Fanandel
2. C'est ainsi que Balzac associe à sa plaisanterie le nom du célèbre naturaliste Gaymard, cité plus haut.
J'ai tout corrigé de la Cousine Bette, et j'en suis à travailler à la fin du manuscrit. Dans six jours d'ici, au 3 octobre, ce sera fini, et le Cousin Pons^ sera fini pour le 12. Le 15, je serai dans la malleposte.
Santi, l'architecte, travaille comme un nègre, et je saurai dimanche le chiffre du devis pour les réparations et les constructions, car il faut reculer le mur de devant; c'est une obligation du quartier Beaujon. Ce matin nous devons aller chez le notaire, M. P[elletreau] et moi. Il m'a montré une lettre par laquelle on lui demandait sa maison.
J'ai des raisons de croire que je me tiendrai dans quinze mille francs de réparations, etc. Ainsi la propriété coûterait soixante-sept mille francs : cinquante mille francs de prix, deux mille francs de frais, et quinze mille francs d'embelHssements. Ce n'est rien dans l'état actuel des choses à Paris, et nous n'aurions pas pour douze mille francs de loyer ce que j'aurai le bonheur de t' offrir. Si je compte treize mille francs de gros mobilier, nous ne dépasserons point quatrevingt mille francs, et cherchez donc dans Paris une habitation qui, toute meublée, ne revienne qu'à cela?
J'ai un poids de mille livres de moins sur les épaules. Je me vois hors d'incertitude, et bien fixé, pour cinq à six ans, si ça te déplaît, et pour quinze ans si tu t'y plais. Je t'apporterai les plans; je renonce à te surprendre par la vue de notre chère demeure, et nous passerons une bonne journée, moi, à te l'expliquer, et toi à t'y promener.
Avec Bâle (six cent cinquante francs), Mayence (trois cents), et les gros objets qu'il faut que j'achète, que je fasse faire, ou que je fasse réparer avant mon départ, j'aurai près de trois mille francs à payer, car il faut commander immédiatement ma bibliothèque; il faut acheter un lit (quatre cent cinquante francs); il faut les tapis du devant, il faut une pendule de salon, etc., etc. Il faut faire nettoyer les cuirs de Gordoue; il faut se préparer enfin à emménager le 15 novembre. J'ai mes six chaises à faire dorer, la console, etc. J'aurai plus de douze cents francs de dorures chez Servan 2, et plus de trois mille francs chez le marchand de meubles. Nous ne serons plus là
1 . On se souvient que Balzac avait commencé ce roman avant la Cousine Bette. Il l'avait intitulé d'abord les Deux Musiciens, puis le Parasite. Mais M"« Hanska choisit le titre qu'il a gardé : le Cousin Pons. Nous trouvons à ce sujet dans la lettre à M"»e Hanska, imprimée sous la date du 5 août 1846 de la Correspondance de Balzac, ce passage suivant, qui n'existe pas dans l'autographe de cette lettre :
« Ah ! vous n'êtes pas contente de mon titre : le Parasite; vous dites que c'est un titre de comédie du xviiie siècle, comme le Méchant, le Glorieux, V Indécis, le Philosophe marié, etc. Eh bien, il sera fait comme votre autocratique et suprême volonté l'a décidé, et puisque, d'après vos ordres souverains, le pendant de la Cousine Bette ne peut être que le Cousin Pons, le Parasite disparaîtra de la Comédie Humaine pour faire place au Cousin Pons. »
Il faut remarquer qu'à la date du 5 août 1846 ceci était encore inscrit, car Balzac donne pour la première fois à son œuvre le titre du Cousin Pons dans la lettre où nous plaçons cette note.
2. Doreur en cadres, 9, rue des Beaux-Arts et 20 his, boulevard des Italiens. Médaille de bronze à l'Exposition de 1839.
provisoirement, comme à la rue de la Tour; c'est une maison définitive. C'est donc la réalisation de notre plan; employer le trésorlouloup à se caser. Or, je ne puis pas vendre les actions, et je voudrais faire avec la maison ce que tu as fait avec le trousseau d'Anna : garder le trésor, et avoir la maison. J'ai arrhé hier la cheminée de notre salle à manger et l'armoire à mettre en regard de l'armoire hollandaise. Il ne nous manque plus pour cette pièce qu'un lustre, deux encoignures, la table, deux étagères et quelques babioles. Mais il y a aussi les chaises à garnir, car elles sont finies, et je vais devoir au menuisier. Toute ma salle à manger actuelle, les huit chaises, la table, le buffet, fera l'office, en y ajoutant des étagères et la bibliothèque de mon salon actuel, pour ser^ er le linge. Oh I tu seras là en Rzewuska, sois tranquille, et je suis dans une espèce d'ivresse de joie d'avoir si bien rencontré. J'ai cependant un malheur. Il est impossible d'y mettre un calorifère, et nous brûlerons beaucoup de bois. Si cela ne nous retardait pas, je ferais creuser une cave de plus pour y mettre le calorifère; mais nous n'arriverions plus pour le 15 novembre.
Si tout ceci ne te dit pas que ton Noré t'aime, tu ne serais plus ma chère petite fille, mais ma grosse chère bête adorée.
A demain.
Samedi 26 [septembre].
Il est trois heures du matin; hier, j'ai repris mes travaux, fait de la copie, et conféré avec Santi, avant tout. Ainsi, tu vois que je mène tout de front. Mais il le faut; l'enregistrement de l'acte de vente coûtera deux mille francs; il en faut quatre mille à ma mère; c'est six mille francs, et j'en dois deux mille cinq cents. J'en ai quinze cents. C'est huit mille cinq cents qu'il faut. Véron était au Constitutionnel et je me suis assuré d'avoir en temps utile les capitaux. Mais, pauvre louloup, je t'arriverai nu comme un Saint-Jean. La Ch[ouette] sera sans doute payée, et ma mère aussi. En voilà des prodiges! Mais j'aurai commandé des meubles pour environ douze mille cinq cents francs, qu'on me livrera en novembre et décemi)re, et à payer comptant. Même les tapis se payent d'avance à Smyrnel
Hier, Gossart nous a fait attendre sans venir, M. P [elletreau] et moi, de quatre heures à six heures et l'on nous a dit qu'il ne reviendrait pas a\ ant sept heures et qu'il avait sa nuit employée pour une affaire. Comme je ne peux pas perdre mon temps, je lui ai écrit de tout arranger avec M. Pelle [treau] et que ce matin, je reviendrais à quatre heures. C'est l'heure à laquelle je porte ma besogne au Constitutionnel.
J'ai bon espoir de faire notre mariage bien secret ici. Mais il y a bien des démarches.
Je vois que je serai le 15 octobre à Wiesbaden, que je vous conduirai jusqu'à Francfort, que je repartirai le 25 pour Paris, et que je reviendrai te chercher le 10 novembre, à Francfort, car il te faudra bien quinze jours pour aller et revenir de Dresde et y faire tes affaires. Si r hôtel-loulou p n'était pas prêt, tu serais pour quelques jours à l'Hôtel du Mail.
Je vais faire ce matin vingt feuillets de copie, et vingt tous les jours, jusqu'à ce que la Cousine Bette soit finie, car mon argent dépend de cela, pour l'enregistrement et ma mère.
Ah! louloup, si ton frère Er [nest]^ avait un bon mouvement, nous pourrions tout payer et garder cent soixante-quinze actions du Nord. C'est là le résultat auquel je voudrais arriver. Quarante actions paieront les dix-huit mille francs du prix, et vingt-cinq mille francs paieront les réparations et les douze mille cinq cents de mobilier commandé. Quant aux trente-deux mille francs restant sur le prix, comme nous aurons deux ans pour les payer, je suis sûr de payer par mes travaux seize mille francs par an, surtout mes dettes étant soldées le 1®^ mai prochain. Cet hiver, les Paysans^ et les Petits Bourgeois solderont tout le monde. Le jour où naîtra mon Vict[or- Honoré] je ne veux pas que son père ait une dette, et il doit être chez lui, avec les prémisses de la richesse et les apparences, posséder son hôtel-louloup, cent soixante-quinze actions Nord, et ne pas devoir un liard. Plus je vais, plus ma force redouble, et mon amour pour toi et lui suit la force, car tu dois te sentir caressée à W[iesbaden] par les rayonnements de mes efforts.
J'aurai, pour le salon, la pendule de nos chenets de Mayence. Les chenets de ton boudoir sont achetés et payés à Lazard. Mais il en faut pour les deux autres pièces. Croirais-tu qu'il nous faudra, plus tard, encore deux pendules outre les six que j'ai déjà! Nous avons dix pièces à meubler, outre la cuisine, l'office, etc., seize fenêtres à garnir et neuf cheminées, idemi
Le fameux cadre de Bâle ne peut aller que dans noire salle à manger, au-dessus de la non moins fameuse cheminée. Il a fallu renoncer à faire mon cabinet en vieux bois. Il sera jaune et noir, et tous les meubles en ébène. Il donne dans le salon vert, de marqueterie, qui séparera ta chambre (toute en Boule, que tu aimes) de mon cabinet. J'aurai dans mon cabinet quatre armoires et bibliothèques, en ébène garni de cuivres dorés, une table idem. Il ne me restera que quatre chaises, une chauffeuse, un fauteuil à faire faire, car tout est ou choisi, ou à moi. Tout est au midi. J'espère que nous aurons une salle de bain, et, enfin, que je pourrai louer ma glacière