‹ Lettres `a des incroyantsChapitre 66 sur 78 · LETTRE LXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIX

Lundi, 13 Mars 190o.

Ma petite sœur chérie,

Il ne m'est pas possible d'attendre à demain matin pour te dire combien , en ce moment , je pense à toi et combien notre douloureuse épreuve actuelle est doublée de la tienne. Dans des heures comme celles que nous traversons toutes il faut vraiment la grâce divine

et un secours bien spécial pour accepter cette Volonté que nous ne comprendrons que plus tard et pour ne pas succomber sous le fardeau trop lourd. Le mien est fait de la souffrance de ceux que j'aime, de celle de mes deux sœurs, et c'est bien douloureux. Du moins, ma chérie, je voudrais te faire comprendre combien je t'aime, combien toutes tes tristesses sont les miennes. Je ne peux que prier, mais ma vie, en ces jours, n'est qu'une prière, et Dieu veuille qu'elle retombe sur vous en bonheur humain, en santé, et aussi en cet autre bonheur plus profond sans lequel, vraiment, toutes nos pauvres joies humaines seraient bien peu de chose.

Des heures comme celles que nous vivons ne seraient pas possibles à traverser sans Dieu. Je n'espère qu'en Lui; demande-Lui, avec moi, la guérison de Juliette q^i'Il peut seul accomplir. Moi, ma chérie, je t'ai unie ainsi que Félix | Le Dantec] à mes prières pour elle, cette semaine.

Je n'ai pu écrire à Félix ; je le ferai demain matin et te montrerai ma lettre que tu feras partir. Mes pensées le suivent, et j'espère que bientôt il sera tout à fait bien et que vous aurez enfin beaucoup de bonheur et de paix.

A demain matin, ma petite sœur. Je vous embrasse toutes deux pour mon Félix et pour

moi et te dis ma tendresse fraternelle et inaltérable.

Ta vieille sœur,

Pour Juliette la situation est la même.

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