‹ Lettres a l'étrangere (volume 3)Chapitre 7 sur 111 · Cliarles de Bernard · texte numérisé non relu

Cliarles de Bernard

suis resté sur le crêt pendant une demi-heure espérant... quoi? Je ne sais. Tu n'es pas venue ; je n'ai pas vu d'agitation dans la maison, point de voiture à la porte. Alors j'ai soupçonné ce que tu me mandes, que tu restais un jour de plus, et il s'est glissé mille douleurs de regret dans mon âme.

Mon ange, mille fois remerciée, seras-tu quand je pourrai te remercier comme je voudrais pour ce que tu m'envoies.

Méchante ! combien tu me juges mal ! si je ne t'ai rien demandé, c'est que j'étais trop ambitieux; j'en voulais assez pour faire une chaîne afin de toujours garder ton portrait sur moi, et que je ne voulais pas dépouiller cette noble tête idolâtrée. J'étais comme l'âne de Buridan entre ses deux trésors, également avare et avide... Je viens de mander mon bijoutier ; il va me dire loyalement combien il en faut encore, et, puisque le sacrifice est commencé tu l'achèveras, mon ange. Ainsi, si tu fais faire ton portrait, fais-le faire en miniature ; il y a, je crois, un bon peintre à Genève, et fais-le monter dans un médaillon très plat. Je ne t'écrirai officiellement que par l'envoi que je te ferai bientôt.

Ma chère épouse d'amour, qu'Anna^ porte la petite croix que je vais faire faire avec ses cailloux ; je ferai graver derrière : adoremus in œtenium. C'est une délicieuse devise de femme, et tu ne pourras pas voir cette croix sans penser à celui qui te dira sans cesse ces divines paroles par ce petit talisman de jeune fille.

Mon Éva chérie; voici donc une nouvelle vie bien délicieusement commencée pour moi. Je t'ai vue, je l'ai parlé ; nos corps ont fait alliance comme nos âmes et j'ai trouvé en toi toutes les perfections que j'aimais ; chacun a les siennes et tu as réalisé toutes les miennes *.

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