LETTRE LXXVIII
3 Mars 1905.
Ma pelile Yvonne chérie,
Félix, que le C ' absorbe beaucoup
en ce moment, est obligé d'accepter un rendez -vous à la maison Mardi à une heure. Ce ne serait guère commode pour notre réunion. Voulez-vous que nous la remettions au Jeudi 9 ou Samedi 11, à votre choix .^ Tu vois que j'agis simplement avec vous. Tu me rendras réponse Lundi soir chez tante.
Il me semble, ma chérie, que, hier, très émue par la nouvelle que tu nous apportais et par ton chagrin, je t'ai mal exprimé mon aflection. Et pourtant, je l'ai sentie plus profonde que jamais depuis hier; on partage
' La Compagnie dont le mari crÉlisabetli Leseur était directeur. {Note de l'Editeur.)
^ F'élix Le Dantec venait de tomber malade et se voyait obligé de quitter Paris pendant un certain temps pour se soigner au grand air, et cela ù la veille de la date primitivement choisie pour le mariage, qui se trouvait ainsi remis à une époque ultérieure impossible à déterminer. [Note de l'Éditeur.)
si pleinement les souffrances de ceux qu'on aime comme nous vous aimons. Dans l'impuissance où je suis de faire quelque chose pour toi et notre Juliette, et dans la douleur que j'éprouve à voir souffrir deux êtres chéris, comme elle et toi, je me réfugie dans une prière tellement intense et pleine d'amour , qu'elle retombera, j'espère, sur toutes deux. Ai -je besoin de te dire que j'y associe ton cher fiancé, ne le séparant pas de toi en ce moment? Dans un instant, je vais monter, ainsi que j'en avais l'intention, faire un pèlerinage à l'église du Sacré-Cœur pour Juliette. J'y porterai, en même temps, ta pensée et celle de ton cher malade. Certes, Dieu est le même dans toute église et son Cœur nous est ouvert dans chaque tabernacle , mais je veux faire œuvre de pèlerin pour que ma prière soit plus ardente et Lui parle mieux de vous. Ma chérie, aux heures sombres que nous traversons, serrons-nous les unes contre les autres, nous réchauffant de notre mutuelle tendresse et surtout confions-nous à la grande h'orce qui est en même temps le grand Amour et qui fait de nous les ouvriers ignorants d'une œuvre qu'il connaît. Soyons du moins des ouvriers de bonne volonté et tâchons de faire de notre vie, quelle qu'elle çoit, une belle œuvre de paix, d'intelligence et d'amour.
Ces œuvres-là se créent dans la souffrance parfois ; si du moins la mienne pouvait se transformer en joies pour mes deux sœurs, Juliette et toi!
Je te serre bien fort contre mon cœur fraternel ; j'embrasse ta chère maman. Donneyious des nouvelles. Petite aimée, le cœur de la vieille sœur te sera toujours ouvert et tu pourras toujours y verser joies et peines, les peines surtout.
Ta sœur aînée ,
Klisaueth.