Lettres à Henry Dix Hutton [microform]
Quoique vous ayez oublié de signer la lettre que je reçus hier (et qui renfermait un billet d'une livre de la banque d'Irlande), son début m*a conduit à découvrir le nom de son auteur, et j'espère que ma conjecture se trouvera justifiée. Voici le reçu correspondant à cet envoi.
Je vous remercie de m'avoir annoncé la prochaine apparition de l'ouvrage de Miss Martineau sur ma philosophie. Une telle publication me paraît, comme à vous, très propre à développer l'extension du positivisme en Angleterre, et même à le consolider en France, d'après le poids d'une adhésion aussi recommandable. Si vous aviez quelques relations personnelles avec cette dame, je vous prierais de vouloir bien lui témoigner déjà ma gratitude pour ce travail, en attendant que je puisse moimême honorer convenablement cette élaboration, laquelle, j'ai d'avance la ferme confiance, doit être accomplie avec autant de sagacité que de conscience. L'acte décisifs que vous me faites connaître d'elle confirme l'opinion que
^ This refers to the pension offered by the English Government to Miss Martineau, but declined by her.
^SKwmjiMWH«iM^#&'"Sf^ ÏÏî'iS"*^-^:.'. '^f-^.-Tf-r-'-.^r'
Lettres d' Augtiste Comte
j'avais conçue de sa dignité morale, dans un cas où l'offre et le refus me semblent également estimables.
Quand vous aurez attentivement lu le volume^ que je viens de publier, vous reconnaîtrez que je ne puis aucunement accueillir la modification proposée si convenablement par votre lettre.^ Car j'ai pris maintenant un parti pleinement irrévocable sur l'appréciation historique du personnage que vous me recommandez, en bornant son utilité réelle, d'ailleurs involontaire, à dispenser spontanément Saint-Paul de se déifier, sans cesser pourtant de remplir la condition essentielle du monothéisme occidentale. Dans ma première élaboration du Calendner Positiviste, en 1848, je comptai d'abord en faire l'adjoint de St. -Jean-Baptiste, seul vrai précurseur juif de Saint-Paul. Mais je reconnus bientôt qu'il ne méritait pas même cet humble rang, et je maintins son exclusion totale. J'en proclamai franchement les motifs essentiels dans mon cours oral de 1849 devant un nombreux auditoire. Ayant eu, quelques mois après, l'intéressante visite d'un éminent professeur d'Oxford,* je lui fis connaître ce jugement, qu'il approuva complètement, en me déclarant que, depuis longtemps, il avait spontanément regardé ce divin personnage comme essentiellement charlatan.^ Le tome troisième de ma
2 '* Système de Politique Positive," tome iii.
^ The introduction of the name of Jésus Christ into Comte's Historical Calendar. This Calendar will be found in the " Système de Politique Positive," tome iv., p. 402 ; English translation, vol. iv., p. 348.
* Dr. Richard Congre ve.
5 Dr. Congreve, writing to me on 12th July, 1888, enclosed the foUowing remarks on this passage : — " My impression of an interview, which is now very distant, does not agrée with the statement of M. Comte. My attitude was, I think, much more passive. I do not
à Henry Dix Hutton,
Politique Positive vient de me conduire à publier définitivement mon opinion historique sur cet aventurier religieux, dont la longue apothéose suscite désormais un irrévocable silence.
J'accueille d'autant mieux votre disposition à m'écrire en anglais, que je suis moi-même dans un cas semblable, et probablement pire, puisque je ne puis, quoique hsant votre langue, l'entendre, faute de savoir la prononciation. Kecommandant, comme philosophe, à chaque nation l'obligation sociale de connaître suffisamment les langues limitrophes, je suis honteux de remplir aussi mal les conditions de mon précepte, d'après l'extrême imperfection de l'éducation française à cet égard. Mais, puisque vous êtes moins imparfait que moi sous ce rapport, j'espère que la visite dont vous comptez me gratifier ne sera point altérée essentiellement.
Salut et fraternité,
Auguste Comte.
10, Rue Monsieur-le-Prince.
P. S. — Vous trouverez ci-adjoint un exemplaire de ma Oirculaire nouvelle, d'ailleurs reproduite dans la préface de mon nouveau volume.
doubt that I made it clear that I had for some time leaned to a rejection of the claims of the Chiistian Scheme ; but habitually I hâve abstained, €ven since my avowal of this rejection, from any definite judgment of the person by whom, or on whose behalf, such claims are made, the documents leaving us in uncertainty about him. I can only give my impression, however. The statement in the text goes too far, I believe ; assumes a more active assent than 1 was then prepared to give." For Comte' s estimate of Christ, and appréciation of St. Paul as the true founder of Western Monotheism, see "Système de Politique Positive," tome iii., pp. 408-410 ; English translation, vol. iii., pp. 345-346
Lettres d'Aîietiste Comte