Cest la lettre sai vante
talent aussi, cela va saas dire. U y a des choses d'amour, de fierté, de noblesse, dans certaines existences, que les autres aiment mieux calomnier que comprendre.
Latouche a dit un mot effrayant de haine à un de mes amis. Il Ta rencontré sur le quai; ils ont parlé de moi. Latouche, avec d'immenses éloges, malgré notre séparation : « Ce qui me plaît en lui, dit-il, c'est que je commence à croire quil tes enterrera tous, »
Mon Dieu, que j'aime tes chères lettres, pas celles où tu grondes, celles où tu me dis bien minutieusement ce qui t'arrive I Oh ! dismoi tout, que je lise en ton âme comme je voudrais te faire lire en la mienne. Dis-moi bien les éloges que recevra ta beauté adorée; si quelqu'un regarde tes cheveux, ton col chéri, tes petites mains, nomme-le-moi. Tu es ma gloire la plus précieuse. Nous avons, dit-on, des étoiles aux cieux ; toi, tu es mon étoile descendue^ la clarté dans laquelle je vis, la lumière vers laquelle je vais.
Comment viens-tu me parler de ce que j'écris; c'est ce que je pense et que je ne dis pas qui est beau, c'est mon amour pour toi, son cortège d'idées, c'est tout ce que je voudrais dire à toi, dans ton oreille, afin qu'il n'y eut plus d'air entre nous!
Je n'aime pas Marie Tudor; d'après les analyses des journaux, cela me semble bien sale. Je n'aurai pas le temps d'aller voir ce drame. Je n'ai pas le temps de vivre. Je ne vivrai qu'à Genève. Et encore que de travaux il faut que j'y fasse! Là, comme ici, il faudra me coucher à six heures et me lever à minuit; mais de midi à cinq heures, ô amour, que de forces je prendrai dans tes regards. Puis quel plaisir de te lire, chapitre à chapitre, le Privilège ou quelque conte, ma minette chérie!
Ne crois pas qu'il y eut le moindre orgueil, la moindre fausse délicatesse dans mon refus pour ce que tu sais, pour la goutte d'or que tu as mise aogéliquement en réserve. Qui sait si quelque jour elle n'étanchera pas le sang d'une plaie, et, maintenant, de toi seule au monde je puis accepter. Je suis sûr que tu recevrais de moi tout. Mais non, réserve cela pour des choses que je voudrais peutêti-e tenir de toi, afin de m'envelopper de toi, de penser à toi en tout. Mon amour est encore plus grand que ma pensée n'est grande !
Trouve ici mille baisers et des caresses de flamme. Je voudrais te serrer dans mon âme!
82 LETTRES A L^ÉTRANGËRB.
A MADAME HANSKA MAISON MIRABAUD-AMAT> AU PRÉ-l'É YÊQUS^ A GENÈVE,
Paris, mercredi 13 novembre 1833.
Madame,
Je ne crois pas que la Maison de Hanski refuse les légers souvenirs que conserve la Maison de Balzac d'une gracieuse et toute joyeujse hospitalité. J'ai l'honneur de vous adresser, bureau restant à Genève, une petite caisse envoyée par les messageries de la rue Notre-Dame-des- Victoires. Vous aurez sans doute accusé la légèreté, rinsouciance du Français, oubliant que je suis un Gaulois, rien qu'un Gaulois, et vous n'aurez pas songé à toutes les difficultés de la vie parisienne, qui m'ont procuré le plaisir de m'occuper longtemps de vous et d'Anna.
Le retard vient de ce que j'ai voulu tenir toutes mes promesses. Permettez-moi quelque peu de fatuité dans ma constance.
Avant que le sublime Fossin ait daigné quitter les diadèmes, les couronnes des princes, pour sertir les cailloux ramassés par votre fille, il a fallu bien prier, bien s'humilier, quitter souvent ma retraite où je suis occupé à sertir de pauvres phrases. Avant de faire venir d'Orléans le meilleur cotignac, puisque vous vouliez redevenir enfant et goûter au cotignac, besoin fut d'une correspondance. Et, prévoyant que vous trouveriez sans doute le cotignac au-dessous de sa réputation, j'ai voulu vous y joindre des alberges de Touraine, pour vous faire sentir gastronomiquement l'air de ma patrie. Pardonnez-moi cette vanité tourangelle. Enfin, pour vous envoyer la Caricature complète, j'ai été forcé d's^ttendre que l'année 1833 fût terminée ^ et j'ai dû subir les caprices du relieur, cette haute puissance qui pèse sur ma bibliothèque.
1. Uannée 1832-1833 de la Caricature (douie mois)) se termine le 13 octobre
Pour VOS beaux cheveux, rien n'a été plus facile, et vous trouverez ce que vous avez daigné me demander. J'aurai rhonneiir de vous apporter moi-même la recette de l'admirable pommade conservatrice, afin que vous la fassiez vous-même au fond de l'Ukraine et que vous ne perdiez plus un seul de vos beaux et noirs cheveux.
Rossini m'a dernièrement écrit un mot; je vous l'envoie pour Toffrir à M. de Hanski, son admirateur passionné.
Vous voyez, madame, que je ne vous ai point oubliée, et, si mes travaux me le permettent, je serai bientôt à Genève pour vous dire moi-môme quels doux souvenirs j'ai conservés de notre heureuse rencontre.
Vous avez admiré Chénier ; il vient de s'en publier une édition plus complète que ne l'étaient les précédentes. Ne l'achetez pas ; faites que je vous lise moi-même ces diverses poésies et, peutêtre alors, attacherez-vous du prix aux volumes que je vous aurai choisis ici. Celte phrase n'est ni vaine, ni impertinente ; elle est l'expression d'un vœu d'une franchise tout enfantine.
J'espère être le 25 courant à Genève ; mais, hélas l il faut pour cela que j'aie achevé quatre volumes, et quoique je travaille dixhùit heures sur vingt-quatre, que j'aie abandonné la musique des Bouffons et toutes les joies de Paris pour rester dans ma cellule, j'ai peur que les coalitions d'ouvriers dont nous sommes victimes, ne rendent mes efforts superflus. Je voudrais, puisque je suis obligé de faire ce voyage, y trouver un peu de tranquillité, rester loin de cette fournaise appelée Paris au moins une quinzaine, et l'employer à quelque farniente^ Mais j'aurai sans doute à travailler plus que je ne le voudrai.
Donnez, madame, l'expression la pljis gracieuse à mes sentiments et à mes souvenirs en les présentant à M. de Hanski; baisez {^u front mademoiselle Anna en mon nom, et daignez agréer mes respectueux hommages. Me croirez-vous, ne vous moquerez-vous pas de moi, si je vous dis que, souvent, je revois dans le paysage de l'ile Saint-Pierre votre belle tête, quand, au milieu de mes nuits, fatigué de travail, je regarde mon feu sans le voir, et que je me distrais par les plus agréables souvenirs de ma vie ? D y a si peu d'instants purs, dégagés d'arriôre-pensées, naïfs comme notre enfance dans cette vie! Ici, je ne vois qu'inimitiés autour de moi.
Qui ne croirait pas que je me reporte à des scènes où il n'y avait autour de moi que bienveillance? Je n'oublie ni mademoiselle Séverine ni mademoiselle Borel.
Adieu, madame ; je mets ici toutes mes obéissances à vos pieds.
DE BALZAC
A MADAME HANSKA, POSTE RESTANTE, A GENÈVE
Paris, dimanche à une heure et demie du matin, 17 novembre 1833.
Jeudi, vendredi et hier, il m'a été impossible de t'écrire un seul mot. Épreuves, travaux et courses ont pris tout mon temps. Ta caisse ne partira que demain lundi, ainsi tu ne l'auras guère que jeudi ou vendredi. Tu me diras ce que tu penses de la croix d'Anna. Nous avons été dominés par les cailloux qui empêchaient de faire quelque chose de joli. Ton cotignac m'a fait donner à tous les diables. On m*a écrit d'Orléans qu'il fallait attendre que le cotignac nouveau fût fait, qu'il était meilleur que le vieux, et que j'en aurais dans quatre à cinq jours. Alors, ne voulant pas avoir le démenti de ton cotignac annoncé, j'ai couru chez tous les marchands de comestibles qui tous m'ont dit qu'ils ne vendaient pas de cela deux boîtes par an et qu'ils y avaient renoncé. Mais, chez Corcelet, j'en ai trouvé la dernière boîte, et il m'a dit qu'il n'y avait que lui qui tenait cet article à Paris et qu'il en aurait du nouveau bientôt. J'ai pris la boîte, et tu n'auras du frais cotignac qu'à mon arrivée, car a.
Quant à Rossini, je veux qu'il me fasse une jolie lettre, et voilà qu'il me fait dîner avec sa maîtresse, qui est précisément la belle Judith S l'ancienne maîtresse d'Horace Vernet et de Sue, tu sais. U me promet son mot, de la musique, etc. Il est très obligeant, —