Voici cette lettre
Vendredi soir.
« Mon cher Balxac,
» Ainsi que nous en sommes convenus, vous recevez en même temps que la présente, la visite de M. Cormon, mon ami, et qui bientôt, j^en suis sûr, sera le vôtre. Terminons promptement l'affaire dont je vous ai parlé. Croyez-moi, vous en serez content. Et surtout n'oubliez pas (ceci est une observation toute d'amitié) que moi, qui vous suis tout dévoué, depuis quatre mois je suis les bras croisés, et c«la, uniquement pour vous avoir aimé et écouté. Soyes raisonnablCy — ce qui ne veut pas dire ici : soyes facile ; — soyez raisonnable, cela veut dire : entendez bien vos intérêts, les miens, ceux de votre gloire et ceux de ma petite réputation.
» Je rencontre ù Tinstant Hugo, à qui j'ai tout dit, et qui fait des vœux bien sincères et bien ardents pour que tout se termine bien.
» Tout a vous de cœur.
» VRÉDiRIGR. »
a A demain, je Tespère. >
À MADAME HANSKA, A WIERZGHOWNIA (UKRAINE;
Mars 1841.
Chère comtesse,
J'ai reçu votre chère lettre numéro cinquante-sept datée du 29 décembre 1840, et si j'y réponds un peu tard, c'est que j'ai eu bien à faire. Vous voyez que l'adresse que je vous ai indiquée est bonne.
Je ne pourrai partir qu'après avoir arrangé mes affaires, de manière à avoir une trêve, et j'ai encore bien des choses à faire pour cela. J'ai trois volumes à écrire et une comédie; mais, patience ; un jour je prendrai ma volée.
Voici enfin, le Curé de Village qui a passé. C'est un livre qui a coûté bien du temps, vous le verrez en le lisant. Encore n'est-il ni fini ni parfait. N'ayez aucime peur ; quand je serai en route, je vous écrirai de chaque ville d'Allemagne où je ferai une station.
Je travaille immensément et j'ai à peine le temps de vous écrire. J'ai fait le mois dernier un roman intitulé une Ténébreuse Affaire dans le journal le Commerce, et un commencement de livre intitulé les Deux Frères, dans la Presse. J'ai les Lecamus, dans le Siècle, une étude sur Catherine de Médicis, dans le genre du Secret des Ruggieri, Je fais en ce moment im roman pour le Messager, et j'achève, pour mon libraire, les Mémoires de deux jeunes Mariées. C'est bien de l'ouvrage, tout cela! Sans compter de petites bêtises, comme les Peines de cceur d'une chatte anglaise, une Note à la Chambre des députés sur la propriété littéraire, etc. Enfin, pour conquérir un moment de liberté, je travaille comme un misérable, et je regarde cette terre promise : le balcon, l'angle de la maison et le cabinet de travail * I
Avant de vous faire faire les Jardies, il faut que je sache si cette chaumière me restera, si je n'en serai point dépouillé.