COMTE GEORGES MINSZECH, A WIESBADEN
[Passy, 4 octobre 1846.
Mon bien cher Georges,
Comme je ne doute pas que vous n'ayez fait ma commission du fauteuil pour notre chère, grande et bien-aimée Atala, je vous en remercie vivement, tendrement, et, s'il faut vous aller chercher quelque affreux insecte au pôle, ou sous la [zone] torride, j'irai!... J'ai la douleur de vous annoncer que je n'avais pris le catoxantha que sous la condition expresse qu'il serait sain, entier^ pas recollé^ vu le prix qu'on en demandait, et que, le vendeur n'ayant pas répondu affirmativement, je n'ai pas osé le prendre, votre chère belle-mère voulant que cet insecte fût l'orgueil de votre collection. Ai- je bien fait? Vous seriez- vous contenté d'un catoxantha invalide?...
Je vous remercie mille et mille fois de vos attentions en fait de bric-à-brac; mais il faut songer désormais à ne plus tant amasser de porcelaines. L'hôtel Bilboquet en a vraiment, à cette heure, assez et trop.
Je ne vous en dis pas davantage, car je vous embrasserai le 17 au soir, à moins d'accident; ma place est retenue à la malle [-poste], et je travaille à force à finir la Cousine Bette.
Baisez pour moi la petite main blanche de ce colibri nommé Zéphyrine, qui est si gentille de m'appeler la mi^octobre. J'ai vu bien des jeunes personnes, et, avant-hier encore, je la comparais à [ma nièce Sophie]^ qui est venue me consulter pour son mariage. Eh ! bien, je n'en ai point vu de si attrayante, car elle a ce qui fait le charme de la vie; elle a la grâce. Je la préfère de beaucoup à [ma nièce] Sophie, qui cependant a la fraîcheur d'une belle Normande. Pendant qu'elle me parlait, je plaçais involontairement Zéphyrine à côté d'elle, et je ne sais si c'est l'effet d'une affection pour une jeune fille qu'on a vue enfant, et en qui on aimait sa mère, mais je préférais de beaucoup l'image absente à la jeune personne qui était là en chair et en os. Il est vrai qu'elle pleurait beaucoup, et que votre chère Zéphyrine rit toujours. Quand je prie, je vous assure que vous trois : M'^^ Mère, Anna et Vous, Vous êtes en premier.
1. L'autographe de cette lettre n'a pas été retrouvé, mais seulement une copie incomplète, allant du paragraphe 5 à la fin.