‹ Lettres à Henry Dix Hutton [microform]Chapitre 14 sur 39 · XVI. À M. H. HUTTON, À DUBLIN · texte numérisé non relu

XVI. À M. H. HUTTON, À DUBLIN

Paris, le vendredi, 27 Frédéric, 66.

{1 Décembre, 185Jf.) Mon cher disciple.

Voici le reçu correspondant au billet inclus dans la lettre qui m'est parvenue hier. Quelque minime que soit cette souscription, je dois toujours attacher beaucoup de prix à l'acquisition d'un nouveau coopérateur, surtout en Angleterre.

Lettres d'' Auguste Comte

Les réflexions contenues dans votre lettre me prouvent que vous avez dignement senti les indications de ma Conclusion totale sur l'attitude qui convient aux positivistes. Destinés à diriger le monde actuel, les uns par le conseil, les autres par le commandement, ils ne sauraient assez remplir leur mission sans un sentiment continu de leur sapériorité mentale et morale. Mais, en même temps, cette conviction nécessaire ne doit jamais altérer leur bienveillante appréciation des individus et des classes qui maintenant oscillent empiriquement entre la rétrogradation et l'anarchie. Quelque difficile que soit une telle conciliation, elle est pleinement praticable chez quiconque se trouve assez pénétré de l'esprit relatif et du caractère sympathique propres au positivisme. Nous devons utiliser toutes les dispositions actuelles sans les mépriser, en concevant la nouvelle religion comme venant satisfaire et rallier les diverses aspirations qui luttent maintenant.

J'ai résolu d'écrire, en Mai prochain, et de pubHer le mois suivant, un opuscule, d'une centaine de pages en 8% où se trouveront développées ces indications, sous le titre de A'p'pel a tous les vrais* conservateurs. Il a surtout pour but de permettre aux hommes d'état occidentaux d'apprécier la régénération que la rehgion positive vient opérer dans la pohtique pratique. Préparé par mes deux lettres à M. Vieillard et surtout au Tzar, ce résumé politique du positivisme dispensera les praticiens de lire les volumes théoriques dont ils doivent appHquer, de confiance, les principaux résultats actuels.

Il serait superflu de m'arrêter spécialement aux objections qui remplissent la majeure partie de votre lettre envers les modifications secondaires que j'ai définitivement

à Henry Dix Hutton.

introduites dans la célébration du mariage positiviste. Plusieurs autres de mes disciples ont d'abord éprouvé des difficultés analogues, qui se sont bientôt dissipées spontanément. Je dois d'autant plus espérer qu'il en sera de même chez vous, que vos objections, malgré leur caractère vague, me semblent plutôt tendre à fortifier qu'à combattre ce double perfectionnement.

En général, la terminaison de ma construction religieuse va maintenant modifier l'accueil que je dois toujours faire aux dignes communications. Ne pouvant plus servir à perfectionner des règles désormais établies irrévocablement, je devrai les traiter comme de simples demandes d'éclaircissements spéciaux, auxquellesje satisferai cordialement quand le cas le comportera. Mais je dois dorénavant réserver à mes successeurs tout ce qui tendrait à modifier mes opinions établies.

Tout à vous,

Auguste Comte.

10 , Rue Monsieiir-le- Prince.

P. S. — C'est avec regret que je me vois encore forcé de réclamer contre votre écriture qui m'a suscité beaucoup d'embarras envers la majeure partie de votre lettre.

Mercredi prochain, je ferai connaître à nos confrères les dignes sentiments que vous inspire votre admission dans une Société vraiment fraternelle, qui, malgré ses imperfections, contient une meilleure proportion de membres recommandables qu'aucune des compagnies existantes.

Dans votre prochaine lettre, je vous prie de vous expliquer sur les trois exemplaires que vous aviez bien voulu vous charger de remettre en mon nom.

Lettres d' Auguste Comte

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