‹ Lettres a l'étrangere (volume 3)Chapitre 28 sur 111 · Le mercredi des Cendres · texte numérisé non relu

Le mercredi des Cendres

douce, bonne, les beaux et bons sentiments, sont si mres dans la vie, qu'il doit se mêler un peu de reconnaissance dans la réciprocité que nous devons, et j'ai autant de reconnaissance qtie d'amitié.

Croyez que je n'oublierai rien de nos petits engagements affectueux : ni l'album, ni le café, ni rien. Aujourd'hui, je ne puis que vous dire que je suis arrivé sans autre encombre qu'une grande fatigue. Le froid a été vif. Le samedi matin j'ai fait tout le Jura à pied dans la neige, et, parvenu à la pierre où deux ans auparavant je m'étais assis pour voir l'admirable spectacle de la Suisse et de la France séparées par un ruisseau qui est le lac de Genève, et par un fossé qui est la Vallée entre le Mont-Blanc et le Jura, j'ai eu un moment de joie, mêlé de tristesse. Il y a deux ans, j'avais à pleurer sur des illusions perdues, et aujourd'hui j'avais à regretter les plus douces choses qui soient venues à moi, en dehors des sentiments de famille : des heures d'amitié dont un pauvre écrivain par nécessité doit sentir plus vivement le prix que tout autre personne, parce qu'il y a en lui un grand poète pour tout ce qui est émotion du cœur.

Oui, je ne suis fier que de mes sentiments personnels, et c'est une grande misère que de connaître les joies de l'amitié dans toute leur étendue, et de les perdre, même momentanément.

Aujourd'hui, je me replonge dans mes travaux, et ils sont écrasants. J'ai promis que le 25 février la deuxième livraison * paraîtrait ; c'est donc dix jours seulement pour parachever ce que vous savez % et mon exactitude excusera les retards. Vous voyez qu'en vous écrivant, je suis aussi indiscret que quand je viens chez vous.

Allons, adieu, madame ; croyez que je ne suis point français en fait de souvenirs, et que je sais tout ce que je laissais de bon et de vrai derrière le Jura. Aux heures où je serai affaissé, je penserai à nos soirées, et le mot : patience, écrit au fond de ma vie, me fera penser à nos patiences. Vous savez tout ce que j'ai à dire au grand Maréchal de l'Ukraine, et je suis sûr que mes paroles seront plus

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