LETTRE LXXXIII
8 Avril i'JOU.
Ma chérie,
Nous vous attendons Jeudi malin, et, ne pouvant pas le faire aujourd'hui, je t'envoie mes souhaits les plus tendres pour ton anniversaire. Je n'ai pas besoin de te dire tout ce (|ue je désire et demande à Dieu pour toi et tout le bonlieur dont j'espère te voir jouir enfin. Il me semble que je n'ai pas besoin de te redire non plus combien tu es pour moi une chère petite sœur.
Notre Juliette chérie a eu hier, sauf beaucoup d'énervement physique, une plutôt meilleure journée. Je dis « physique », car tu sais combien moralement elle est admirable. La température a été bonne, l'oppression moindre.
Néanmoins tout cela ne représente rien de définitif ni de considérable, et c'est en Dieu seul que je mets toute ma confiance, avec une foi plus profonde que jamais en cet Amour immense que nous sentons même aux heures les plus douloureuses. Ah! ma chérie, la grâce divine n'est pas un vain mot, mais une
chose bien réelle et bien vivante , et sans elle je t'avoue que je n'aurais jamais pu supporter tout ce que j'ai traversé depuis deux ans, sans parler des épreuves plus ignorées que j'ai connues, mais qui, je me hâte de le dire, étaient infiniment moins douloureuses, étant toutes personnelles.
Continuons donc à prier, ma chérie. Moi, je vous porte toutes deux dans mon cœur et vous aime plus que vous ne pouvez le croire, elle et toi.
Embrasse ta mère chérie pour moi et dis-lui toute mon affection. Je te donne, ma chérie, le plus fraternel baiser.
A Jeudi, et auparavant à demain chez tante.
Ta vieille sœur,
Elisabeth.