FREDERICK
« A demain, je l'espère. »
A MADAME HANSKA, A WIERZCHOWNIA (UKRAINK;.
Mars 1841.
Chère comtesse,
J'ai reçu votre chère lettre numéro cinquante-sept datée du 29 décembre 1840, et si j'y réponds un peu tard, c'est que j'ai eu bien à faire. Vous voyez que l'adresse que je vous ai indiquée est bonne.
Je ne pourrai partir qu'après avoir arrangé mes affaires, de manière à avoir une trêve, et j'ai encore bien des choses h faire pour cela. J'ai trois volumes à écrire et une comédie; mais, patience; un jour je prendrai ma volée.
Voici enfin, le Curé de Village qui a passé. C'est un livre qui a coûté bien du temps, vous le verrez en le lisant. Encore n'est-il ni fini ni parfait. N'ayez aucune peur ; quand je serai en route, je vous écrirai de chaque ville d'Allemagne où je ferai une station.
Je travaille immensément et j'ai à peine le temps de vous écrire. J'ai fait le mois dernier un roman intitulé une Ténébreuse Affaire dans le journal le Commerce, et un commencement de livre intitulé les Deux Frères, dans la Presse. J'ai les Lecamus, dans le Siècle, une étude sur Catherine de Médicis, dans le genre du Secret des Ruggieri. Je fais en ce moment un roman pour le Messager, et j'achève, pour mon libraire, les Mémoires de deux jeunes Mariées. C'est bien de l'ouvrage, tout cela! Sans compter de petites bêtises, comme les Peines de cœur d'une chalte anglaise, une Note à la Chambre des députés sur la propriété littéraire, etc. Enfin, pour conquérir un moment de liberté, je travaille comme un misérable, et je regarde cette terre promise : le balcon, l'angle de la maison et le cabinet de travail * !
Avant de vous faire faire les Jardies, il faut que je sache si cette chaumière me restera, si je n'en serai point dépouillé.