Confiture fabriquée à Orléans
deC... ; puis d'autres que j'avais été à Besançon pour une grande lilaire commerciale. L'auteur de Tinvention du rendez-vous est, je crois, Gosselin, le libraire, qui m'a envoyé une lettre de Russie il y a cinq mois. Enfin d'autres ont dit que je n'étais pas sorti de Paris et que j'étais à Sainte-Pélagie, qu'on m'y a vu ! Voilà Paris.
Ma chère idolâtrée, à demain. Aujourd'hui, adieu. Néanmoins je devrais te dire toutes les pensées sur lesquelles je galope depuis trois jours, les bons petits quarts d'heures que je me donne quand j'ai fini un certain nombre de pages ! Je revois le Val de Travers, je recommence mes cinq jours et ils tiennent dans quinze minutes avec toutes leurs joies ; les plus petits incidents reviennent. C'est tantôt une vue de ce beau front, puis une parole ou, mieux, la flamme allumée par Sev... Oh I chérie, que tu es adorablement aimante et que tu es béte en même temps d'avoir une crainte. Non, non, mon Éva chérie, je ne suis point de ceux qui punissent une femme de son amour. Oh ! que j'aurais voulu pouvoir rester une demijournée à tes genoux, la tête dans tes genoux, rêvant de beaux rêves, te disant mes pensées avec paresse, avec délices, tantôt ne disant rien mais baisant ta robol Mon Dieu, que douce eût été cette journée où j'aurais pu jouer en liberté avec toi, comme un enfant joue avec sa mère I 0 mon Eva bien-aimée, le jour de mes jours, la lumière de mes nuits, mon espérance, mon adorée, ma toute aimée, l'unique chérie, quand pourrai-je te voir? Est-ce une illusion, t*ai-je vue ? T'ai-je assez vue pour pouvoir dire que je t'ai vue ?
Mon Dieu, que j'aime ton accent un peu gras, ta bouche de bonté, de volupté, permets-moi de te le dire, mon ange d'amour.
Je travaille nuit et jour pour aller te voir une quinzaine en décembre. J'irai passer le Jura plein de neige, mais je penserai aux épaules de neige de mon amour, de ma bien-aimée ! Ah ! respirer dans tes cheveux, tenir ta main, te serrer dans mes bras I voilà d'où vient mon courage. J'ai des amis ici qui sont stupéfaits du féroce vouloir que je déploie en ce moment. Ah 1 ils ne connaissent pas ma mie, ma douce mie, celle dont la seule image dépouille la douleur de ses aiguillons ! Oui, Parisina et son amant ont dû mourir sans sentir le coup de hache, s'ils pensaient l'un à l'autre I
Un baiser, mon ange de la terre, un baiser savouré lentement, et
à demain. Le rossignol a trop chanté; je me suis acoquiné à t'ècrire el Eugénie Grandet gronde.
Samedi 12. Midi.
Voici nos protocoles échangés, nos réflexions faites ; à demain la signature. Mais demain tout peut être changé. Je n'ai presque rien fait d! Eugénie Grandet et des Aventures d'une idée. Il y a des moments où l'imagination cahote et ne va pas. Puis, l'Europe littéraire ne vient pas. Je suis trop fier pour y mettre les pieds puisqu'ils se sont mal conduits envers moi. Donc, depuis mon retourne suis sans argent. J'attends. Us devaient venir hier s'expliquer; point. Us doivent venir aujourd'hui.
Mon pauvre ange, en ce moment le prix d'EjAgénie Grandet es^i une grosse somme pour moi. Me voilà donc recommençant mon métier d'angoisses. Jamais je ne serai sans ressembler à Raphaël dans sa mansarde ^ ; j'en ai encore pour une année à jouir de mes dernières misères, à avoir de nobles fiertés inconnues.
Je suis un peu fatigué, mais la douleur de côté a cédé au stationnement de mon individu dans mon fauteuil, à cette tranquillité constante du corps qui me monachise.
Pour le moment, les fantaisies sont calmées ; quand la disette est au logis, je ne songe jamais à mes désirs. Mes réchauds d'argent se sont fondus. Je n'y songe plus. Plus de dtner pour octobre. Puis je jouis tant par la pensée des choses que je n*ai pas, et ces désirs me les rendent si précieuses quand je les possède I Voilà deux ans que, de mois en mois, je compte sur un reste pour mes réchauds de table et qu'ils s'évanouissent. J'ai comme cela une foule de petits bonheurs. C'est ce qui me fait aimer ce nid où je vis ; c'est ce qui fait que je t'aime tant, c'est ce désir perpétuel. Ceux qui me disent méchant, railleur, trompeur, ne connaissent guère l'innocence de ma vie, ma vie d'oiseau allant chercher son nid brin à brin, jouant avec un fétu de paille avant de le rapporter.
0 cher confident de mes pensées les plus secrètes, chère précieuse conscience, sauras-tu quelque jour, toi compagne d'amour, com-