‹ Lettres a l'étrangereChapitre 13 sur 120 · Architecte des Rothschild (voir t. III, p · texte numérisé non relu

Architecte des Rothschild (voir t. III, p

LBTTRBS 3.

les armoires ne peuvent loger qu'une douzaine d'assiettes à soupe, trois douzaines d'assiettes ordinaires, et une douzaine de dessert. Si tu trouves cela avec les accessoires, prends. Il faudra la même chose (en autre porcelaine), pour le salon en marqueterie, car nous aurons les petits et les grands appartements. Ne t'effraie pas de cela, car les appartements de réception sont tous boisés et ne demandent aucune des choses de luxe moderne ruineuses. Il n'y faut que des rideaux et des tapis. Avec six ou sept mille francs, tout le rez-de-chaussée sera divinement meublé (mais à l'exception de la salle à manger-cathédrale). Prépare-toi, louloup, tout est Louis XV, Louis XVI et Pompadour. Dieu me protégeait dans nos acquisitions; elles sont toutes en harmonie avec notre habitation.

Je ne dois rien du tout ni pour tableaux ni pour bric-à-brac, excepté les huit articles marqués d'un X sur l'enveloppe de la lettre. Mais j'attends tous ces objets, et ce n'est à payer que dans les dix premiers jours d'octobre, avant mon départ. Ainsi c'est quatre mille francs qu'il me faut dans les premiers jours d'octobre. Il faut faire une nouvelle, car le Constitu[tionnel] ne paie que ma mère, mon loyer, ma montre. La librairie de ces romans-là paie la gouvern[ante]. Mais de ces huit articles-là, je n'en ai d'immédiats que Mayence (trois cents francs), Miville (six cent cinquante) et cent francs à un ébéniste. En tout mille francs. Cent cinquante francs pour venir te trouver, et ce sera tout. Tu vois qu'excepté ta garniture de potiches et ton Saxe, il ne faut plus rien acheter, sous peine de mettre en péril le ménage de Paris. Quelle chance que celle d'avoir eu nos cuirs d'Anvers, car notre grande salle à manger ne nous coûtera pas cher. Les tapis de ma chambre actuelle et de celle de ma mère feront les tapis. Le damas de mon cabinet, rassorti, fera les rideaux. Avec deux mille cinq cents francs de dépenses, toute cette pièce sera meublée, complète et très riche. Tu pourrais y recevoir ta cousine, la princesse de Ligne K Elle n'en aura pas une si belle dans aucun château d'aucun •Ligne, c'est hors ligne vraiment.

Cela se composera de deux armoires en chêne sculpté, les deux petites armoires à glaces incrustées que tu connais. Les cuirs pour tentures, les rideaux, en damas rouge doublés de blanc; les chaises de Bâle superbement montées et garnies de damas rouge; les candélabres de mon cabinet posés sur les piédestaux de Mayence, réparés et dorés. Un beau lustre hollandais; des grands cornets Japon sur des socles supérieurement sculptés; des vases de Chine sur toutes les armoires; le plat d'Annette au-dessus du poêle, arrangé en cheminée surmontée du cadre de Bâle, et, en pendant, un autre plat pareil, et deux buffets sculptés; quatre paysages et deux tableaux de fleurs, encadrés supérieurement, au-dessus des deux portes.

1. Il s'agit ici d'Hedwige, princesse Eugène de Ligne, femme de l'ambassadeur de Belgique en France.

J'espère que tu seras bien heureuse de l'habileté de ton pauvre Noré qui t'aura bien logée, et que nos deux amours-propres seront satisfaits. Il faut beaucoup de temps, de goût, de voyages et de recherches, pour faire une si belle œuvre d'art. La belle horloge de mon cabinet sera l'horloge de cette salle royale, dont la décoration sera toute en vieux bois, le plafond comme celui de mon cabinet. Je mets au défi tous les tapissiers de faire une pièce pareille pour vingt mille francs, et moi je n'ai plus que trois mille francs à y dépenser. Laisse-moi m'amuser à te faire ce nid d'où nous ne sortirons que si rarement, splendide et gentil à la fois ! Est-ce des folies? Ce n'est ni des lorettes, ni du tabac, ni des orgies! Voilà six ans que mes maîtresses, c'est notre luxe, c'est tout notre mobilier. C'est la fantaisie d'un Noré qui veut tout avoir beau autour de lui, comme tout sera beau dans son cœur, dans sa femme, dans son Eve, qui, depuis quatorze ans, est son Rêve!

Quatre heures et demie.

Je viens de relire ta lettre; je crois avoir répondu à tout. Oui, derechef, prends le Saxe et les potiches; mais n'achète plus rien. Ces deux acquisitions-là nous vont, car on ne trouve pas à Paris, en beau, cinq objets, une garniture, pour trois cents francs dans les ordinaires. J'espère depuis six mois, pour cinq cents francs, une garniture qui vient du cardinal LatiP, et donnée par Charles X. Elle vaut trois mille francs. Elle est au fond d'une campagne.

Nous avons dix pièces où il faut des flambeaux; j'en possède deux paires. J'en ai déjà acheté deux paires, il en faut encore six à sept paires. Or, les plus vilains flambeaux modernes valent de trente à quarante francs. Moi, j'en achète de splendides (Louis XIV, Louis XV et Louis XVI), dorés, entre cinquante et cent cinquante francs. En six mois, à une paire par mois, selon les occasions, je serai complété. Mais cela fait mille francs de flambeaux seulement. Juge par là ce que c'est qu'une maison à monter, et comment les

I petites-maîtresses de Paris et ceux qui font les grands seigneurs peuvent se ruiner. Le jour où j'ai payé SoUiage, il venait de vendre trois mille francs deux jattes de vieux Chine à Rotschild que moi en flânant, en voyageant, j'aurais trouv[ées] pour trois cents francs. Ne parlons plus ici affaires, ni bric-à-brac, ni maison. C'est des pensées bien charmantes, car il s'agit de nous. Mais nos charmantes personnes, à qui tout est destiné, mais nos cœurs, sont des diamants plus délicieux que la monture, et tu sauras, louloup, que je crève de tendresses pour toi. En m'agitant ainsi, en ne m'occupant que de

1. Aumônier de Charles X pendant l'Émigration, devint son premier aumônier pendant la Restauration. Archevêque de Reims, duc et pair, cardinal, il mourut en 1839.

nous, ma pensée ne te quitte pas. Ce n'est que de ce matin (huit jours!) que je reprends mon œuvre, et elle va marcher ferme. Me voilà réveillé ce matin à deux heures, et, pendant huit jours, toutes les nuits l'œuvre ira son train. Tu n'auras plus que de petites lettres, car je serai du 10 au 12 [octobre] à Wiesbaden, avec mes chers saltimbanques bien-aimés!

Allons, voici cinq heures, voici le jour, et pas une ligne d'écrite pour les Parents pauvres^ et je ne t'ai pas encore dit combien je t'aime, je ne t'ai pas dit quel a été mon plaisir hier en te lisant! Non, c'est à rendre fat que de se voir aimé ainsi par une des trois ou quatre femmes que Dieu a plus particulièrement signées dans cette génération d'un milliard d'êtres, car vous n'êtes pas quatre Èves dans tout le sexe, et je ne m'étonne plus que, surpris de nous avoir mis l'un au Nord, l'autre à l'Ouest, le Bon Dieu, surpris de nous voir réunis et heureux, laisse le diable te voler tes moutons et brûler ta bergerie. Il faut payer notre bonheur, notre immense bonheur! Je t'envoie donc des caresses à te faire brûler tes belles moissons de cette année, des tendresses comme un homme en peut faire à un ange, enfin, je t'adresse des vœux bien brûlants, et le regret de t' avoir, malgré moi, causé deux jours d'attente. Mais, mon loup bien-aimé, ne double jamais la distance, et ne calcule pas qu'il faut que j'aille et que la lettre vienne, et, surtout, le repos forcé par les veilles en voiture. Je n'ai pas eu une minute à Metz. Le préfet m'a tenu jusqu'à minuit, et je n'avais pas dormi depuis Mayence, et tu sais que j'ai peu dormi la dernière nuit.

Allons, adieu, chère Évelinette adorée; adieu, plaisir sans cesse au cœur; adieu, pensée éternelle de mes pensées; adieu, cœur de mon cœur, toi qui dans ce moment, as deux cœurs pour m'aimer, deux sangs, deux vies! Et moi, je n'ai que mon immense amour et mon dévouement absolu à ces deux belles créations : toi, que je tiens de Dieu; Victor[- Honoré] qui est de nous! Mille baisers au M[inou], au frais, au gentil, au tendre, au bon min[ou], et à tout toi. Soigne-toi.

Salon d'altente'^.

Tenture jaune et carmélite. Cheminée, garniture de ma chambre à coucher actuelle, avec les vases mexicains. Au fond, la jardinière; à côté, la fontaine Empire, et, devant, mon fauteuil actuel recouvert en tapisserie. Les bras, le lustre de ma chambre. Un petit divan en acajou Empire (à trouver). Les vues de Naples, et, au-dessus de la jardinière, dans le milieu, un vase Empire magnifique, sur un socle (à trouver). Une petite table à écrire (à trouver). Trois choses à chercher.

1. Les notes dt croquis publiés ici sont griiTonnés par Balzac sur des papiers de différentes grandeurs annexés à la lettre qui précède.

Salon.

Sur la cheminée, les trois vases rouges, avec les deux flambeaux Louis XV; les deux vases ayant des bouquets à quatre bougies. Pendule Eude ^. Chenets Mayence. Un gros fauteuil, une chauffeuse, quatre chaises, un canapé (canapé à trouver). Console, deux bras. Une table faite avec les pieds du meuble Miville. Les deux grosses potiches mandarin, avec les pieds. L'écran. Mon buste ^ sur la console.

La cave à liqueurs et un thé, de chaque côté. En face la cheminée, le Lever de V Aurore et V Enlèvement d'Europe. En face la console, la Tête^ de Greuze, et le Jugement de Paris.

N^ 1. — Les pendules.

Le socle à pendule pour la galerie, avec ma statuette, de Puttinati ^.

Horloge de mon cabinet, pour la salle à manger.

Pendule de la chambre de ma mère, pour la chambre d'apparat.

Pendule en malachite pour le salon vert.

Pendule d'Eude pour le salon.

Pendule blanche pour le salon d'attente. '

Le cartel ira dans l'antichambre en haut.

La pendule de mon salon actuel ira dans mon cabinet, en substituant du marbre noir aux bronzes, et mettant dessus une belle œuvre d'art.

Restent à trouver : une pendule pour la chambre à coucher;

Idem pour le boudoir.

iVo 2. — Les lustres.

Le lustre de ma chambre à coucher actuelle, les candélabres, les bras et la jardinière pour le salon d'attente. Le lustre du salon (Solliage).

Le lustre du boudoir fleurs. Le lustre de la salle à manger Strauss.

1. Eude, dit Michel jeune, tableaux, 12, rue de Seine-Saint-Germain.

2. Exécuté en 1843-1844 par David d'Angers auquel Balzac dédia Le Curé de Tours.

3. Balzac en robe de chambre, en pied, faite à Milan, en 1837. La Vendetta est dédiée à Puttinati,

Notes diverses.

200 glace, quai de l'École.

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