FIN
Fragments des si fermes et courageux articles (Opinion Nationale, 24 février et 10 mars Î861,) de Jules Levallois, secrétaire de Sainte-Beuve (Critique Militante, Didier, i86S).
... Il existe des lettres de Gue'rin, des lettres imprimées, tendres, fines, profondes, frissonnantes d'une suave émotion, et vainement on les chercherait dans l'édition actuelle. Pour les découvrir, il faut s'adresser aux œuvres complètes de George Sand ; elles sont encadrées dans la remarquable appréciation insérée d'abord à la Berne des Deux-Mondes. C'est par le Centaure et par ces lettres, incomplètes elles-mêmes, découpées, fragmentées, que nous avons tous, plus ou moins, commencé à connaître Guérin. Combien souvent, depuis le jour où elles tombèrent sous mes yeux, je les ai lues et relues, me demandant avec anxiété si cette satisfaction intellectuelle me serait jamais donnée de les posséder véritablement, en entier, selon leur ordre et leur mouvement! On a publié les Reliquiae, et elles y brillent par leur absence. Pourquoi ? Ceci est significatif.
. . . Pour plus brève sentence, et ne craignons pas de le déclarer, pour moindre justice , journal , lettres et éditeurs ne soufflent mot de ces dernières relations. En
ce qui concerne M. d'Aurevilly, ce silence est inexcusable. Nul plus que lui n'a fait pour la mémoire de Guérin. Il s'occupait déjà en 1840 de la publication du Centaure avec le zèle qu'il a déployé récemment lorsqu'il s'est agi de mettre les manuscrits au jour. 11 fut un des premiers à entretenir de ce génie inconnu Sainte-Beuve et George Sand, à se faire son garant et sa caution (ce qui coûte le plus à un critique) auprès de ces esprits éminents.
Ami de la famille, honoré de la confiance de 3111e Eugénie de Guérin. chaîné après la mort de cette noble lille d'écrire la préface de ces Reliquiae, dépositaire fidèle et intelligent des cahiers de Maurice qui, sans son activité dévouée, moisiraient peut-être encore au fond d'un tiroir, il méritait de ne pas être oublié dans le concert de louanges qui s'est élevé autour des éditeurs; il méritait surtout que ceux-ci ne le missent point, pour ainsi dire, à la porte d'une amitié qui lui est si redevable. Quand on a élé au péril, selon la parole de Jeanne d'Arc, il est strictement juste qu'on soit à la gloire. Personnellement, je connais très peu M. d'Aurevilly, et il ne m'a certes pas prié d'introduire ici cette réclamation.
C'est, d'ailleurs, un assez brillant et guerroyant écrivain pour n'avoir point besoin qu'on le supplée, qu'à sa place on frappe d'estoc et de taille. Nous sommes si peu complices en cette affaire, qu'il pourrait bien me savoir mauvais gré d'être intervenu bénévolement et trouver que je me mêle de ce qui ne me regarde pas.
Il se tromperait. Tout ce qui intéresse la vérité, tout ce qui la menace, l'obscurcit ou l'altère, regarde la critique, excite sa vigilance, appelle son incorruptible contrôle. ..
Lettre de Barbey d'Aurevilly (24 juin 1861).
Voici mon histoire avec Didier, que
la peur d'être désagréable à des niais a interrompue et qui va devenir avec vous une histoire sans interruption. Je devais lui donner un volume; il le voulait in-8°, parce que la publication des œuvres des Guérin devait se faire in-8°. 11 aurait été intitulé : Les Guérin, le Frère et la Sœur, et il aurait contenu : 1° Une préface. 2° Un historique de la publication de MM. Trebutien et Sainte-Beuve, — un historique critique, bien entendu, dont l'article publié dans le Pays aurait été le fond, mais avec des ornementations ciselées au couteau, un très effilé couteau corse ! Ce sont ces ornementations amoureuses qui ont fait le poil et le pied à l'intrépide Didier. 3° La biographie de Mlle de Guérin, retouchée dans toute l'indépendance et la solitude de mon moi. 4° La biographie inédite de Maurice de Guérin, telle que le génie lui-même (et ce n'est pas M. Sainte-Beuve) ne saurait la faire, car il n'eut pas connu Guérin, et moi je l'ai connu et aimé et je l'aime toujours. 5° Mes lettres de Guérin, celles qui me sont personnellement adressées, inédites. Et 6° des fragments inédits, etc. De quoi enfin faire mieux qu'un livre littéraire; mais un livre archi-vivant, et archi-passionné! Tout ce que j'ai de flamme dans la tète, je le mettrai là, certainement...
Imprimerie Rennaise. — L. Caillot et Fils.
La 3ibliothèque Université d'Ottawa Echéance