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C'est-à-dire, 121, rue Montmartre

des Jardies; je n'aurai rien perdu. Je voudrais bien voir la maçonnerie terminée le jour de mon départ.

J'ai repris la copie, et, ce matin, il y aura dix feuillets de faits sur quatre-vingts, et dimanche tout sera terminé. Tu me verras le 17 au soir et, malgré mon désir de te faire des surprises, je te porterai les plans. On peut louer la glacière huit cents à mille francs. C'est peutêtre la plus belle qu'il y ait à Paris. Beaujon y a dépensé des sommes considérables.

Je vais agir comme si le Nord devait rester très bas et voir à me procurer de l'argent par un travail quelconque, car je veux que, le 25 novembre, M^^^ de B[alzac] soit chez elle et s'y trouve bien. Je ne vois rien de changé à notre itinéraire. Tes enfants se marieront du 17 au 20 octobre; il te faut quinze jours pour aller à Dresde y faire tes affaires et en revenir. Gela nous mène au 5 novembre. Nous partirons le 7 novembre de Mayence et nous serons le 10 à Paris. Tu seras quinze jours à un hôtel et, le 25, chez toi. J'aurai, moi, quinze jours pour mon déménagement. Si le mariage d'A[nna] est retardé, ce que personne de vous ne souhaite, il ne peut pas l'être de plus de cinq jours; cela nous mènerait au 1®' décembre. Mais les quinze jours que tu passeras dans un hôtel seront employés à notre mariage.

Cette fois-ci je ne te verrai encore que dix jours; mais ce sera la dernière séparation. Nous aurons à nous sept à huit mois de vie conjugale, et tu iras pour la dernière fois sans moi faire ton voyage en U[kraine], car, après notre réunion en septembre 1847, rien que la mort ne pourra nous séparer. Encore, pendant ton voyage d'U[kraine], t'accompagnerai-je jusqu'à la der-nière limite possible, et je t'y attendrai, soignant mon Victor [-Honoré], et le nourrissant au biberon, avec du bon lait de vache.

Allons, adieu, encore pour aujourd'hui, car il faut travailler. Le Constitut\ionneï] donne les Parents pauvres dans quelques jours, et Véron voudrait avoir toute sa copie. Ce matin, il faut encore sortir pour régulariser les affaires au Constitut[ionnel], qui doit payer à ma mère ses quatre mille francs, et quinze cents francs de meubles, avant mon départ.

L'Époque'^ va se liquider. Voilà une fameuse affaire à faire. Mais je n'y peux entrer que pour les produits de ma plume.

Jeudi, j'arrête les devis et je passe les marchés. Samedi, je dîne chez les Fess[art] pour décider de l'amortissement de quelques créances. On négocie avec Buisson. Je n'aurai plus que D[ablin] à craindre.

Aussitôt la Cousine Bette finie, je vais me mettre après Fume et Dubochet pour avoir le solde de la Com[édie] Hum[aine]. Si tu savais

1. Journal dirigé par Anténor Joly. Voir t. III , p. 318 et V'« de Lovenjoul, Autour de Balzac (Paris. C. Lévy, 1897, in-12), p. 106.

quelle activité il faut pour ne pas dépenser des sommes folles! Un autre se ruinerait à entreprendre ce que je veux accomplir dans les termes que je t'ai posés. Moi, je veux, le 31 janvier, ne pas avoir une dette (excepté les trente-deux mille francs dus à M^^^ Pelletereau). Oh ! mon bon petit loup, être enfin chez moi, y être bien, y être heureux avec mon Eve adorée et souhaitée depuis treize ans, non, c'est un bonheur que je veux voir entouré de tous les prestiges possibles. Je veux tout charmant autour de moi, et tout le sera; je n'en travaillerai que mieux. J'en deviendrai plus âpre à la besogne, plus courageux, et je ferai, de décembre à mars, douze cents feuillets de copie, ce qui paiera tout et au delà. Nous aurons Moncontour. Dans ce moment-ci, ton petit hôtel a l'air d'une affreuse caserne et tout y est bien laid ; dans six semaines, ce sera un bedid balais, et dans deux mois un temple, car tu es bien Dieu visible pour ton Noré.

Je t'embrasse mille et mille fois. Que Dieu nous continue sa bénédiction! Demain tu sauras le nombre de feuillets que je veux fair^, et demain cette lettre partira. Il me semble que demain je dois en avoir une petite de toi. Oh ! louloup, il y a dans la tienne une phrase qui m'a percé le cœur et fait pleurer de rage. C'est l'affaire des chaises. Comment! Georges ne peut pas t'en faire venir de Mayence, par le chemin de fer? Je t'en apporterai une; tu auras un canapé et un bon fauteuil Voltaire.

Allons, adieu, et à demain.

Jeudi le' octobre.

J'ai reçu hier et lu, mon amour aimé, ta lettre en réponse à celle où je te parlais de l'acquisition, maintenant consommée. Tout ce que tu m'y dis de tes affaires est profondément juste. Ce n'est pas par correspondance que je puis te répondre au sujet de ton projet pour l'hiver. D'abord, finissons les affaires. Sois tranquille, aie l'esprit en repos. Si tu ne veux pas absolument venir rue du Faubourg-du- Roule, la question change énormément. Vingt-cinq actions du Nord paieront les réparations et le peu de mobilier que j'y ferai faire, et il restera cent cinquante actions au trésor-louloup. Tout le reste, je le ferai par moi-même. Ne trouble pas tes insomnies à ce sujet, car toute la dépense disparaît et peut, maintenant, se faire petit à petit.

Ce mois-ci j'aurai payé les dix-huit mille francs non compris dans le contrat; en novembre, avec douze mille francs, je paierai tout ce qui sera fait; je n'aurai pas un liard de dettes. Sois donc très contente de cette affaire, car c'est une belle et bonne affaire. Tu en seras encore plus joyeuse un jour.

Quant à tes terreurs, elles sont bien vaines. Tu ne m'as pas compris : je suis sûr du secret à Passy pour M. le maire, et il est encore plus certain que tu ne seras jamais sue à Paris en venant dans une maison particulière. Nous causerons de tout cela. Paris est un océan

qui ne t'est pas connu. C'est le désert. Mais, là-dessus, je reconnais ton omnipotence, et tu arrangeras toi-même ton lit. Seulement, je te demande en grâce, à genoux, de ne pas rester en Allemagne. Sois à quelques lieues de Paris; ne me réduis pas au désespoir. Si tu deviens Bretonne, eh bien, accorde-moi Valenciennes ou Lille, que je ne sois qu'à quelques lieues de toi.

Ta résolution modifie étrangement mes projets; aussi, je n'ai plus quasiment besoin de rien. J'ai rêvé un bonheur qui s'éloigne encore de quinze mois, ou tout au moins d'un an. En un an, je puis, bien à mon aise, faire ce qui nous eût été très onéreux en deux mois. Je regrette profondément ce que j'ai fait en acquisitions. Mais la plume d'oie y pourvoira, puisque je suis une oie, et je travaillerai bien durement pour me punir de cette imprudence, car je rétablirai notre trésor. Je viens de faire une affaire qui me donne un gain de cent mille francs d'ici à deux ans ! Mon Dieu, si je pouvais, je donnerais je ne sais quoi pour le défaire, puisque j'y perds mon bonheur de cet hiver! Maintenant que tu n'y viendras qu'à ton retour d'Uk- [raine], je puis te dire ce qui me l'a fait acheter; c'était une surprise que je te voulais faire. Tes habitudes religieuses et ta piété sont pour moi la plus belle chose de ta chère âme aimée, et la maison que j'ai achetée est adossée à la chapelle Saint-Nicolas^, succursale de Saint- Philippe-du- Roule. Beaujon l'avait bâtie, et il l'a donnée par testament à la paroisse, en se réservant une entrée en bas pour ses gens, et une magnifique tribune pour lui, où l'on se rend de plain-pied. Tu passeras de ta chambre à coucher dans ta tribune. Voilà, mon ange, ce qui m'a fait acheter cette habitation; elle est située entre un jardin et une joHe petite église. Ce droit est stipulé au contrat. C'est-à-dire que c'est la seule maison qui soit ainsi dans tout Paris. Voilà ce qui, pour moi, valait seul les cinquante mille francs. Et cette obéissance à ta piété m'arrache mon bonheur cet hiver. Puisque je te dis tout, je te dis aussi que la petite maison de Beaujon est dans un magnifique état de conservation; il y a trois pièces qu'on n'établirait pas avec deux cent mille francs. La glacière se louera huit à neuf cents francs; c'est une œuvre formidable, et elle ne réagit pas le moins du monde sur la maison. Tu ne peux pas te figurer l'affaire que j'ai faite! Mais je t'avoue que je n'ai jamais vu que la tribune et ton plaisir d'aller de tes appartements à ton église; les autres découvertes sont venues après. Non, j'ai pleuré en lisant ta lettre, j'ai pleuré comme une Madeleine, non pas que je te croie fâchée de l'acquisition, ni désolée de me voir m'enfourner dans des dépenses insensées. Maintenant, je n'ai plus goût à rien. Et qui sait ce qui arrive en un an? Toute cette ardeur d'arrangements; c'était nous! Pour moi, mon Dieu, Passy est très bon. La preuve, c'est que, si tu

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