ÉDITEUR 45, RUE DU POINÇON
La biographie de Ch. De Coster fut écrite, en quelques pages, au lendemain de sa mort. Sa famille m'avait confié ses papiers; Camille Lemonnier et moi, nous nous étions partagé le devoir : il le glorifierait sur sa tombe, je résumerais sa vie dans notre revue (').
Nous n'avions qu'un même sentiment, alors comme aujourd'hui. Deux lettres montrent qne nous fûmes d'accord pour croire les premiers devoirs remplis.
Sa sœur m'écrivait :
• C'est bien cela; son caractère était beau. Que je vous remercie d'avoir bien fait voir qu'il se respecta et ne se vendit à rien ni à personne... J'aime le choix que vous avez fait dans les lettres de Thyes et d'Élisa; elles accentuent son caractère tt montrent qu'il était artiste et poète. »
Lemonnier m'avait écrit déjà :
• Je viens de lire votre fine et mélancolique étude sur De Coster... et je ne résiste pas au désir de vous dire : Merci. J'y vois le commencement de cette réparation que nous appelions du bord de sa tombe. Moi-même, qui l'ai approché, je ne connaissais pas cette sensibilité, cette fleur d'émo'.ion, enfouie sous les allures du bon garçon; le portrait que j'avais conservé de lui s'amplifie, prend une grâce à travers des traits de force.
" Je voudrais, pour les amis de l'artiste, pour le public, pour moi, que vous fissiez 'des tirés h part de l'étude. J'en enverrais, à Paris, à Chaiton, à Templier, à Lemerre, à Flaubert, à Cladel, etc.
» 20 octobre 1879. »
Cette brochure parut, avec un portrait de l'auteur. Elle est épuisée.
Après quatorze années, au moment où le nom de notre ami est repris, comme un legs glorieux, par de nouvelles générations d'écrivains ; que ses restes ont été sauvés de la dispersion et qu'un monument lui est préparé, il devient plus utile de fixer, avec toute l'exactitude requise, la vérité de soa caractère et l'histoire de sa vie. Four cela, j'ai dû remettre l'étude sur le métier, en vérifier les asser-
(1) Revue de Belgique du 15 octobre 1879.
lions, en compléter les renseignements, et j'ai pu y ajouter des détails plus amples, des aperçus nouveaux, qui le feront mieux connaître.
Je suis autorisé à y joindre un choix de ses lettres d'amour.
Tout ne sera pas dit, certes, sur l'homme ni sur l'écrivain. Je signalerai des points qui restent à éclairer et peut-être trouvera- t-on dans ses manuscrits quelques pages à donner au public.
Les documents qui m'ont servi sont avant tout de précieux souvenirs de famille; mais j'ai lieu d'espérer qu'ils prendront place, un jour, dans un dépôt public, parmi les archives de notre famille littéraire. Alors, on pourra reprendre sur nouveaux frais la même étude. En attendant, celle-ci se présente comme le témoignage de sa génération, qui l'a connu, apprécié, aimé, et qui, par la voix d'un de ses survivants attardés, transmet aux générations nouvelles le soin de cette réparation que nous appelions du bord de sa tombe.
Ch. Potvin.