La fin de cette lettre manque
m'avez donné. 2® Un exemplaire da volume du Livre des Conteurs où se trouve Melmoth réconcilié.
Je m'occuperai de vos perles au premier moment. J'ai trouvé mes aflfaires dans le plus horrible désordre. Werdet avait bien payé la lettre de change, mais il n'avait pu payer mes deux échéances du 15 et du 31 mai, en sorte que ma sœur, à qui ces sortes d'affaires sont peu familières, épouvantée de ces payements, a pris, non pas mes diamants, mais mon argenterie, et Ta engagée. Ainsi, me voilà obligé de travailler nuit et jour pour réparer toutes les bêtises que l'on m'a faites.
J'ai donc pour trois ou quatre mois de travaux forcés, pendant lesquels je vous demanderai d'avoir de Tindulgence pour moi. Je ne pourrai pas vous écrire aussi souvent que je le voudrais. Il faut que je donne coup sur coup le Lys dans la Vallée^ les Mémoires d'une jeune Mariée, la livraison de Werdet et celle de madame Béchet. Tous se sont plaint^ de moi horriblement. Mais soyez sans remords ; je ne regretterai jamais le voyage ; quelque court qu'il ait été, et surtout quelque peu de temps que nous ait laissé le monde.
Je ne suis pas content de Munich. C'est par trop de fresques et par trop de mauvaises fresques. Celles du haut plafond de la Pinacothèque valent seules quelque chose, et celles des salles d'en bas de Ja Kœnigsbaugh [?] Tout le reste est à la hauteur de nos décorations de cafés, à Paris.
Adieu pour aujourd'hui. J'ai mille choses à faire, mes paquets à remettre, mes libraires et revues à voir; enfin, à tout remettre en état. Aussitôt que j'aurai quelque chose de nouveau à vous mander, je vous écrirai, car aujourd'hui je ne puis vous dire que ce que vous savez parfaitement bien, j'espère.
Baisez pour moi les jolies menottes d'Anna, offrez mes amitiés à M, de Hanski, et rappelez moi au souvenir des autres personnes qui vous entourent.
Vous trouverez le ducat de Jean, le valet de place, dans les feuillets du premier volume du Père Goriot, Mille tendres gracieusetés.
LETTRES A L'ÉTRANGÈRE. i59
A MADAME HANSKA, A ISGHL.
Cbaillot, dimanche 28 juin. — Mercredi 1er juillet 1835.
Décidément, ce que je vous envoie sera soumis à toutes les chances que la politique peut avoir d'envoyer un courrier à M. de la Rochefoticault, car i'heureux attaché qui s'est marié et qui s*en retournait, est parti sans que je Taie su.
Depuis que je ne vous ai écrit, il s'est passé bien du temps, mais ce temps a été pris par d'énormes chagrins, de ceux qui font tomber ou blanchir les cheveux. La personne qui est auprès de ma mère m'a écrit confidentiellement qa'i] s'agissait en ce moment de lui sauver la vie ou la raison, que, si elle ne périssait pas, les chagrins la rendraient folle. Mon frère, incapable de tout point, réduit à la plus profonde détresse, parlait de se brûler la cervelle, au lieu de chercher à prendre un bon parti. Ma sœur est dans un état qui a empiré; sa maladie a fait des ravages épouvantables. Tout cela tuait ma mère.
Ainsi, en quatre jours, aux difDcultés que m'ont créé le voyage, ma crise financière et mes travaux arriérés, se sont jointes celles de deux existences à conduire et à providentiellement arranger !
Ce fut une triste soirée. Je me suis mis à ma fenêtre, j*ai re^ gardé dans l'espace les pays que je venais de quitter et où j'avais été chercher près de vous de la jeunesse, du repos, de la force, rafraîchir le cœur et la tète, oublier l'enfer de Paris, et, dans cette altitude, quelques larmes m'ont gagné. J'ai mesuré Tétendue de l'abtme, j'ai soupesé le fardeau, j*ai cherché au fond de mon cœur le coin où est le principe de ma puissance, et je me suis résigné. Ce sont de ces grandes scènes dont le secret est entre Dieu et nous. Mon Dieu I Si vous m'aviez ^u, vous auriez su pourquoi j'étais si triste en vous quittant, et vous auriez compris
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la portée de ce que je vous disais, quoique sous une apparence gaie, quand je m'écriais : « Je vais aller me replonger dans la cuve et recommencer mes misères I »
Par quelle douce fatalité se fait-il que depuis deux ans je vous doive les seuls intervalles calmes et paisibles de ma vie ?
Alors, j'ai commencé à élever une barrière infranchissable entre ma mère et ses enfants, entre elle et le monde d'intérêts qui vient rugir autour d'elle. J'ai assuré le calme et la paix de sa retraite. Puis j'ai formé un .plan de liquidation pour mon frère et un autre plan pour assurer, pendant deux ans, sa vie de la famille. En quinze jours tout sera réalisé. Puis^ d'ici à deux ans, j'aurai trouvé moyen de lui trouver une position.
Si vous voulez penser un moment que les petits intérêts sont plus compliqués et plus difficiles à manier que les grands, vous devinerez que de courses, de difficultés, de conférences. J'avais ma crise financière à dominer. Les calomnies continuelles des journaux qui me disaient en fuite, à Sainte-Pélagie, qui entassaient les lazzis, ont trouvé créance dans la partie stupide de Paris, et cette croyance a paralysé les ressources que j'avais dans le crédit. Mais, à l'heure où je vous écris, j'ai tout dompté pour moi, comme pour ma mère, comme pour mon frère. Encore un ou deux jours, je serai en selle sur le joli coursier ailé que j'ai plus particulièrement monté dans les champs du classique vallon, et je ferai feu dans les deux Revues en juillet et août, tandis que deux livraisons l'une, des Études de Mosurs^ l'autre, des Etudes philosophiques paraîtront coup sur coup. Le dommage purement pécuniaire du voyage sera réparé. Puis, je travaillerai délicieusement à nouveau, en pensant que la récompense sera le voyage à Wierzchownîa, sans aucun souci.
C'est dans ces circonstances que je me suis occupé de votre couteau à papier et de votre porte-plume; j'ai pensé que ces deux bagatelles vous en seraient plus chères et que M. de Hanski permettrait à l'amitié d'empiéter sur ses droits. Ainsi, au milieu de mes peines, il se glissait une douce pensée, quand j'allais chez Lecointe ^ Oh I conservez-moi bien pure et bien vive cette aiFection