‹ Lettres à Henry Dix Hutton [microform]Chapitre 25 sur 39 · À M. LE PROFESSEUR INGRAM, À DUBLIN · texte numérisé non relu

À M. LE PROFESSEUR INGRAM, À DUBLIN

Paris, le jeudi, 2 h Chnrlemagne, 68.

{10 Juillet, 1856.)

Monsieur,

Voici le reçu correspondant au mandat, déjà soldé, que renfermait votre lettre de samedi, qui m'est parvenue avant-hier. Je suis extrêmement touché des cordiales explications que vous avez cru me devoir sur l'avortement de la seconde visite que vous m'aviez annoncée. La brièveté de votre séjour à Paris, et les préoccupations spéciales qui devaient y prendre tout votre temps, ont pleinement motivé ce désappointement mutuel.

Je serai toujours prêt à recevoir cordialement les demandes d'éclaircissements que vous m'annoncez, et dans lesquelles je vois d'avance autant de confirmations de votre noble zèle pour la digne propagation de la doctrine universelle à laquelle est maintenant dévolue la direction générale de l'opinion publique en Occident. Mon temps est tellement réglé que, même pendant mes sessions de travail, comme celle ou je suis depuis le i^"^ Février, le jeudi reste entièrement consacré soit aux entrevues, soit à ma correspondance. Les dignes contacts privés m'ont constamment paru constituer un précieux complément de mon office

public.

Il est de mon devoir d'utiliser cette occasion pour compléter les félicitations dont j'avais déjà chargé M. Hutton envers votre noble franchise dans la fraternelle consultation que mon éminent disciple M. John Fisher vous avait spontanément demandée sur sa récente traduction du Catéchisme Positiviste. En l'engageant à refaire un travail défectueux, vous l'avez dignement préservé d'un fâcheux début, qui pouvait même nuire à notre propagande britannique. Tout le monde s'est bien conduit dans cette occurrence délicate, les uns en donnant sans aucun vain détour, un utile conseil, et l'autre en l'accueillant avec une sincère gratitude, qu'il

m'a cordialement témoignée.

Salut et fraternité,

10, Rue Mousieur-le-Prince. Auguste Comte.

MBV

Lettres d' Auguste Comte

à Henry Dix Hutton.

sulta ionque vous avez tous deux prononcée sur sa demande,^ avec une bienveillante franchise, sans aucun recours aux vaines et dangereuses politesses qui pouvaient là compromettre la cause commune et même le précieux début de mon éminent disciple de Manchester, dont la dernière lettre me témoignait naïvement la reconnaissance qu'il vous doit à cet égard. Tout le monde s'est bien conduit dans cette occasion décisive, qui peut servir de type à la fraternité normale des vrais positivistes.

Je suis heureux d'apprendre que vous espérez faire bientôt une digne visite à mes éminents disciples de la Haye, de manière à rallier spécialement deux précieux foyers, qu'une récente publication ^ a mis en contact direct. Ces rapports personnels écrits et surtout verbaux, sont éminemment propres à développer ce qui manque le plus aux positivistes actuels, les sympathies mutuelles et la commune vénération envers leur chef, double condition principale de leur intervention sociale, graduellement invoquée par la situation occidentale.

Malgré leur vague et leur étroitesse, les abolitionistes américains me paraissent, comme à vous, spécialement disposés à goûter le positivisme. Néanmoins, leur tendance apparente vers les solutions purement morales ne doit pas vous empêcher de reconnaître combien ils participent aux préjugés universels sur les remèdes légaux. S'ils pouvaient jamais dominer, ils s'efforceraient d'installer politiquement

- This related to the revision of a MS. translation of the " Catéchisme Positiviste," made by Mr. Fisher.

^*< Réflexions Synthétiques," par M. le baron Willem de Constant Eebecque.

une réforme qu'ils se bornent à demander moralement parce qu'ils sont actuellement opprimés.

L'incident que vous m'annoncez sur la récente invocation de mon autorité chez des praticiens britanniques a plus de portée qu'il ne semble. C'est une nouvelle confirmation spéciale de l'opportunité de notre avènement, surtout depuis que les aspirations sociales tendent à reprendre un nouvel essor par la terminaison, conforme aux provisions positivistes, de l'épisode militaire résulté de l'incident russe. Venant régler la vie humaine, tant privée que publique, d'après une doctrine maintenant complète, par un pouvoir purement spirituel, et purs de toute ambition temporelle jusqu'à ce que l'autorité politique nous soit dignement transmise, nous devons bientôt devenir les directeurs systématiques de l'opinion occidentale, en dominant une presse anarchique et rétrograde, si notre conduite individuelle est en suffisante harmonie avec notre mission collective, conciliante en fait, inflexible en principe.

Tout à vous,

Auguste Comte.

10, Rue Monsieur-le-Prince.

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