Lo comte Ernest Rzewuski (voir t. III, p
2. Dont la première partie avait paru dans la Presse du 3 au 21 décembre 1845. La deuxième, inachevée ne fut publiée qu'après la mort de Balzac dans la Revue de Paris du !«' avril au 15 juin 1855, par la veuve du romancier, d'après des épreuves en partie, bonnes à tirer, composées pour la Presse, en 1845.
six cents francs et avoir deux mille livres de glace pour ma consommation! La glacière de Beaujon est une merveille. Quand on a le projet de ne pas sortir de chez soi, d'y vivre avec son loup, d'y travailler encore six ans, il faut y trouver toutes les aises de la vie. Ainsi, mon bon trésor, mon cœur adoré, laisse-moi tout y bien faire et avoir la conscience nette en te sachant là mieux que tu n'étais à Wierzchownia. C'est ma fatuité, ma gloire, mon bonheur. Tu verras plus tard que je n'ai pas la passion du bric-à-brac, mais que j'avais la passion de notre tanière, et que je connaissais bien mon Paris, en t'y voulant comme une femme comme il faut doit y être. Je fais des économies sordides; je vais en omnibus (c'est mon exécration), et chaque fois je me dis : « J'y monte pour elle, pour économiser et alléger mes dépenses. » Je n'use pas mes habits, je me refuse tout; afin de reparaître convenablement lorsqu'on saura notre mariage. Plus tard, la maison finie, excepté notre manie commune des tableaux, tu ne me verras rien souhaiter, que ton amour, tes caresses, ta tendresse et ton bonheur. C'est alors que tu me jugeras.
Allons, adieu, trésor de bonheur, amour de loup; adieu, cœur adoré, min [ou] chéri, toi que, tu le vois, je ne puis jamais quitter. Oh ! si la plume allait ainsi sur [la Cousine] Bette, ce serait fini en quarante heures !
A demain, pour finir cette lettre, qui ira à la poste à huit heures du matin, car ce sera dimanche. Mille caresses à vous tous : Victor [Honoré], le m[inou] et toi. Sois en repos sur B[engali]; il est calmé par tant de travail; et mes angoisses de Metz, mes occupations ici ont été telles, qu'il ne m'a pas fait souffrir comme à l'autre séparation de Heidelberg.
Je te le répète : achète le Saxe et une garniture de Chine; mais n'achète rien à Mayence, à moins que tu ne veuilles le pot rouge; il irait en regard de celui de Schawb ^, sur les deux coins de la cheminée de la salle à manger. Mais ce ne sera jamais ma folie; ce sera la tienne, et je t'en voudrais bien une dans notre maison, car ce serait deux, avec ton Noré qui t'aime!
Adieu, voici le jour; il faut arrêter ma causerie écrite avec toi.
Si tu savais combien je suis heureux de te savoir bien et à ton gré à WiesbadenI A propos, après ces acquisitions de potiches, il n'en faut plus, mon mignon Évelin. Nous ne saurions plus où les fourrer. Je n'aurai plus besoin que de deux grands cornets Chine ou Japon pour placer, comme à Gênes entre deux lumières, et il faut deux occasions, deux chefs-d'œuvre, et pour rien. Or ils sont à Montereau; un marchand me les guette.
Réadieu, et à demain. [La Cousine] Bette m'attend. Encore mille baisers à mon Eve, la mille fois caressée et désirée.