‹ Lettres à l'étrangère (volume 2)Chapitre 18 sur 93 · A NeuchAtel · texte numérisé non relu

A NeuchAtel

l'Enfant Dieul J'ai pour toi dans le cœur tout ce qu'il a trouvé d'adoration, dans son sublime génie, à faire exprimer aux anges; mais tu es Dieu pour moi, 6 chère idole ! Adieu.

A MADAME BANSKA, POSTI RESTANTE, A GENÈVE

Paris, dimanche matin, 8 décembre 1833.

Ma chérie, non, pas une seule ligne pour toi en huit jours I Mais des pleurs, des efifusions d'âme envoyées avec rage à travers les cent cinquante lieues qui nous séparent I

Si je suis en route jeudi prochain, 12, je me tiendrai pour un géant. Non, je ne puis plus salir le papier plein d'amour qae tu tiendras en y versant des chagrins d'argent, quelque noblement confiés qu'ils soient! Les imprimeurs n'ont pas marché; je suis leur esclave. Les calculs du libraire, des maîtres imprimeurs et les miens ont été si cruellement déçus par les ouvriers, que mon ouvrage est annoncé dans tous les journaux comme publié hier, et ne paraîtra que^ jeudi prochain. Puis, je suis dans un dénuement curieux, sans amis auxquels je puisse demander une obole, et j'emprunterai mardi ou mercredi, je ne sais à qui, l'argent de mon voyage. Je te conterai tout.

Je n'ai même pas une minute pour t'écrire; j'ai, cette semaine, passé jusqu'à quarante-huit heures sans dormir. Le vieux Dubois m'a dit hier que je marchais à la vieillesse et à la mort. Mais que faire? Je n'ai vu que mon plaisir, notre plaisir, et j'ai sacrifié tout, même toi et moi, à ce but.

Hélas! ma chérie, je n'ai pas même le temps d'achever cette lettre. Le Ubraire de Seraphita est ici, il la veut pour le jour de l'an ; mais, néanmoins, je serai dimanche près de toi.

Pardonne, pardonne les angoisses que je te donne; tu me les pardonneras quand tu connaîtras les miennes.

Adieu, mon amour, à bientôt; mais ce bientôt ne sera que

dimanche 15, car je me suis informé de tout; la diligence ne part que tous les deux jours^ et met trois jours et demi à aller. J'aurais un monde de choses à te dire, mais je ne puis que t'enyoyer mon amour, le plus doux et le plus violent des amours, le plus constant, le plus persistant, à travers les espaces!

0 mon ange aimé! me parles-tu donc encore de notre promesse ^? Ne m'en dis plus rien; cela est saint et sacré comme notre vie mutuelle.

Tu n'as plus le temps de m'écrire ; je serai sans lettres jusqu'à jeudi; mais, enfin, jeudi, je serai par les chemins.

Adieu, mon ange. Je ne peux pas te dire : t calme-toi » ; moi qui suis si malheureux de ces retards. Tu dois en souffrir, car j'en souffre!

À MADAME HANSKA, A GENÈVE

Genève, 25 décembre 1833.

Je te dirai tout dans un moment, ma bien-aimée, mon idolâtrie. Effectivement, je suis tombé en allant à la voiture ; puis mon domestique est tombé malade. Mais ne parlons pas de cela.

Dans un instant, je te dirai plus en un regard qu'en mille pages. Si je t'aime? Mais je suis près de toi! J'aurais voulu que cela fût encore mille fois plus difficile et que j'eusse plus souffert. Mais enfin voici un bon mois, deux peut-être, de conquis. Non pas une, mais des millions de caresses. Je suis si heureux que je ne peux pas plus écrire que toi. A tantôt.

Oui, ma chambre est très bonne, et la bagUe est comme toi, mon amour; elle est délicieuse et exquise!

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