Le Jardin Waller
LETThES A L'ÉTRANGÈRE. 251
A Madame hanska, a vienne.
VieDne, mai 1835.
Vous savez, madame, que, s'il y a quelque chose qui puisse égaler le respectueux attachement que je vous porte, c'est la volonté que je suis forcé de déployer pour demeurer dans les bornes que le travail impose à mes plaisirs.
Ici donc, comme à Paris^ ma vie doit être en désharmonie complète avec la vie du monde. Pour trouver mes douze heures de travail^ je dois me coucher à neuf heures, afin de pouvoir me lever à trois heures du matin, et cette règle toute monastique, à laquelle je me suis astreint, domine tout. J'ai fait fléchir pour vous la rigueur de mon observance, en me donnant trois heures de plus qu'à Paris, où je me couche à six heures du soir; mais c'est tout ce que je puis faire.
Quelque gracieuses et douces que soient les invitations, quelque flatteur que soit un empressement dont je sens tout le prix, je suis obligé d'élre l'ennemi de mes plus chers plaisirs. Vous savez que les personnes qui m'aiment, et qui ont tout droit à des exigences, s'y conforment, puisque je ne vais nulle part et que l'on me traite comme un enfant gâté«
Toutes ces explications ont un côté de fatuité qui me déplaît et me rendrait ridicule, si vous ne m'aviez contraint à vous donner des raisons valables.
AlQsi, je compte sur votre précieuse amitié pour les expliquer, en me sauvant des dangers qu'elles comportent. Vous savez depuis longtemps que je suis conmie un soldat sur les champs de batailles, entraîné, emporté» sans autre Uberté que celle de me débattre avec leâ ennemis et toutes les difQcultés de ma position.
Vous donnerez, n'est-ce pas, à mes regrets toute leur valeur, et j'aurai sans doute une obligation à ajouter aux cent mille que je
VOUS dois. Mais vous êtes si noble, que Ton ne craint pas de s'endetter avec vous.
Oui, je vais tout à fait mieux. Je suis remis des fatigues da voyage, et vous remercie du fond du cœur de vos chères et délicates attentions. Mille affectueux compliments à M. de Hanski. Quant à vous, il faudrait exprimer trop de choses, et, comme vous voyez, le papier manque là. Ici commenceraient les choses de cœur.