‹ Lettres à l'étrangère (volume 2)Chapitre 70 sur 93 · Pablié dans le Journal de Balxac, la Chronique de Paru · texte numérisé non relu

Pablié dans le Journal de Balxac, la Chronique de Paru

mais la nécessité de faire TExposition, de rendre compte de toute cette toile gâtée qui est au Louvre, Fa obligé de rester. L'Italie y a perdu, car c^est le seul homme capable d'en dire quelque chose de neuf et de la comprendre ; mais quand je referai le voyage , il viendra. Nous prendrons mieux notre temps.

J'ai rencontré deux fois Frankowski, qui vous apportera mon souvenir de bonne année ou qui vous l'enverra : d'abord à Hilao, puis à Venise. A chaque fois la connaissance s'est augmentée. Je le crois un homme d'honneur et de haute probité; c'est un Polonais de vieille roche ; ses sentiments sont francs. Vous pouvez, c'est-à-dire M. de Hanski peut lui rendre un grand service. Vous avez, je crois, des biens dont Tadministration est diiCcile et qui, jusqu'à présent, ont été mal gérés par suite de l'infidélité des intendants. Eh bien, je crois que ce brave colonel est à ne savoir de quel bois faire flèche, car il était venu en France pour voir ce qu'il pouvait faire d'un roman. Il faut être bien au bout de ses espérances pour débarquer dans un pays où les libraires refusent par an, trois cents manuscrits de romans. Il m'a formellement demandé une lettre pour M. de Metternich, comme si je pouvais quelque chose sur le prince que je n'ai vu que comme vous savez. Quelque délicate que soit cette nature d'affaires, si M. de Hanski était dans l'intention d'envoyer un honnête homme administrer ses biens éloignés, les faire fructiGcr, en faisant une part honorable à celui qui les lui mettrait en valeur, enfin s'il voulait faire une tentative dernière, il sauverait un homme marié qui, je crois, a un désespoir caché de sa position et qui se brûlerait la cervelle plutôt que de manquer à la plus sévère délicatesse. Dans le cas donc où il penserait à essayer de ce colonel, écrivez-moi un mot ; j'écrirais alors à Frankowski pour savoir si celte place lui convient, et quand il m'aurait répondu affirmativement, je lui donnerais un mot pour M. de Hanski. D'ailleurs, le temps que | toute cette correspondance prendra nous mènerait à l'époque de mon voyage en Pologne, et il ne me sera pas inutile pour me guider dans votre pays. J'ai la conviction que M. de Hanski fera uoe bonne affaire et une bonne action. J'ai été à même d'étudier le colonel, et d'ailleurs M. de Hanski est trop prudent pour ne pas étudier son compatriote. Quand vous verrez Frankowski, ne lui parlez plus de cette lettre qu'il me demandait pour Metternich, car il me Ta

demandée par une lettre folle de désespoir, et j'ai si bien connu le désespoir de l'honnête homme qui lutte contre le malheur, que j'ai tout deviné. Je souhaite môme que mon idée arrive à temps. Mais, dans tous les cas. il faut toujours sauver à un homme d'honneur le coup terrible de l'intérêt qui a pour cause la compassion. Ce sentiment, chez moi, est toujours dénué de ce qui le rend blessant, mais les autres ne sont pas tenus de savoir cela. Si tout le monde connaissait mon cœur, quel mérite aurais-je de l'ouvrir à ceux que j'aime? Ainsi donc, après vous avoir expliqué ceci, vous le lirez à M. de Hanski, et il fera ce qu'il jugera convenable ; mais, en tout cas, il vaut mieux trouver un honnête homme qui gère bien ses terres, que de les vendre, car d'après la progression de la valeur des terres en Europe il est hors de doute que tous ceux qui en possèdent, en quelque endroit de l'Europe qu'elles soient, auront, dans quelques années, des capitaux énormes.

A demain, cara^ Ne sachant pas que je serais retenu à un lazaret et croyant n'être en voyage que pour un mois,' j'ai dit que l'on gardât mes lettres ; en sorte que je suis sans nouvelles de vous depuis la fin de février. Savez- vous que cela me semblait si dur, qu'à Gênes j'ai demandé s'il y avait un vaisseau pour Odessa, et que l'on m'a dit que l'on mettait un mois à aller de Gênes à Odessa? Alors, j'ai regardé dans le ciel le point où devait être l'Ukraine, et j'y ai envoyé mon douloureux adieu. Dans ce moment j'aurais été capable, s'il n'avait fallu que douze jours pour gagner Odessa, d'aller vous voir et de ne pas revenir à Paris sans ma pièce de théâtre. Et puis les obligations sont revenues en ma mémoire I Quelle vie ! La gloire, quand je l'aurai et si je l'ai, ne sera jamais une compensation à toutes mes privations et à toutes mes souffrances !

J'ai vu hier, à la Pergola, une princesse Radzyvill et une princesse Galitzin (qui n'est pas Sophie). Il y a donc bien des princesses Radzyvill et des princesses Galitzin ? Il y avait aussi une comtesse Orloff, qui a été comédienne à Paris, sous le nom de Wentzell. J'espérais jouir de mon cher incognito ; mais, comme à Milan, comme à Venise, j'ai été reconnu par des inconnus. Puis, j'ai trouvé le mari d'une cousine de madame de G..., et Alexandre de Périgord, le fils du duc de Dino. Heureusement que je suis venu à Florence en polisson^ comme on disait pour les voyages de Marly. Je n'ai ni

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habits, ni linge, ni rien de ce qu'il faut pour aller dans le monde, et J'ai conservé ma chère indépendance.

13 avra.

J'ai vu la Galerie de Médicis, mais en courant. Il faut rey^ûr ici, si Ton veut y étudier Tart. Une lettre du consul de livoume m'apprend à Tinstant qu'il n'y a plus de bateau à vapeur avant le 20, et il faut que je sois du 20 au 35 à Paris. Alors il ne me reste que la malle-poste à prendre et je pars dans quelques heures . Je ferme ma lettre que je voulais vous faire plus longue, et je la reprendrai à Milan par où je passe et où je m'arrêterai deux jours, car je prends par Côme et par les Bernardins.

Adieu, cara contessina ; j'espère que tout va bien chez vous, et que je trouverai de bonnes nouvelles de vous à Paris. A l'heure où je vous écris, si Frankowski est un brave homme, vous devez avoir mon petit souvenir. Dans quelques mois j'aurai le bonheur de vous voir, et cette espérance me rendra le temps et Ja vie l^rs à porter. Ne m'oubliez auprès de personne et permettez à votre mougik de vous envoyer l'expression peu neuve, mais croissante en force, de ses sentiments dévoués, accompagnés de mille choses tendres.

A MADAME HANSKA, A WIERZGHOWNIA (uKRAINE).

Paris, t0-t5 mai 1837.

Me voici revenu ^ Je suis d'une santé parfaite, et le cerveau s'est rafraîchi si bien qu'il me semble n'avoir jamais rien écrit. J'ai trouvé trois longues lettres de vous, et qui sont pour moi les plus délicieuses. Je les ai pêchées dans les deux cents qui m'attendaient et les ai lues pendant le baiQ que j'ai pris pour me délasser d'un pénible voyage, et, certes, je compte cette heure pour plus que toute ma

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