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une bibliothèque, en outre des sept ou huit pièces dont se compose un appartenaent. Eh! bien, trois pièces, rue Jacob, se paient dix-huit cents francs, dans ces conditions; à Ghaiilot, c'est quatorze mille; à la Place- Royale, six mille; rue des Jardins-Saint- Paul, rue Beautreillis, à risle Saint-Louis, deux mille cinq cents. J'ai tout essayé, tout tenté. Avec le gros mobilier, j'en aurai pour quatre-vingt mille francs; c'est trois mille francs de rentes. Je ne suis pas dans les maçons et les constructions. Ce n'est rien que de ravaler un mur déjà fait et solide, que d'en refaire un (c'est obligatoire; il faut rentrer de quelque chose), et de nettoyer une maison. Quand je suis venu chez M"^^ Grand[emain]i c'était une halle; il a fallu tout faire. La rue de la Tour n'avait pas tant de jardin ni de cour que j'en ai là. Cela revenait à quarante mille francs, et nous étions à Passy. Aujourd'hui, nous sommes à Paris, dans le faubourg du Roule, ayant vue sur deux aspects de jardin à Gudin et cela ne coûtera que soixante-six mille francs. C'est vingt-six mille francs de plus pour être vingt-six fois mieux et posséder un immeuble d'une grande valeur. Les Jardies ont donné vingt-huit mille francs; je voulais les employer en un immeuble. Eh l bien, celui-là va me coûter trentequatre mille francs d'ici à la fin de novembre, et je puis bien, en trois ans, payer trente-deux mille francs restants. Cela représentera cent trente-six mille francs dans ma fortune, et je suis sûr d'avoir un petit hôtel de deux cent mille francs dans six ans. J'aurai donc réparé mes pertes financières; je n'aurai rien perdu du tout. Pour arriver à ce résultat, je serai très gêné pendant six mois; mais, de décembre à mai, réuni à ma minette, et à mon enfant, dans une jolie habitation, entouré de luxe et de confort, je puis travailler, heureux, dans les plus belles conditions possibles de tranquillité!! Les Paysans, les Petits Bourgeois et Une Mère de famille^, avec V Éducation du prince 3, ces quatre ouvrages payeront mes dettes et mes acquisitions. Ce n'est pas d'un fou ni d'un imprudent. Cette année, j'aurai fait V Instruction criminelle, les Parents pauvres et les Paysans. C'est (cinq, vingt et vingt-cinq) cinquante mille francs, et j'ai fait déjà deux voyages, et j'en ferai deux encore, qui ont pris six mois. L'année prochaine, je gagnerai cent mille francs. Tu ne croiras à ces choses-là que quand tu les verras, car c'est si beau qu'on en est stupéfait. C'est ce qui me fait te dire que l'avenir ne m'effraye plus, et que tu peux être sans fortune; tu seras à ton aise avec moi. En supposant tous les malheurs possibles, que je ne touche rien des quinze mille francs du règlement de compte de la Comédie Humaine, que je ne fasse pas les Paysans cet hiver, soixante-quinze actions du
1. Propri.' taire de la maison où Balzac habitait alors, 19, rue Basse (47, rue Raynouard). Voir t. III, p. 71.
2. N'a jamais vu le jour. Voir t. III, p. 366, et plus loin p. 71, 139, 226, 244.
3. Le Prince ou V Éducation du Prince, pièce qui ne fut jamais écrite (cf. D. Milatchitch, le Théâtre inédit de IL de Balzac, p. 28).
Nord paieraient toutes dépenses, et nous serions logés, et il nous resterait cent actions dans le trésor-louloup. Ce serait un meurtre financier que de toucher à ces cent soixante-quinze actions, car, grâce à ma prudence, en vendant les cinquante actions données à Pelletereau à sept cent cinquante francs, il n'y a pas de perte; mais il y en aurait en étant forcé de vendre les soixante-quinze. A mon retour, après le mariage d'Anna, je rendrai au trésor-louloup les six mille francs que j'y dois encore. Cela paiera la moitié des réparations : mais je n'aurai rien pour payer le reste du mobilier, et il y a bien dix mille francs, environ, à y dépenser. Songe que par moi-même j'en apporte pour plus de cent vingt mille, et que, depuis deux ans, nous en avons acheté en commun pour plus de quinze mille francs. C'est effrayant, mon Évelin, que de monter une maison à Paris. Ce qui m'a décidé à prendre cette maison, c'est que, comme tu le verras, il y a quatre pièces où, par la nature des décors, il n'y avait pas plus de quatre mille francs à dépenser pour y être meublé, M. de Beaujon ayant tout fait en boiserie. Eh! bien, c'est une économie de plus de quarante mille francs en mobilier, à en juger par notre salle à manger qui est une halle, et qui nous aura coûté, en y comptant tout ce que j'y mets de mon mobilier et tout ce que nous y aurons mis, plus de vingt mille francs. Après cela, nous serons bien. Je me réjouis d'avance de ta surprise et de ton bonheur. Nous sommes destinés à habiter de mai à novembre la Touraine. Eh ! bien, tu seras divinement bien en novembre, décembre, janvier, février, mars et avril, dans notre petit hôtel. Quatre-vingt mille francs pour Paris, quatre-vingt mille francs pour la Touraine, nous aurons ces deux choses pour ce que devait coûter la maison Salluonil Et tu serais mécontente de ton pauvre Noré ! ! L'appréhension de ta désapprobation m'a rendu vraiment malheureux hier pendant cinq heures. Ce matin, je me suis levé avec la certitude d'avoir fait une excellente affaire, d'avoir bien agi. Le notaire m'a dit qu'il était bien content pour moi de me voir saisir cette occasion. Il n'y avait pas moyen de te consulter; ça s'est fait en huit jours. Enfin, je prends cela sur mon compte et n'en parlons plus; tu attendras l'aspect des choses pour me juger. Ce matin je prends possession, et demain ou après, les ouvriers y seront. Le 17, je te porterai les plans; mais je préférerais ne te rien faire voir et jouir de ta surprise. Je voudrais ne t'en plus parler et que tu eusses une confiance en moi semblable à celle du petit enfant en sa mère. Ne te tracasse plus d'argent, comme je t'en ai parlé dans ma précédente lettre; pour peu qu'il y ait d'obstacles à ce que je t'y dis, un mois de travail de moi répare bien des choses. Que tu me donnes encore sept à huit mille francs, pris sur ce que tu comptes avoir pour passer tes sept mois à Paris, et je te les rendrai en janvier, cela suffira peut-être. J'ai besoin absolument de douze à quinze mille francs en novembre.
Songe que ma mère, que la Chouette, vont être payées (cela fait onze mille francs), et que j'aurai rendu sept mille francs au trésorlouloup^ et donné trois mille francs encore à M. F[essart]. Cela fait vingt et un mille francs. A mon retour je veux payer Buisson, et payer six mille francs aux entrepreneurs et six mille francs de meubles. Et il en faudra autant en décembre; en janvier, février, mars, je veux payer M"^® Delan[noy]i et Dabl[in] 2 et avoir fini toutes mes créances. Quel beau résultat! Est-ce là dissiper? Nous aurons alors cent soixante-quinze actions du Nord.
Allons, adieu, car il faut quinze feuillets, par jour. J'ai vingt-sept ouvriers après moi au Constitutionnel. Mille tendresses, mon bon petit louloup. Il y avait tant de bonnes choses dans ta chère lettre sur ton plaisir d'être à Wiesbaden, où je serai le 17 au soir, que cela m'a rafraîchi l'angoisse de cette appréhension de ta désapprobation.
A demain, car j'aurai cette journée bien occupée; il faut aller au Constitudonnel ^ pour les deux mille francs à porter au notaire, il faut faire mes quinze feuillets et il faut aller à la maison prendre les clefs, charger l'architecte et signer les marchés avec les entrepreneurs. Je t'assure qu'il faut ce que j'ai : une tête de fer, et le cœur que tu as rempli de toi, et d'amour. Mille caresses. Je n'ai pas de nouvelles de Miville. Mille baisers et sois sans aucune préoccupation de tout ceci. Ton loup est fort. A demain.
Mercredi [30 septembre].
Toute la journée, hier, a été prise par les affaires, et je ne me suis couché qu'à neuf heures et demie, mourant de sommeil, épuisé de fatigue, quoique j'aie été cinq heures en voiture. Le temps s'est remis au beau; nous avons là des jours dé grâce et qu'il faut saisir.
M. Pelletereau m'a remis la maison et j'ai remis à Gossart les deux mille francs pour le fisc.
De quelque façon que je me retourne, il y a toujours impitoyablement treize mille francs de réparations et dix-sept mille francs de gros mobilier. Je vais écrire à Marseille pour les tapis du Levant. C'est une économie de quinze cents francs. Nous voilà casés; c'est fini, mon pauvre loup. Je crois que nous aurons, avec Gudin, quelques chances d'agrandir le jardin, et ce sera certes un grand bonheur si cela arrive. Je suis toujours très content de l'affaire. Santi la trouve excellente et me voici ayant tout à fait réparé le désastre
1. M"e Joséphine Delannoy, née Douraerc, veuve d'un riche munitionnaire, ami des parents de Balzac. Elle ouvrit souvent et largement sa bourse au romancier qui lui dédia, lors de la réédition en 1839, la Recherche de V Absolu. Balzac avait donné dans ce roman le prénom de Joséphine à M^o Balthazar Glaës.
2. Théodore Dablin, riche quincaillier, le plus ancien ami de Balzac, auquel il prêta de fortes sommes. Les Chouans lui sont dédiés et le bonhomme Pillerault dans César Birotteau est fait à sa ressemblance {Lettres à V Étrangère III, 19, 22).