Balzac se trompe de deux miUe francs dans ce calcul
Rossini me disait hier :
— Quand je faisais cela, moi, j'étais mort au bout de quinze jours, et j*en prenais quinze pour me rétablir.
— Moi, lui dis je, je n ai que le cercueil en perspective pour me reposer ; mais le travail est un beau suaire.
Vous comprenez comment au milieu de ces mille courses, de ces torrents d'épreuves, de manuscrits à faire, de cette lutte enragée, il est affreux de recevoir des pierres du ciel, au lieu de rayons. Vous ne comprendrez jamais ma vie ; il faudrait y assister. Non seulement je n'ai ni un plaisir ni un moment, mais je n'ai pu, depuis mon retour, ni prendre un bain, ni aller aux Italiens, deux choses qui me sont plus nécessaires (les bains et la musique) que le pain. Tout dépérit en moi au pn^fit du cerveau. Cela fait frémir.
Ainsi, pour avoir trois fois dans ma vie voulu, moi faible, m'intéresser à des malheureux et les prendre en croupe sur mon cheval ou dans ma barque, trois fois, l'ouvrier imprimeur', Jules Sandeau et Werdet ont brisé le gouvernail, fait sombrer la barque, m'ont jeté à l'eau tout nu ! C'est fini. Je ne m'intéresse plus aux faibles ; j'ai trop d'obligations qui m'ordonnent d'user de la froide logique des coffres-forts. Je m'enferme dans mon travail et dans ma mansarde. Je deviens encore plus solitaire.
Voyez comme la société tout entière s'entend pour isoler les supériorités, comme elle les chasse sur les hauteurs ! Les atfections qui doivent nous être exclusivement bonnes et tendres, ne jamais nous juger, ne pas faire d'un rien une montagne et d'une montagne un rien, celles-là nous tourmentent de leurs exigences fantasques ; elles nous portent des coups d'épingle à propos de niaiseries ; elles veulent de la foi pour elles, elles n'en ont pas pour nous ; elles ne veulent pas mettre dans leurs sentiments cette grandeur qui les sépare de tout. Elle ne les abstrait pas, coauue nous le faisons, de toutes les souillures terrestres. Les protections que nous accordons aux faibles sont des relais pour se précipiter plus vite dans les inextricables difficultés de la vie matérielle. Les indifférents épousent les calomnies que répètent les envieux et que forgent les ennemis. Personne ne nous secourt. Les masses ne nous compren-