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Mari de Constance, fille de la duchesse d'Abrantés

maintenant. Aujourd'hui, cela coûtera deux mille. Dans trois ans, cela en coûterait quatre mille.

Le 17, ou le 18, si j'arrive tard, tu verras tous les plans. J'ai arrangé les choses de manière à pouvoir louer la glacière, car cela fait neuf cents à mille francs de revenu.

J'ai donc maintenant la certitude d'avoir une très complète et charmante habitation dans Paris, dans le quartier le plus recherché, pour soixante-sept mille francs, prix, frais et réparations compris. C'est ce qui, dans l'état actuel des choses, à Paris, est introuvable et inconcevable. Il ne me reste plus qu'à trouver de l'or enfoui dans la cave pour que ce soit tout à fait un miracle.

Néanmoins, mon triomphe est sans prix, et m'est odieux, tant que je n'aurai pas reçu de toi quelque bonne lettre, où tu tendras la patte à ton loup. Je n'ai pas la tête libre quand j'ai le cœur gros de chagrin. Je pleure malgré moi, en allant et venant, et je trouve difficilement mes idées. Aussi, t'envoyai-je aujourd'hui cette lettre, ce qui n'empêchera pas celle de dimanche.

Allons, adieu. Je me suis levé à deux heures du matin, et voici le jour. C'est si tu me voyais dans mon mortel chagrin, que tu saurais combien je t'aime et combien te déplaire est douloureux pour ce cœur plein de toi. C'est par toi seule que le chagrin peut venir, comme le plaisir, le bonheur. Toutes les autres choses de la vie ne sont pour moi que des contrariétés.

Enfin, sois bien certaine, mon adorée Minette, qu'une location coûtait bien cher et voulait bien du mobilier, et que j'ai fait pour le mieux. Je connais mon Paris et tu ne le connais pas.

Adieu, mille tendresses; aime-moi bien, mon cher loup; grondemoi quand j'ai tort, mais ne me gronde pas quand j'ai bien fait. D'ailleurs, je travaillerai; je ne tomberai pas malade; je me porte à merveille et je me sens capable de gagner, en deux mois, tout ce qu'il faut pour subvenir à tout cela. Regarde toutes mes demandes comme non avenues. Je me charge de tout. Sois bien tranquille, et, surtout, ne te tourmente pas, ou je ne te dirais plus rien des affaires; je ne te parlerais que de mon cœur, et c'est ce que j'aurais peut-être dû faire, car je ne t'aurais pas vue si dure pour ce pauvre Victor[-Honoré], que tu nies. Oh! louloup, aime-nous bien! Je mourrais de chagrin de te voir froide pour nous.

Ah! si la potiche de Georges n'est pas moderne, tu auras fait là une superbe acquisition. Celle-là, celle d'Amsterdam, celle que je tâche d'avoir avec les cornets, ce sera grandement assez, avec le vase de Schawb, car les appartements d'en bas n'ont que neuf pieds de hauteur, et ceux d'en haut, n'ayant que sept pieds et demi, n'admettent pas de pareils ornements. Le salon a ce qu'il lui faut avec les deux [vases] mandarins. Enfin, c'est tout à fait assez.

Si tu savais comme je suis sage et économe! Avant-hier encore,

j'ai supprimé une pièce, afin de supprimer la dépense du mobilier; c'est une cheminée, des glaces, des meubles de moins. Hier, on m'a apporté, de Pontoise, un superbe canapé Louis XVI (pour aller avec nos six chaises), qui ne coûte que soixante francs. C'est acheter un louis pour un sou. On ne le sculpterait pas pour trois cents francs. Et trouvez donc, au faubourg, le bois du plus méchant canapé moderne pour ce prix-là?

Pas un atome de mon mobilier actuel n'est perdu, excepté la bibliothèque, que je suis forcé de vendre; elle coûterait six cents francs à arranger. La neuve, en Boule, coûtera douze cents francs et sera bien faite, éternelle et magnifique. Je dis que tu te donneras le plaisir de venir voir cela.

Allons, adieu, mon bonheur et ma vie; adieu, je voudrais avoir fini ce damné roman pour être près de toi. Jamais une lettre, tant bonne soit-elle, ne vaut une causerie. Mille tendresses, et remercie bien Georges et Anna. Mille caresses à m[on] m[inou]. Dans quinze jours j'espère l'avoir bien à moi. J'espère que, quand tu liras cette lettre, ce sera dans un bon fauteuil bien commode. Hélas! je suis parti deux jours trop tôt! J'aurais dû vous voir à Wiesbaden, et tu aurais eu ton fauteuil tout de suite. Sois mille fois bénie, toi et V[ict or- Honoré], Je travaille pour nous, et c'est là le principe de cette force et de cette jeunesse que je me sens.

Un bon bec de Cannstadt.

A MADAME HANSKA, A WIESBADEN

[Passy, 3-4 octobre 1846.1 Samedi [3 octobre].

Hier, mon louloup chéri, toute ma journée a été prise par ma nièce Sophie et ma mère. Ma nièce est venu[e] me consulter pour son mariage, auquel elle répugne excessivement, et elle veut que je voie son prétendu. Elle se décidera la semaine prochaine. Aujourd'hui, je dîne chez M. F[essart] pour faire finir quatre ou cinq affaires urgentes. 11 a mes fonds depuis six mois et n'en fait rien, et il faut éteindre absolument ce mois-ci les créances que je vais lui indiquer.

J'ai bien étudié ma situation, ou notre situation si tu veux. En vendant, à sept cent soixante- quinze francs, soixante- quinze actions, tout sera fini à la maison de Beaujon; j'y pourrai entrer cet hiver, vers le 15 janvier. Nous conserverons cent actions. Moi, j'aurai à payer trente- deux mille francs en trois ans. Seulement, au retour du voyage que je vais faire, il faut pouvoir payer Buisson, et quel-

ques autres petites dettes. C'est ce que je vais faire avec la Com[édie] Hum[aine\ qui se réglera, je l'espère. Dans tous les cas, comme j'ai des fonds assurés de mes travaux, je puis emprunter cette somme à celle des soixante-quinze actions, et payer, plus tard, ces huit mille francs, en [argent de] mes rentrées, aux entrepreneurs, qui n'auront besoin d'être payés qu'en décembre. Nous perdrons quelque chose sur le prix des actions; mais je gagne à liquider Buiss[on], deux ou trois fois cette perte légère.

Tu vois que, malgré ta lettre, je continue à te dire mes projets, mes comptes, mes revirements de fonds, etc. Ainsi, prends-en connaissance et ne t'en émeus pas.

Hier, je n'ai pas écrit une ligne; j'ai corrigé définitivement. Aujourd'hui, je me mets à l'œuvre, car le temps presse. Mais l'esprit ne s'inquiète pas des affaires ni des voyages; il ne produit que par ses propres lois.

Adieu pour aujourd'hui, chère bien aimée Évelette, et ne te tracasse pas de mes perpétuels calculs. Dis-moi si tu approuves cette dernière combinaison, et aime-moi bien, car, si tu savais quel est, je ne dis pas ma douleur d'âme (car la vie est attaquée), mais le désarroi de mes facultés, quand il me semble que ta tendresse n'est pas dans son bleu absolu, tu aurais pitié de moi. Je n'ose pas penser que cette inaction de mon cers^eau vienne des anxiétés de cette semaine. Mais le fait est là. Je n'ai écrit que trois feuillets depuis mardi.

Allons, le désir d'être sous tes chers yeux, et de baiser le 17, au soir, tes chères petites pattes de taupe, va me rendre du talent et de l'énergie. Que Dieu veille sur toi !

A demain.

Dimanche [4 octobre].

Hier, en sortant pour aller chez M. Fess[art], j'ai reçu ta bonne petite lettre, qui a fait sur moi l'effet d'une apparition de toi-même. Voilà tous mes chagrins oubliés, et je me demande pourquoi je t'ai écrit tant de pages tristes; je voudrais pouvoir les reprendre. Vraiment un mot de toi me rend ou m'ôte la vie, et me voilà revenu au travail. J'ai aussitôt trouvé tout ce qu'il me fallait dans les idées pour finir mon roman; cela va rouler comme une locomotive. Oh 1 ta bonne petite adorée lettre! Je l'ai mise sur mon cœur; elle m'a fait du bien physiquement !

Hier, dans ma conférence avec M. F[essart], il m'est ressorti ce fait qu'il n'y a plus que cinq créances inquiétantes à éteindre. Il m'a donné sa parole d'honneur de les avoir, à lui, d'ici à la fin du mois. C'est une affaire de quinze cents francs, tout au plus. Avec cinq mille francs, M. F[essart] achèvera tout. Il faut compter Buisson pour sept mille francs; cela fait douze; M°^« D[elannoy] quinze, cela fait vingt-sept, Dablin sept [mille]; en tout, trente-quatre mille francs et trois mille francs d'oublis et de gens qui me regardent seuls;

cela fait trente-sept mille francs. Gela payé, je ne dois pas un liard coupé en quatre, pas un denier. Or, les Paysans et les Petits Bourgeois font quarante mille francs à eux seuls, et je les ferai en novembre, décembre, janvier et février.

Le plus pressé, c'est les cinq mille francs pour M. Fess[art] et les sept mille francs Buisson; car les sept mille francs [de la] Chouette, cela se paiera par la librairie des Parents pauvres. J'ai à payer quatre mille francs à ma mère et quinze cents francs de meubles le 14 de ce mois. Le Consti[tutionnel] paiera cela, et, à mon retour, il me devra encore. Donc il n'y a pas la moindre imprudence à moi d'avoir acheté. Je puis tout supporter [seul]. Si tu as, comme tu me le dis, seize mille francs pour passer nos six mois, c'est suffisant, et au delà.

J'ai appris hier une bonne nouvelle : c'est que Hetzel a traité de sa part de la Com[édie] Hum[aine] avec un premier commis de Fume, ce qui va simplifier le règlement de la Com[édie] Hum[aine], et avancer le paiement de mon restant de dettes. Quand on pense que, dans le mois d'avril 1847, j'aurai peut-être à moi dix mille francs d'économies, et qu'au mois de septembre 1846 je devais encore cent cinquante mille francs, il me semble, mon louloup^ qu'on peut avoir confiance

Idans un pareil dissipateur. Qu'en dis-tu? J'aurai payé mes dettes sans avoir recours au trésor-louloup, que tu avais amassé à ce sujet. Je suis si superstitieux, que je n'ai pas voulu qu'on commençât à travailler à la maison le vendredi. Hier, on a dû donner les premiers coups de pioche, et aujourd'hui, de onze heures à deux heures, je vais signer tous les marchés et les devis avec les entrepreneurs. Tout ne dépassera pas treize mille francs, et les mille francs de M. Santi. Cela fait quinze mille francs à payer en décembre, janvier et février. Quant au mobilier, sois tranquille; je n'achèterai rien que le strict nécessaire. Si je commence par les choses dites de luxe, c'est qu'elles doivent être saisies au passage, et crois bien que ce que tu crois le luxe, c'est le nécessaire. Le nécessaire ne manquera pas. On va faire le gros linge en mon absence. J'ai écrit, pour les tapis, à Marseille. Merci d'avoir écrit pour les malachites; mais, en ceci, rien n'est pressé. Je ne veux que compléter ce que nous avons, car les montages sont excessivement lents, et c'est tout au plus si, les ayant cet hiver, cela sera fini pour le mois de mai.

Il est impossible de m'en tirer à moins de dix-sept mille francs pour le mobilier. Mais, sois tranquille, si tu peux faire le linge fin, et avoir avec toi seize mille francs, nous sommes de vingt mille francs au-dessus de toute espèce de dette en mars; mais nous n'aurons ni argenterie complète, ni voitures, ni services de porcelaine, ni verrerie. Cela se trouvera plus tard, et peut-être les ferai-je pour avril. Tout cela dépend du règlement de la Com[édie] Hum[aine].

Je t'ai par avance répondu à l'affaire des choses de Mayence. J'y aviserai en passant à Forbach. Et moi aussi j'ai souri en voyant que

tu avais exécuté mon désir, en gardant tes caisses à Wiesbaden. 0 louloupy et tu pourrais jamais croire que nous ne soyons pas le même être I II n'y a pas jusqu'à ta précipitation à gronder, à t'enflammer, qui ne soit une similitude frappante, et maintenant que le chagrin est oublié, pansé par ta chère lettre, mille fois baisée et adorée comme toi-même, j'ai souri en pensant que souvent, moi, je suis ainsi.

Hélas I Miville n'a que trop bien répondu. Le meuble a payé soixante- quinze francs de droits à la douane, et il va coûter, rendu ici, sept cent cinquante-sept francs. Si Mayence était venu, je ne savais où me fourrer, car il ne me reste que mille francs dans la caisse de Bilboquet. Le Constitut[ionnel] ne me donnera que les quatre mille francs de ma mère et les quinze cents francs dus pour la cheminée et le bahut. Il est vrai que l'argent du ménage est donné pour tout le mois d'octobre.

Dis-moi donc si dans ta chambre (qui sera tout en Boule, comme tu l'aimes), tu veux d'un lit de forme moderne. Il est fait ainsi, et tout prêt, et moins cher, ou bien un lit en bois doré, qui se met en avant, et dont on voit les pieds? Le lit en bois doré ne coûte pas plus cher. La commode de cette chambre est à Tours. Elle coûte cinq cents francs. Il faut que j'aille la chercher. Au lieu d'une psyché, tu auras la porte de ta chambre tout en glaces.

Mon cabinet est maintenant complet. C'est aujourd'hui que je vais savoir si le calorifère est possible. Sais-tu que, vérification faite, tu seras la seule à Paris, avec la famille royale, à posséder une tribune de plain-pied avec une chapelle? Il a fallu les millions de Beaujon pour créer ce droit royal. M"^® [de] Margon[n]e, de son vivant, aurait payé, cela seulement, cent mille francs !

Songe donc quel incognito dans ce quartier : la rue où est ce petit hôtel n'est pas encore reçue par la ville. On n'y passe pas encore, et personne au monde n'y peut pénétrer. En arrivant là la nuit, grâce à V appartement caché de cette ancienne petite maison, une femme peut y habiter sans que les gens de la maison le sachent. On a dépensé des sommes folles pour la disposer ainsi. Enfin, tu verras les plans.

Adieu, cher diamant d'affection, trésor de bonheur, adoration, religieuse de mon cœur; toi l'aimée, la chérie, la caressée, la fleur rare et la plus belle de tout le sexe, toi qui es à la fois l'amour et la religion de ton Noré, adieu et reçois toutes les pigeonneries que j'envoie à mon cher m[inou] et au cher V[ictor- Honoré], n'importe à quel sexe il appartienne.

N'écris plus à ton frère; ne le tourmente pas. Nous nous en tirerons avec les actions, et il nous en restera toujours cent. C'est énorme ! ayant payé une maison.

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