expression bien petite de ma profonde et fraternelle tendresse. Tu es, avec notre chère Juliette, la grande préoccupation de mon cœur, et pour toutes deux je demande le bonheur et la vie pleine et douce. Voir mes deux sœurs heureuses est mon plus intime désir, et j'ai la confiance que cela viendra et que toutes deux vous oublierez , dans la paix de l'âme et de la vie, les moments douloureux ou troublés. Pour moi, je n'ai pas besoin d'autre bonheur « humain » puisque le vrai et profond bonheur, celui qui réside au plus intime de l'être, m'a été accordé.
Sais-tu que le médecin de Juliette est venu avant- hier et a été stupéfait du brusque progrès accompli? Il a suspendu pour le moment toute médication et a dit que s'il n'avait pas fait si mauvais, il l'aurait fait bientôt sortir. Je crois bien que ce mieux est dû à tout autre chose qu'aux médecins, et s'il continue, comme tu vas, n'est-ce pas, le demander avec nous, ce sera une grande dette de reconnaissance pour moi envers Dieu.
Je t'embrasse bien fort ainsi que ta chère maman et te redis combien je vous aime toutes deux.
Ta vieille sœur,
Elisabeth .