‹ Lettres a l'étrangereChapitre 12 sur 120 · L.-C.-D. Gossart, notaire, rue Richelieu · texte numérisé non relu

L.-C.-D. Gossart, notaire, rue Richelieu

2. Justin Glandaz, camarade du collège de Vendôme (voir t. II, p. 137).

3. Tailleur et banquier de Balzac (voir t. III, p. 115 et 138).

4. Banquier à Brody et à Berditcheff, en Ukraine (voir t. III, p. 1).

5. Dont Balzac estropie couramment le nom (voir t. III, p. 116).

juin et juillet quand tu iras en Ukraine faire et finir tes affaires, j'aurai de grandes inquiétudes de moins. Remarque bien que nous aurons toujours la valeur (et au double) de cela dans nos cent soixantequinze actions. Enfin, ne me réponds pas qu'il ne faut pas acheter à Beaujon, etc., car, non seulement ce sera fait, mais je serais un fou de ne pas le faire. C'est inouï de se loger à soixante-dix mille francs actuellement dans Paris. Nous resterons là dix ans, et, si tu t'y plais, nous y resterons tant que tu voudras. Plus tard, nous aurons Moncontour^ pour campagne. En cinquante jours tout sera parfaitement fini et prêt dans notre maison.

Tu sais que je ne m'occupe pas du linge. Je ne veux pas que la Qiouette s'en mêle, et je ne m'y connais pas. Il faut du linge de table et du linge de maison : draps, etc. Les draps de France ne sont pas des draps d'Allemagne; je t'apporterai les mesures de nos lits. Il faut aussi penser à Victor[- Honoré].

Tu me parles de la Chouette. Elle deviendra ce qu'elle voudra. Elle m'ennuie tant que je ne m'en occupe pas. Elle aura son argent; elle en fera ce qu'elle voudra. Elle prend son ménage, et elle sera ou buraliste ou mariée. N'en prends nul souci. Elle ne sera plus à Passy quand nous viendrons à Paris. C'est affaire entendue.

J'ai tout bien calculé. Nous dépenserons, avec quatre domestiques (la maison, n'ayant pas de portier, exige un petit domestique de plus; mais c'est moins cher qu'un portier), environ mille francs par mois. C'est sept mille francs pour sept mois. Trois mille francs d'erreurs et d'acquisitions au fur et à mesure des besoins (l'enfant, etc.), c'est dix mille francs. Il te faudra trois mille francs pour revenir en Ukrayne. C'est treize mille francs. Puis, les dix-sept mille francs que je demande pour dix mille francs aux entrepreneurs, et sept mille francs de mobilier : c'est bien les trente mille francs dont je te parle.

Regarde l'enveloppe de la lettre, et tu verras ce que j'ai à payer déjà pour des parties indispensables de mobilier (et songe que tout ce que j'en possède est employé). Mais il faut penser que je passe de l'état de garçon à l'état d'homme marié, et qu'il s'agit de représenter un ménage digne et convenable. Songe que nous aurons, du 16 au 20 novembre, à recevoir les six personnes qui nous sont nécessaires pour le mariage (quatre témoins, le maire et le curé), et que je ne veux pas avoir l'air d'un homme non sérieux, que tout cela porte sur toi, sur notre avenir, et je veux que jamais dans ton cœur de femme, de mère et d'épouse, tu n'aies l'ombre d'un regret, d'un chagrin !

1. 0 Ce joli petit château à deux tourelles qui se mirent dans la Loire » était à vendre en 1846 et Balzac qui l'avait admiré en 1845, lors de son voyage en Touraine, avec M""e Hanska, désirait l'acheter {Lettres à V Étrangère, t. III, p. 242). Il le désira encore longtemps puis mourut sans l'avoir acquis. Moncontour est situé dans la commune de Vouvray (Indre-et-Loire); il appartint aux Massa; son propriétaire actuel est le baron de Kœnigswarter. Voir p. 50, 264.

Si les travaux sont finis pour novembre, les mémoires seront réglés et présentés en décembre. Il faudra les payer en janvier, ou moitié au moins en argent et l'autre moitié en billets, à payer en avril.

Voilà la causerie affaires terminée. La journée d'hier a été consolante, car je vois le mariage possible à Paris, et je nous vois hors de ce provisoire qui me tuait. Si la maison te déplaisait, ce sera d'ailleurs une excellente propriété. Cela se louera douze mille francs, par bail, dans deux ans d'ici, réparé, et arrangé comme je vais le faire.

Chose extraordinaire ! quand je suis allé chez Rostchild reprendre les quatre cent cinquante francs de Gênes, j'ai vu le fameux Démïon, l'homme d'afîaires des Montmorency, qui a fait une fortune colossale en maisons. J'étais alors da-ns l'embarras, la [maison de la] rue de la Tour vendue, etc. Je lui dis : « Les loyers sont tellement exorbitants qu'il faut acheter un terrain et se bâtir une maison. » Je lui parle Captier et Claret^. « Monsieur de B[alzac], me dit-il avec un singulier sourire, vous devez croire que je m'y connais. Eh ! bien, ne bâtissez pas de maison, et surtout aVec des architectes qui se disent vos amis. Achetez une vieille maison, réparez-la. Vous serez sans inquiétudf^. Vous aurez une maison. Moi, j'ai mis trois ans à bâtir la mienne; je suis de la partie, j'ai vérifié chaque chose, chaque serrure, chaque cheminée! »

Cela m'avait impressionné. Comme Captier ne me garderait pas le secret, j'ai pris Santi, celui de Beaujon, l'homme de M. Salluon, que je peux discuter et malmener à mon aise, et je ferai voir ses devis par un autre architecte.

Dans cette affaire j'ai un grand chagrin pour toi, c'est qu'il est impossible d'avoir un calorifère; il n'y a qu'une cave et une glacière. La solidité de cette maison vient de ce qu'elle est bâtie sur la glacière de Beaujon. Nous dépenserons énormément en chauffage.

Mon loup bien-aimé, baise les mains si jolies de ta gentille Anichette pour moi, et remercie-la bien du plat. Prends la garniture des cinq potiches et cornets qui te plairont le plus, celles à scènes de la vie chinoise. Enfin, prends le vieux Saxe, je t'en supplie. Mais ne jin'envoie rien. Tu déposeras le tout à l'hôtel du Rhin, à Mayence )ù je passerai quatre fois, d'ici à novembre que nous reviendrons. iCS potiches basses sont nécessaires. Nos appartements du premier jtage n'ont que sept pieds et demi.

Si tu trouves à bon marché un service de table complet en vieux >axe pour quatre personnes, prends-le, je t'en suppHe, car nous aurons une grande salle à manger d'apparat, où nous serions comme deux loups dans la cathédrale de Bourges, et nous vivrons bien sûrement dans une petite pièce où il ne peut tenir qu'un couvert d'amants :

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