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Sur le lac de Bieone

218 LETTRES A L^ÉTRANGÊRB.

Il VOUS coûterait bien peu de me dire : nous allons bien et Ton pense à vous.

Allons, il faut vous dire adieu, vous envoyer mille gracieuses pensées, vous prier d'offrir mes obéissances à M. de Hanski, et de garder mes hommages à vos pieds. Je vous écrirai dans trois ou quatre jours un peu plus longuement.

Amitiés sincères.

A MADAME HANSKA, A VIENNE

Paris, lundi 22 décembre 1834 — dimanche 4 janyier 1835.

J'ai eu le bonheur de recevoir deux lettres de vous à quelques jours de distance, pendant que vous receviez sans doute les deux miennes. Je reviens à mes moutons en prétendant que vous pouvez m'écrire régulièrement, et qu'il ne vous est pas permis de m'ôter mon soleU.

Bah I je n'ai plus revu, ni K..., ni P.... De quoi me grondez-vous? Ne prenez pas mes ombres chinoises pour des réalités I

Tout est bien changé depuis ma dernière lettre. Hélas I j'ai eu l'ambition de me trouver près de vous pour le 26 janvier, et je me suis mis à travailler dix-huit heures, me levant à minuit, me couchant à six heures du soir. J'ai soutenu cela pendant quinze jours, depuis ma dernière lettre jusqu'au 31 décembre ; puis j'ai risqué une insonmie ; voici que je sors d'un sommeil de dix-sept heures, pris à plusieurs reprises, ce qui m'a sauvé. Ce que le public y gagne? Le Père Goriot^ dont ces stupides Parisiens raffolent. Voici le Pire Goriot mis au-dessus de tout.

J'attends que j'aie fini Séraphita pour vous envoyer d'un coup et le manuscrit de Séraphita, dans sa reliure de drap et de soie comme vous l'avez voulue, simple et mystérieuse comme ce livre, puis le

LETTRES A L'ÉTRÂNGËRB. 219

numoscrit da Pire Goriot avec le Père Goriot imprimé, puis ma première livraison d'Études philosophiques ^ puis la quatrième des Éludes de Mœurs. Travaux de géant, dont vous connaissez d'ailleurs le principe.

Ainsi donc, au moment où vous me félicitiez de reprendre une vie convenable, je succombais à la fatigue, et je vais m'y replonger, car œtte semaine la Revue de Paris doit contenir la fin du Pdi*e Goriot et j'ai cent onze pages de la Remie à faire I Vous comprenez qu'il n'y a eu ni monde, ni allures ingrates I Je n'ai, Dieu merci, aucune obligation mondaine. J'ai refusé les invitations P..., tout.

Pemiettez-moi de faire une pause pour vous parler de Lormois, puisque vous y êtes revenue. Je vous dis trop franchement les moindres détails de ma vie monastique, pour que vous soyez sûre qu'il n'y a rien au delà. J'ai Sût là une chose de politesse, voilà tout.

Le Père Goriot est encore une surprise que je vous ménage, dans le genre de l*AbsolUf quoique ces deux œuvres soient différentes comme la Chine et le Groenland. Elles sont de la môme force. Seulement, dans mon désir de conquérir vingt -cinq jours de liberté, j'ai fait le Père Goriot en vingt-cinq jours. Mais il s'est étendu. Ce ne sera fini que le 11 janvier. Je ne puis pas m'en aller sans finir SeraphitQy que la Revue me demande à genoux, et sans satisfaire madame Béchet. Adieu mes chères, mes blanches, mes ravissantes espérauces! Noo, je ne puis être en janvier à Vienne I Mais peulr-ètre y serais-je en février, le jour où je quittai notre bon Genève. J'oublierai un an^ et je tâcherai de croire que la veille je vous ai vue.

D'ailleurs, voici mes travaux qui commencent à être un peu mieux payés. Le Père Goriot me vaut sept mille francs, et comme il rentrera dans les Études de Mceurs avant quelques mois, on peut dire qu'il me vaudra mille ducats. Oh I je suis bien profondément humi* lié d'être si cruellement attaché à la glèbe de mes dettes, de ne pouvoir rien faire, de ne pas avoir la libre disposition de moi-môme I Ce sont, jour et nuit, des larmes amères versées dans le silence; ce sont des douleurs inexprimables, car il faudrait connaître la puissance de mes désirs pour connaître celle de mes regrets.

Vous vous fatiguez donc à aller dans le monde, vous fleur de solitude, et si belle d'inexpérience mondaine I Votre lettre m'a mis

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toute la société de Vienne dans ce cabinet où je travaille sans relâche. Je suis devenu moïidain avec vous.

Hélas I je suis atteint d'une douleur qui s*étendra sur toute ma vie. Je suis allé voir pour deux jours (comprenez-vous quelle est la furie de mes travaux?) madame de B... qui est à dix-huit lieues de moi. J'ai été témoin d'une crise affreuse. Je n'en puis plus douter, elle est atteinte d'un anévrisme au cœur. Cette vie si précieuse est perdue. A tout moment la mort peut m*enlever un ange qui a veillé sur moi pendant quatorze ans, une fleur de solitude aussi, que jamais le monde n'a touchée et qui était mon étoile. Mes travaux ne vont pas sans pleurs 1 Les soins qu'elle réclame jettent aussi de l'incertitude sur le temps dont je pourrais disposer, quoiqu'elle-même se joigne au médecin pour me conseiller de fortes distractions. Elle pousse l'amitié jusqu'à me cacher ses souffrances; elle veut être bien portante pour moi. Vous comprenez que je n'ai pas tracé Claës pour faire comme lui 1 Grand Dieu I quels changements se sont faits en deux mois chez elle I J'en ai été attéré. Se trouver presque fou de chagrin et se voir condamné au travail ! Perdre cette noble et grande partie de ma vie et vous savoir si loin, c'est à se jeter dans la Seine I L'avenir de ma mère, qui repose sur moi, et cette espérance qui brille loin, bien loin, sont deux branches auxquelles je me suis cramponné. Aussi vos grondes à propos des K..., et des P..., et de ma dissipation m'ontrcUes fadt tristement sourire. J'ai néanmoins serré votre lettre près de mon cœur, avec cette profonde sensation d'égoïsme qui nous fait serrer le dernier ami qui nous reste. Vous serez, si cette personne m'était enlevée, la seule et unique personne qui m'ait ouvert son cœur. Vous seule connaîtrez le Sésame^ car le sentiment de madame Carraud d'Issoudun est en quelque sorte le double de celui de ma sœur. Elle a quasi remplacé celle que j'ai perdue ^

Vous ne saurez jamais avec quelle puissance de cohésion je me suis rejeté dans les souvenirs de cette amitié, quoique jeune, en pleurant ces jours-ci sur un sentiment que la mort va briser pour en laisser chez moi tous les liens.

La lecture du deuxième article du Père Goriot a fait tant de plaisir

1. Sa Bœur Laurence, mariée à H. de Montiaigle, et morte jeune.

à tnadamô de B..., qu'eUe a eu une crise de cœur. Ainsi, moi, qui De soupçonnais pas la gravité du mal, j'ai été la cause innocente d'une douleur I

Je vous avais commencé une lettre toute gaie, après avoir reçu Totre lettre du 12 qui m'est arrivée ici le 22 ; je l'ai jetée au feu. Cette gaieté me faisait mal. Vous me pardonnerez, n'est-ce pas? celle pudeur de sentiment, vous, si semblable k elle/ Vous en qui f ai retrouvé tant d'idées, de noblesses, de grâces, de celles qui m'ont fait nommer cette personne : ma conscience !

Entre cette douleur, et la lumière lointaine que j'aime, que sont les hommes, le monde I II n'y a de possible que le travail constant auquel je suis adonné, ce travail, mon sauveur, qui me donnera la liberté, qui me rendra mes ailes. J'ai tressailli en lisant votre raisonnement : pas de lettres, il vient. Cette idée devait vous arriver ; j'en ai été trop souvent tourmenté. Il me prend des rages périodiques de tout laisser là« de m'enfuir, de monter en voiture I Puis, les chaînes retombent ; je vois l'épaisseur de mon cachot. Si je viens vous voir ce sera certes une surprise, car je ne puis plus rien décider à cet égard. 11 faudrait aussi avoir fini pour madame Béchet la cinquième livraison, terminé la deuxième des Études philosophiques de Werdet, fini Séraphita, pourvu à l'argent nécessaire ici pour payer en mon absence, et je n'ai pas un seul ami à qui demander un liard ; il faut tout tirer de mon écritoire. Là est mon Potose ; mais pour l'exploiter il faut dépenser des nuits et y perdre ma santé. La misère est une horrible chose. Elle fait accuser notre cœur, elle dénature tout. Il faut, quant à moi, que le talent ou la puissance d'écrire, soit aussi ponctuelle que le sont mes échéances. Il ne faut être ni malade, ni souffrant, ni mal disposé. Il faut être, comme le balancier de la Monnaie, de bronze et d'acier, et frapper toujours 1 Et cependant je n'existe que par le cœur. Aussi souffrai-jel Oh! je souffre autant que peut souffrir une créature toute d'indépendance, de sentiment, ouverte au bonheur, qui gémit comprimée par la pesanteur ferrugineuse de la chaîne sous laquelle me brise la nécessité I

A pareille époque, il y a un an, j'étais sans ma chaîne, j'étais loin de mes ennuis, près de vous. Quel retour vers le passé I Je ne croyais pas pouvoir me tirer d'affaire, j'étais insouciant de mes

dettes. Aujourd'hui, je crois à ma libération, j'y touche. Encore six mois de sacrifices et je suis sauvé, je redeviens moi, je suis libre I J'irai manger avec vous le premier morceau de pain qui m'appartiendra, qui ne sera pas trempé de larmes, d'encre et de travail I

Je voudrais ne pas vous attrister, je voudrais vous dire que, si je suis oppressé, je sens aussi vivement le bonheur qu'il y a à pouvoir le dire. Mais vous me négligez comme si vous n'étiez rien pour moi ; vous m'écrivez peu. Pourquoi ne me donnez-vous pas à moi, à moi seul, un jour de la semaine employé à m'écrire ? Supposez que je sois à Vienne, que je vienne vous voir tous les dimanches, moi pauvre ouvrier, vous me donneriez ce jour. Eh bien, je vous jure que si je ne suis pas à Vienne en corps, j'y puis être en pensée. Écrivez-moi donc ce jour. J'aurai une lettre tous les huit jours, une fois l'enroulement des lettres établi. Je vous répondrai. Vous n'avez pas écrit une seule lettre à laquelle je n'aie aussitôt répondu. Ce me sera de quelque allégement à ma vie. Faites celai Ne soyez pas visible ce jour-là. Ne serez- vous pas en compagnie?

Je ne vous enverrai pas spécialement des vœux à cause du premier jour de l'an. Ces vœux, je les fais tous les jours et pour vous et pour les vôtres.

Décidément je mets à la diligence pour vous aujourd'hui la première livraison des Études philosophiques ^ afin que vous n'attendiez pas, et que vous soyez toujours au courant de mes travaux. Vous devinerez facilement que YIntrodu>ction m'a autant coûté qu'à M. Davin, car il a fallu le serinetter et le recorriger jusqu'à ce qu'il eût exprimé convenablement ma pensée ^

Je ne sais pas si l'on reçoit la Revue de Paris k Vienne. Vous avez dû y voir une Lettre de moi aux écrivains de notre siècle où j'expose nos malheurs. Si vous ne l'aviez pas, écrivez-le-moi ; je vous en enverrais un exemplaire avec l'envoi des manuscrits de Séraphita et du Père Gorioty que j'espère vous faire vers la fin de janvier.

La fin de Séraphita est une œuvre d'une grande difiBculté. Les Allemands ont envoyé ici des traducteurs pour l'avoir toute chaude.

Allons, adieu; à bientôt du moins. Vous ne me laisserez plus sans lettres, ou je me croirais abandonné pour ce monde, qui ne

1. I/itroducUon recueillie dans VHistoire des Œuvres de H. de Balzac, page 194.

VOUS donne rien. A qui croyez-vous que je puisse répéter votre jugement sur M. Anatole de Th. Vous croyez toujours que je vais et Tiens, que je suis du monde des oisifs. C'est une opinion enracinée dans votre esprit, et parce que vous allez et venez, vous voulez que je sois votre complice de cette grande conspiration d'ennui.

Tous vos jugements sur Vienne m'ont été confirmés par Alphonse Royer qui y a séjourné. Grâce à vous je connais Vienne par cœur ; mais, tant que vous y serez, rien ne m'en dégoûtera, y fût-on cent fois plus bête, cent fois plus glouton. Ah! on y a encore des csLûdféé réservés, et l'on n'y réserve rien dans le cœur I

À MADAME HANSKA, A VIENNE

Paris, Tendredi 16 janvier 1835.

Malgré mes travaux constants, malgré les plus grands efforts et la volonté la plus intense, je n'ai pu terminer ce que je devais faire pour avoir la faculté de partir aujourd'hui, proGter de ce temps doux qui me rappelle l'hiver de Genève, et me trouver le 26 à Vienne. Tout s'y est opposé. La Revue de Paris n'a pas voulu doubler ses Duméros pour que le Père Goriot fût achevé. J'ai encore mes Cent Contes drolatiques sur les bras, et l'achat qu'on en doit faire est retardé de quelques jours. Je n'ai manqué à rien, mais les hommes m'ont manqué. Enfin, si j'ai terminé tout pour le milieu du mois de février, je me croirai très heureux, et j'aurai environ un mois pendant lequel le voyage sera pour moi la plus douce des nécessités.

J'ai cependant tout sacrifié, même le plaisir de vous écrire, à ce bull Aujourd'hui, j'ai encore, pour le dimanche 25 janvier, quatrevingts pages à faire pour la Revue de Paris. Vous recevrez encore, par la diligence, le manuscrit du Père Goriot et les deux volumes qui s'impriment sur les numéros de la Revue. Ici, tout le monde, amis et ennemis, s'accorde à dire que cette composition est supé-

Hk tBtîilEà À L'ÉTRANGÈRE.

rieure à tout ce que j'ai fait. Moi, je n*en sais rien. Il m'est impos^ sible de la juger. Je suis toujours resté daos Tenvers de la tapisserie. Mais vous me direz votre avis.

Maintenant, j'ai à finir V Enfant maudit et Séraphitaj qui paraîtra dans les dix premiers jours de février. Puis, à finir la FiUe aux Yeux (Tor; puis à faire ScBur Marie-des- Anges. Sasur Marte-dés- Anges est un Louis Lambert temeWe. Vous lirez cela. C'est une de mes moins mauvaises idées. Ce sont les abimes du cloître révélés ; un beau cœur de femme, une imagination exaltée, brûlante, tout ce qu'il y a de grand, rapetissé par les pratiques monastiques, et l'amour divin le plus intense tué de manière que la sœur Marie arrive à ne plus comprendre Dieu, dont le goût et l'adoration l'ont amenée là. Puis j'ai à faire la Fleur des Pois et une contre-partie de Louis Lambert, intitulée : Ecce Homo.

Quand tout cela sera fini, et j'espère avoir terminé tout pour le 25 février, aurais-je gagné mon loisir? Ne me sera-t-il pas permis de déployer mes ailes et de tendre là où vous êtes?

Je suis néanmoins bien fatigué, bien tourmenté, bien ennuyé, surtout des affaires d'argent. Ce fil, qui vous ramène à chaque instant d'en haut sur ce tas de boue, est insupportable ; il me scie le coul

J'ai dîné chez madame Delphine P... ; mais je n'y ai rienlaissc de mes sentiments. Il y avait une joHe. petite créature qui est une princesse Galitzin, que j'ai fait rire en lui disant qu'il y avait une mauvaise pécore à Genthod ^ qui lui faisait bien du tort par la synonymie. Je n'ai trouvé madame Delphine ni affectueuse, ni bonne, ni grande dame. J'ai fait un retour rapide vers vous et j'ai brûlé de Tencens devant vous, en me rappelant quelques-unes de ces perfections dont vous ne voulez pas que je vous parle. Quelques intonations de voix de M. Mitgislas*"*** m'ont rappelé vaguement les vôtres et m'ont fait battre le cœur.

Que le monde est froid 1 Je suis revenu joyeusement dans mon ermitage dont vous trouverez quelque jour, à Wierzchownîa, le dessin, car ne m'avez-vous pas dit que vous étiez abonnée aux

1. La princesse Caroline Galitzin, à laquelle Balzac a dédié plus tard : Un drame au Bord de la mer, et qui habitait â Genthod, en Suisse.

MaUons de personnages célèbres? Eh bien, j'y suis, ce qui ne prouve pas que je sois un personnage, ni célèbre, quand vous verrez quelles sottes gens on y célèbre.

Vous devez avoir maintenant mes cinq volumes in-douze. Vous y trouverez le Drame au Bord de la mer et Ylntrodxiiction de Félix Davin, puis des choses bien corrigées. Combien de patience I La récompense est bien loin de moi ! Quand entendrais-je de ces bonnes petites phrases que vous dites si bien et qui feraient accepter des travaux plus écrasants encore que ne le sont les miens I

Une année sans vous avoir vue ! Que de fois il m'a pris l'envie de tout laisser là, de me moquer des cris, et de m'enfuir I Puis, je me disais que si vous m'en auriez su gré, vous m'en auriez peut-être aussi blâméy et que ce qui nous rend dignes d'estime et nous fait grands, ne doit jamais nous faire moins amis, vous et moi I Rassurez-moi, dites-moi que vous ne m'en aimez pas moins, quoique je n'aie pas su trouver en un an un mois. La preuve de ma réclusion est dans ce que j'ai fait et dont s'étonnent même les libraires. Cependant, il y a encore des gens qui disent : mais il ne fait rien paraître.

Tous ces travaux ne sembleront rien, tant qu'ils ne m'auront pas donné la liberté, l'indépendance. Quand je pense qu'il me faut encore six mille ducats et que, pour les avoir, il faut étaler six bouteilles d'encre sur vingt-quatre mains de papier, c'est à faire frémir.

On m'offrait hier douze mille francs des Mémoires d^une jeune Mariée. Mais je préfère les quatre mille de la Revue de Paris, et les quatre mille francs pour un mille d'exemplaires achetés par la librairie, que d'en mettre trois mille exemplaires sur la place publique. Je vous conte mes petites affaires.

Madame de B... va mieux; elle prétend que les mauvais symptômes ont cessé, mais je vais y aller pour m'assurer de la véracité de ce qui pourrait être un sublime mensonge dont je la sais capable. Pour me laisser porter mon fardeau, elle aura voulu m'ôter des inquiétudes et essuyer mes larmes. Oh I c'est un bel ange I II n'y ^ que vous qui la continuiez pour moi. Aussi, tous ces jours, pendant mes douleurs, mes yeux, mes espérances se tournaient-ils vers vous avec une force qui me ferait croire que vous avez dû m'entendre.

Ohl laissez-moi y à moi loin de tous, le triste privilège de TOUS dire combien votre amitié m'est douce, bonne et précieuse ! Quelle fierté elle me donne ici contre bien des pièges, et quel principe de constance travailleuse elle a jeté dans ma vie! Mais il me manque un collier sur lequel il y ait : Mougik de Paulowskal

Allons, adieu. Pensez un peu à qui pense toujours à vous, à un Français qui a tout le cœur dont vous êtes si vaines, passé le Danube, qui ne vous oublie pas, qui viendra vous montrer d*ici à quelque temps ses cheveux blancs et sa grosse face de moine soumis au régime du cloître ; un pauvre «euj, qui regrette ses causeries, et qui voudrait vous faire jeter aux pieds mille glorieuses couronnes afin de vous dire qu'elles doivent vous servir de plancher, d'oreiller I

Allons, readieu. Mettez un baiser sur le front d'Anna, rappelezmoi au souvenir de ceux qui vous entourent et que j'ai eu le plaisir de voir. Ils me semblent tous heureux d'être auprès de vous. Enfin, rappelez à M. de Hanski son gai convive, qui a dû faire bien des provisions de bons rires, car il est bien triste depuis longtemps. Écrivez-moi toujours un petit peu ? Je ne sais pas comment il se fait que je n'ai rien reçu depuis dix jours. Le monde vous absorbe donc toujours? Hélas, votre mougik a été aussi un poco dans cette halle de faux sourires et de belles toilettes ; il s'est lancé chez madame Appony, car il faut que la maison de Balzac vive bien avec la maison d'Autriche et votre mougik a eu quelque succès. Il a été examiné avec la curiosité que l'on prête aux animaux venus de loin. Ça a été présentations sur présentations, qui l'ont si fort ennuyé qu'il a été se colloquer dans un petit coin où il y avait des Russes et des Polonais. Mais ces noms sont si difficiles à vous dire qu'il ne peut vous en rien rapporter, sinon qu'il y avait là une dame fort laide, amie de madame de Hahn, et une comtesse Schouwalof. sœur de madame Jeroslas*'^* . Est-ce cela 7 Le mougik ira là tous U :^ quinze jours, si sa dame le lui permet.

Adieu donc ; je vous envoie mille vœux, pleins de vous, et de souhaits pour tous les vôtres.

P. -S. — Parmi les autographes expédiés, vous ai-je envoyé déjà du

Bra \ qui est un de nos sculpteurs actuels? C'est un homme curieux en ceci qu'il a été conduit au mysticisme par la perte d'une femme, et qu'il a été, pendant deux mois, l'évoquer sur sa tombe, et qu'il m'a dit laToir vue tous les soirs. Il s'est remarié. Phrase de Stendhal : « On se croit l'ami intime d'une femme dont on regarde le portrait en miniature ; on est si près d'elle ! La peinture à l'huile tous rejette à one distance immense > . Que dirons-nous de la sculpture I

A MADAME HANSKA, A VIENNE

Paris, lundi 26 janvier 1835.

J'ai reçu trop tard votre lettre pour envoyer à l'adresse Sina mes volumes. Mais mon envoi prochain sera fait au digne baron.

Aujourd'hui a été fini le Père GorioL Spachmann en relie pour vous le manuscrit et, dans cinq à six jours, il s'acheminera vers Vienne, escorté de la Lettre aux Écrivains, puisque vous ne la connaissez pas.

Je pars demain pour huit jours, afin d'aller travailler dans le silence auprès de la chère malade. Elle va mieux, dit-elle; mais je n'en saurai quelque chose que quand j'aurai passé cette semaine près d'elle.

i. Void cette lettre :

a Mardi au matiD 1835.

» Mon bon BaUac,

> Ma femine m^a fait part de votre invitation toute amicale. Malheureusement, il Qous est impossible d'en profiter pour plusieurs raisons solides. La première, c\^t <IQe ma soeur vient de nous arriver ; je vous dirai les autres de vive voix très pnehaîDeinent.

' Crojex à tous nos regrets, mon cher ami, et à des sentiments que vous connaissez trop bien pour quMl soit nécessaire que je les caractérisée. » Votre dévoué,

B THiOPHILS BRA. »

A mon retour, j'espère que le Père Goriot sera réimprimé ; je pourrai donc joindre un exemplaire du livre au manuscril. Sinon, je demanderai à la Revue les numéros. Séraphita vous viendra plus tard, avec la deuxième livraison des Études philosophiques de Werdet et la quatrième de madame Béchet. Mais peut-être vous porterais-je ces chosas, accompagnées de pommade, du baguier d'Anna et de tout ce que vous daignerez me commander. J'ai trop bien accepté les douceurs de l'hospitalité pour que vous n'usiez pas de moi comme vous voudrez.

Oui, j'aurai la possibilité de me reposer pendant un mois, du 2 mars au 2 avril. Il le faudra; d'ailleurs, mes affaires d'argent deviendront moins dures. J'aurai conquis ce mois de liberté par cinq mois de travaux exorbitants. Mais, si je suis demeuré triste, chagrin, sans plaisir de cœur, du moins tout a réussi. Le Père Goriot est un étourdissant succès; les plus acharnés ennemis ont plié le genou. J'ai triomphé de tout, des amis comme des envieux. Quand Séraphita aura déployé ses grandes ailes, quand les Mémoires d'une jeune Mariée auront montré les derniers linéaments du cœur humain, quand les Vendéens auront arraché la palme du roman à Walter Scott, alors, alors je serai bien content en me trouvant près de vous ; vous n'aurez pas un ami sans quelque valeur. Quant à l'homme en lui-même, vous ne le trouverez jamais que bon et enfant.

J'ai encore à faire, en février, la Fleur des Pois; encore quelque chose dans le genre A' Eugénie Grandet.

Je ne vous parlerai pas de la tristesse mêlée de joie qui m'a pris ce matin. Être à la fois et si loin et si prèsl Qu'est une année ? Celle-ci a été longue, angoisseuse par l'âme, courte par le travail. Si les lueurs de la terre promise ne brillaient pas comme un crépuscule, je crois que mon courage m'abandonnerait au dernier effort. Il a fallu ma vie sobre, patiente, égale, monacale, pour résister à tout. Une femme est beaucoup dans notre vie, quand elle est Béatrix et Laure, et mieux encore. Si je n'avais pas eu une étoile à voir quand je fermais les yeux, j'aurais succombé.

Je suis allé par curiosité au bal masqué, pour la première fois de ma vie. J'étais avec ma sœur, qui avait fait l'imprudence d'y

aller malgré la défense de son mari et, sachant cela, je suis allé la prendre et la ramener chez elle, sans lui laisser le temps de îalre le tour du bal. Au moment où je sortais et où j'attendais ma voiture, im monsieur fort élégant, ayant un masque au bras, m'arrête, se met entre la porte et moi, et me confie que la dame masquée qu'il avait sous le bras veut me parler. Je dédaigne le masque; je trouve qu'une femme est peu grande à faire de ces supercheries, et je dis à ce monsieur :

~ Vous connaissez la loi du masque; j'obéis à celui que vous voyez, et je le dois.

La femme masquée m'a dit en français baragouiné à l'anglaise :

— 0& / Monsieur de Balzac !

Mais avec un accent si lamentable que j'en ai été frappé. Puis elle s'est retournée vers ma sœur, qui riait comme une folle, et lui a dit :

— Allons I à vous, madame.

Ma sœur m'a dit que ce masque n'était ni bien mis ni bien chaussé.

Voilà mon aventure, la seule et unique que j'aurai probablement au bal masqué, car je n'y suis jamais allé et je n'irai sans doute plus. Je ne sais pas à quoi cela est bon. Quand deux êtres s'aiment bien, le bal leur est inutile. Quant à y chercher ce qu'on nomme des bonnes fortunes, je les crois fort mauvaises, et me demande si ce n'est pas un peu Jéroslas, c'est-à-dire Jésuite (ceci entre nous), que de satisraire, sous le masque, une passion qu'on n'avoue pas.

]'ai enfiui amené, sans me causer aucune inimitié, madame de C... à n*étre plus que sur le pied d'une politesse mondaine ; ainsi, le voyage chez le duc de F... ne sera pas plus à redouter que celui de Lormois. Ce que vous m'en avez dit m'a fait de la peine, parce que ce n'était qu'une affaire de civilité puérile et honnête et que je trouve que j'ai bien assez de douleurs, sans en ajouter de fausses.

Si je puis partir dans les premiers jours de mars, j'aurai d'ici là écrit assez de lettres à la souveraine de Paulowska et autres lieux pour que vous le sachiez. Dieu veuille que pendant encore un mois je ne sois ni malade, ni mal inspiré ! Je ferai bien joyeusement mes apprêts. Voici deux ans que je n'ai voyagé,

Auriez-Yous la bonté de m'écrire un mot de réponse sur ceci : je voudrais, pour aller sans souci et aller vite, n'avoir aucun bagage. Si je fais douaner ici pour Vienne, à l'adresse du baron Sina, mes efTets, livres, manuscrits, etc., ne seront-ils ouverts à Vienne qu'en ma présence? Arriveront-ils sans être ouverts nulle part, et puis-Je, sans crainte, y mettre tout ce que je veux de ce qui est à mon usage 7 Enfin, en combien de jours arrivent les paquets de Paris à Vienne ?

Ayez la bonté de me répondre promptement, car je n'aurai votre réponse que vers le 22 février, et si je pars dans les premiers jours de mars, vous voyez que je n'aurai que le temps d'expédier. Je voudrais voyager sans m'arréter en allant, et n'avoir que ma personne à jeter d'une voiture dans l'autre jusqu'à destination.

Allons, adieu. Ce n'est presque plus rien pour moi que quarante jours, et je me dis que dans quarante jours je serai sans doute dans la malle-poste de Strasbourg. Je verrai Vienne, le Danube, les champs de Wagram, l'île Lobau; je ne vous parle pas du Landstrass. En fidèle mougik, je ne sais rien qui soit audessus des gens qui l'habitent. Rappelez-moi donc au souvenir de tous, et daignez agréer les hommages de l'amitié la plus dévouée et d'un constant attachement.

Vous allez donc toujours dans le monde et, de nous deux, c'est le plus occupé, le moins riche de temps, qui écrit le plus souvent I Je grogne, comme un pauvre chien négligé, mais auquel il suffit de dire : « ici, Mtlord », pour le rendre content!

A MADAME HANSKA, A VIENNE

Paris, mardi 10 féTrier 1835.

J'ai mis aujourd'hui sous la tutelle do M. le baron Sina, le manuscrit du Père Gorioty accompagné de tous les numéros de

la Revue de Paris où sont les articles ; plus le manuscrit de la Lettre aux Écrivains français et le numéro de la môme Revue où elle se trouye. Je n'ai pas attendu la réimpression en volume du Père Goriot, parce que votre dernière lettre m'accuse une impatience si vive et si honorable pour moi, que je vous évite avec joie quelque jours d'attente. D'ailleurs, vous recevrez dans une quinzaine de jours tout Séraphita ; quant au manuscrit de Séraphita et quelques autres choses, je serai le porteur de ces choses, car je compte être à Vienne vers le 20 mars.

Quoique j'aie à peine le temps de vous écrire, je ne puis vous taire le plaisir que j'ai éprouvé hier au milieu de la fête de madame Appooy, quand le prince Estherazy ayant désiré me voir, il m'a parlé d'une certaine madame de Hanska, née Rzewuska, dont l'esprit, les grâces et le savoir l'avaient émerveillé, et qui lui avait donné le désir de me voir. Avec quel bonheur j'ai dit devant sept ou huit femmes, qui toutes avaient des prétentions, que je n'avais pas rencontré dans ma vie plus de deux femmes que l'on pût TOUS opposer comme instruction sans pédanterie, comme grâce de femme, comme fierté de sentiments. Je ne vous dirai pas tout; j'aurais l'air de mendier un regard favorable de la souveraine de Paulowska. Mais toutes les femmes ont fait des grimaces, surtout quand le prince est tombé d'accord avec moi sur votre beauté, et qu'il a été publié que tout votre esprit ne vous rendait pas méchante, que vous étiez gracieusement bonne. J'aurais embrassé ce bon petit prince.

Allons, encore quelques jours, et j'aurai le plaisir de vous Toir.

Je reviens de Nemours. Hélas I madame de B... ne va pas mieux. La maladie a fait d'affreux progrès, et je ne saurais vous exprimer combien cette âme de ma vie a été grande, noble et touchante en ces jours mesurés par la souffrance; avec quelle ferveur elle désire qu'une autre soit pour moi ce qu'elle a élé déjà. Elle sait combien me donne de ressort et de noblesse l'habitude de tout rapporter à une idole. Mon Dieu est sur terre. Je me iais juger à chaque heure par elle. Je me dis en toute chose: < Que penserait-elle de ceci? » et cette réflexion corrobore ma ooDscienoe, empêche que je ne fasse rien de petit.

Quelque violentes que soient les attaques et les calomnies, je marche plus haut. Je ne réponds rien. Ohl madame, il y avait en moi un sentiment de souvenir et un sentiment d*horrible douleur, qui m'ont déchiré, pendant dix jours que je me suis reposé du Père Goriot. Se puis vous le dire, cette œuvre a été faite en quarante jours ; je n'ai pas dormi dans ces quarante jours quatre-vingts heures. Mais il faut que je triomphe.

Je vais encore risquer, comme le dit le docteur, ma vie intelligentielle ces jours-ci, pour finir la deuxième livraison de Werdet, la quatrième de madame Béchet et Séraphita, Aussitôt que ce sera fini, j*irai acheter la Grenadière et, le contrat signé, je cours à Vienne, voir le champ de bataille d'Essling, et, de là, un peu dans le Landstrass, où vous êtes. Je viendrai chercher quelques éloges, si vous trouvez que mon année de travail en mérite, et vous savez que les paroles qui vous échappent sont mises là où vont celles de la dilecta. Quoique malade, elle reçoit pendant mon voyage ses enfants, et ne pourrait m'avoir alors. Je fais cette route sans remords. D'ailleurs, elle sait qu'elle est nécessaire, comme distraction, à ma fatigue de tête.

Ainsi, à moins que je ne sois malade d'ici au 10 mars, ce qui n'est pas probable, je vais travailler avec le doux intérêt d'aller, mes œuvres accomplies, vers ce Vienne où j'oublierai tous mes ennuis. L'air de Paris me tue ; j'y sens le travail, les obligations, les ennemis I II me faut une oasis. D'ailleurs, le Père Goriot fait fureur, il n'y a jamais eu tant d'empressement à vouloir lire un livre ; les marchands l'affichent d'avance. Il est vrai que cela est grandiose. Mais vous jugerez. Il y a deux errata à consulter ; l'un est dans le troisième numéro de la Revue^ pour rétablir une phrase dans le deuxième numéro, et l'autre, à la lin du troisième numéro, pour rétablir une phrase de ce même numéro. Voyez-les, afin de trouver le véritable sens.

Quant à la Lettre atix Écrivaim, hélas I je ne la vois pas sans regret, car la dilecta l'a trouvée si belle, si majestueuse, si variée, qu'elle a eu des palpitations qui lui ont fait mal, et je n'aime plus ces pages.

Vous savez que Tune des qualités du bengali est une fidélité sans bornes. Pauvre oiseau d'Asie, sans sa rose, sans sa péri, muet,

triste, mais bien aimant, il me prend envie d'en écrire Thistoire. J'ai si bien commencé dans le Voyage à Java,

Adieu ; ce bout de lettre est griffonné sur un tas d'épreuves qui épouvanterait même un prote. Je compte finir mon troisième dixain à Vienne. Ce sera mon œuvre de loisir.

Mille hommages gracieux et veuillez présenter mes obéissances à M. de Hanski. Je retourne à mes travaux avec acharnement, et vous souhaite la réalisation de tous les vœux que vous aimez à faire. Trouvez ici Texpression du plus sincère et du plus respectueux des attachements.

A MADAME HANSKA, A VIENNE

Paris, !•»■ mars 1835.

J'ai reçu, madame, la lettre par laquelle vous m'annonciez votre départ pour votre solitaire Wierzchownia. Je ne vous verrai donc pas à Vienne. Je retarderai mon voyage à Essling et Wagram jusqu'à la 6n de l'été, de manière que, quand j'irai, je pousserai jusqu'en Ukraine.

Allez, vous serez accompagnée des vœux les plus sincères pour votre bonheur et pour celui de ceux qui vous entourent. Moi, je Tiens, après quelques jours de distraction nécessités par ma lassitude, je viens de rentrer dans la retraite la plus profonde pour y luettre à fin mes deux traités avec madame BéchetetWerdet, pour y grandir, pour y mettre mon nom à la hauteur de l'estime que vous en faites, pour que vous ne soyez pas fière en vain de m'avoir aa*ordé quelques jours de gracieuse amitié ; car, ma ûerté, à moi, %ra toujours bien légitime. Je vous redis, avec quelque religieuse émotion, que vous êtes, avec celle dont je vous ai si souvent parlé, la plus belle âme, le plus noble cœur, la plus attrayante personne que j'aie vue en ce monde, et l'esprit le plus supérieur et le plus

délicatement instruit. Laissez-moi vous redire ce que je pense au moment où vous allez mettre entre nous autant de distance qu'il y en a déjà.

Je viens de mesurer la profondeur des travaux qui me restent à faire ; j'en ai pour six mois encore. Pendant six mois je vais essayer de grandir, de vous envoyer de belles œuvres, les fleurs de ma cervelle, les seules qui puissent franchir les espaces sans se faner, et qui vous arriveront, oonmie ce que je vous ai envoyé déjà, dans leurs germes grossiers et dans leur première parure. Agréez-les toujours comme une preuve de mon respect et de mes admirations, comme une preuve de cette constance que vous m'avez recommandée, comme les gages d'une sainte et pure amitié, comme un témoignage en faveur de cette belle France calomniée, accusée de légèreté, mais où il se trouve encore des âmes chevaleresques, exaltées, fortes, et qui ne traitent pas légèrement les sentiments vrais. Vous m'avez donné le désir de grandir encore ; laissez-moi être à mon aise reconnaissant.

En entrant dans ma retraite, Grosclaude était sur le seuil. Il me supplie de le laisser faire mon portrait en pied et en costume de travail. Il m'a dit que vous et M. de Hanski aviez, dans ce cas, réclamé une copie. Vous ne refuserez pas la personne en peinture, quand vous possédez les premiers élans de la pensée en manuscrit. Je suis si heureux de cette amitié, que vous et M. de Hanski n'en rejeterez point les preuves. Nous sonmies si loin! Laissez-moi me rapprocher aussi matériellement qu'il est possible de le faire. Vous me direz oui, n'est-ce pas?

Je viens de rompre tous les flls par lesquels Lilliput-Paris venait de me garrotter; je me suis fait une retraite inconnue, où je vais demeurer six mois^ J'ai été saisi d'une profonde émotion en y entrant, car il s'agit de livrer ma dernière bataille, et de m'emparer du sceptre. Si j*allais succomber? Si j'allais ne pas réussir? Si, malgré le régime médité par quelques médecins qui m'ont tracé une manière de vivre pour pouvoir lutter sans danger contre mes travaux^ j'allais tomber malade? J'ai été pris d'une foule de pensées inspirées par la gravité des choses que j'entreprends. Enfin,

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