‹ Lettres à l'étrangère (volume 4)Chapitre 100 sur 105 · Ce projet ne fut jamais mis à exécution · texte numérisé non relu

Ce projet ne fut jamais mis à exécution

que je resterai juin et juillet à Saint-Pétersbourg, et que je vous reviendrai une seconde fois en automne.

Dans rintervalle où cette lettre est restée commencée dans mes papiers, qui ont été un grand mois dans des caisses et bouleversés avec toute ma bibliothèque, j'ai reçu une lettre de la maison de banque Rougemont et Lowenberg, qui me dit d'aller chercher le tableau que vous m'avez annoncé. Ainsi soyez tranquille à ce sujet comme au sujet de tout ce qui nous intéresse, car vous m'avez écrit des choses superflues. Il va sans dire que si j'ai gagné mes écus plus promptement que je ne l'estime, je partirai plus tôt. Je commence à prendre mon cher pays dans une exécration profonde ; vous ne savez pas quelle pétaudière cela est, et j'aimerai mieux la Hollande, je crois, le pays le plus anti-littéraire du monde. Enfin, chère, nous causerons d'ici à peu de temps, et nous en avons pour plus d'une soirée. Mon Dieu, y a-t-il longtemps que je ne vous ai vue ! Cela me paraît un rêve que de savoir en moi-même que je partirai, que j'irais, que chacun de mes pas me rapprochera de vous. J'ai retrouvé des forces pour les travaux que je fais en ce moment en pensant qu'ils me donneront la liberté d'aller me promener en Allemagne, et que je vous trouverai au bout de mes courses.

J'achève en ce moment le Curé de Village ; c'est une grande chose et qui m'occupe beaucoup.

Mes derniers efforts ont été bien empoisonnés par des souffrances qui dépassent la mesure de ce qu'un homme peut souffrir ; mais je n'ai ni le temps, ni l'espace, ni la force de vous en dire un seul mot; ce sera pour plus tard. Je ne puis que vous envoyer cette lettre écrite en deux mois, car en ce moment, j'ai: 26 novembre, et pourvu qu'elle vous dise ma dernière résolution c'est assez, je crois, car il y a beaucoup de choses là-dessous.

Non plus adieu, chère, mais à bientôt, car, trois mois, c'est bientôt. Je vous écrirai bien encore une ou deux fois d'ici le jour où je prendrai le bateau du voyage. Mille tendresses d'amitié, mille bonnes espérances et tout ce qu'un long attachement comporte de gracieuses pensées et de fleurs souvent comprimées au fond de l'âme. Bien des choses de votre dernière lettre m'ont fait du bien desquelles je ne vous parlerai point, mais je ne vous croyais ni autant de persistance ni autant de volonté. Quand vous m'avez fait voir que les excellents

conseils que je vous donnais à Genève étaient suivis et que vous les suiviez, il m*a pris un tressaillement.

Mille bons souvenirs à tous ceux que je connais parmi ceux qui vous entourent, et bien des choses à M. do Hanski.

Vous êtes encore revenue sur: ik F élégant empire ï>. etc... Coquette! Mais vous m'avez fait tristement sourire.

U y a une nouvelle bien grave aussi chez moi. Je prends ma mère avec moi ; surcroît de peines et de travaux. Mais I...

A MADAME HANSKA, A WIERZGHOWNIA (uKRAINE).

16 décembre 1640.

J'ai enfin pu aller chez Rougemont et Lowenberg retirer le paysage de Wierzchownia. J*ai rapporté moi-môme cette caisse faite avec des bois du nord et qui, en se brisant, ont exhalé des parfums délicieux, ravissants, qui m'ont donné comme une nostalgie. Si vous vous chauffez avec ces bois-là, c'est une volupté que de tisonner ; c'est plus qu'un plaisir. Le paysage a souffert ; ainsi les voyages, s'ils forment la jeunesse, nuisent aux tableaux. Mais, chère des chères, la toile est immense ; nous n'avons pas d'espaces si grands dans nos trous d'alvéole, qu'on appelle à Paris des appartements. Je mettrai l'original aux Jardies, si je les conserve, et je vais en faire faire une réduction par mon cher Borget, qui est revenu de Chine ces jours-ci, et qui travaille pour le Salon de cette année, afin de le mettre sous mes yeux dans mon cabinet. J'ai eu bien du plaisir à contempler cette toile ; mais vous ne m'avez pas dit que vous eussiez une rivière devant votre pelouse, ni que vous eussiez un Louvre. Tout cela me semble bien joli, bien beau, bien frais ; les fabriques sont élégantes et nous ne sommes pas mieux ici. Quelle mélancolie à l'arrière-plan!

Comme on devine les steppes et ce pays sans une éminence! Vous avez bien fait, c'est une bonne action que de m'avoir envoyé la peinture de votre habitation ; mais je voudrais aussi une vue de Paulowska.

Chère, cela n'a pas diminué Tenvie que j*ai d'aller vous voir, et que je mettrai à exécution. Je travaille nuit et jour pour arranger ici mes affaires et me faire la bourse du voyage. Vous me verrez, par un beau jour, débarquer par ce pont si gentil.

Ceci n'est qu'un petit mot de réception pour vous dire que maintenant mes regards seront sans cesse sur vos fenêtres et sur les colonnes de votre périslyle, que, tout en cherchant mes idées, je me promènerai sur cette pelouse.

Le Curé de Village paraît dans quelques jours. Les Mémoires de deux jeunes Mariées s'achèvent. Mon avoué, un homme d'un admirable caractère, maintient ma dette par la procédure. .le donnerai deux pièces de théâtre et une foule d'articles. Je laisserai mes épreuves à corriger à des amis en partant, car j'aurai bien une dizaine de volumes de réimpressions pendant que je voyagerai.

Je viendrai à vous peut-être académicien, mais certainement avec la satisfaction d'avoir publié le Curé de Village qui est une des pierres du fronton de mon édifice. J'emporterai de l'ouvrage avec moi. Je voudrais bien savoir à qui m'adresser pour n'éprouver aucun désagrément à la frontière pour mes manuscrits. Croyez-vous qu'il faille écrire à Saint-Pétersbourg, ou que quelques mots de Pahlen, votre ambassadeur, suffisent? Je voudrais bien avoir un renseignement là-dessus, parce qu'alors je vous apporterais vos manuscrits. Quand j'ai vu votre cage, il m'a semblé que c'était le mienne, et que je devais vivre là. Vous m'avez fait bien heureux, et vous aviez le pressentiment de mon plaisir en me demandant si souvent si j'avais le tableau.

Hier, 15, cent mille personnes dans les Champs-Elysées. Chose qui ferait croire à des intentions dans les effets naturels, au moment où le corps de Napoléon, est entré aux Invalides, il s'est formé (le 15 décembre), un arc-en-ciel au-dessus des Invalides. Victor Hugo a fiiit un poème sublime, une ode sur le retour de l'Empereur. Depuis le Havre jusqu'au Pecq toutes les rives de la Seine étaient noires de monde et toutes ces populations se sont agenouillées quand

ce bateau passait. C'est plus grand que les triomphes romains. Il est reconnaissable dans son tombeau : la chair est blanche ; la main est parlante. Il est l'homme des prestiges jusqu'au bout et Paris, la ville des miracles. En cinq jours, on a fait cent vingt statues, dont sept ou huit superbes, cent colonnes triomphales, des urnes de vingt pieds de haut et des tribunes pour cent mille personnes. Les Invalides étaient tendus en velours violet parsemé d'abeilles. Mon tapissier me disait ce mot pour expliquer la chose : « Monsieur, dans ces ca»-là, tout le monde est tapissier I »

Allons, adieu. Je travaille, et chaque heure perdue est un retard pour mon voyage. Je vous donne aujourd'hui le plus précieux autographe des autographes, car Frederick Lemaître n'écrit jamais un mot, et il est aussi grand que Taima ^

Mille gracieux et tendres hommages ; mes amitiés, mes souvenirs à tous ceux qui vous entourent. Vous devez avoir maintenant Une Pierrette complète. Vous trouverez ici mille choses que j'ai à vous dire et que le papier ne me permet plus d'exprimer.

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