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La note des insectes, jointe à la lettre

tableau de Vendanges, acheté chez Schawb à la Haye. En regard, l'autre étagère aura deux autres plats : un français (je Pai), et un de Saxe (qui est à trouver), et je ferai faire un tableau d* enfants moissonnant du blé, en pendant. Ces deux étagères ne nous auront pas coûté grand'chose, en comparaison de leur prix réel, car il y aurait là pour mille francs de sculptures, mille francs de porcelaines, et cinq cents francs de façon et de bois, pour qui voudrait les imiter.

Je te remercie beaucoup de cette acquisition; elle me permet de finir les deux seules choses qui manquaient à cette salle à manger, que tu nommes royale en te moquant, sans savoir à quel point tu dis vrai.

Sais-tu que je vais posséder la fontaine que Bernard de Palissy a faite ou pour Henri II ou pour Charles IX? Elle vient du pillage d'Écouen pendant la Révolution. Elle est tout en émail de Bernard de Palissy; tous les ornements en sont bleu foncé sur bleu tendre, et elle est couverte de fleurs de lys. Le fond est blanc verdâtre. Il n'y a rien, dit-on, de comparable à ce morceau, ni au Louvre, ni à Cluny, enfin nulle part. Je devrai cela à mon obligeance pour le marchand. Cela coûte deux cents francs. Cela sera mis en pendant avec mon Horloge. On doit me l'apporter aujourd'hui ou demain. Les dessinssont tout ce que la Renaissance a produit de plus achevé, de plus fin. D'après ce que le marchand m'a dessiné, c'est un objet de cinq à six mille francs. C'est la même affaire que mes vases mandarins. La chose appartient à deux marchands : celui de Paris et celui de Pontoise, et, quoique la facture soit faite et que le paiement ait été effectué, j'ai bien peur de ne pas l'avoir, car il y a eu un marchand de curiosités qui en a, d'abord, offert cent cinquante francs. Ces deux chineurs l'ont eu pour cinquante francs. Voilà pourquoi celui qui veut m'en faire profiter est obligé de me faire payer deux cents francs; mais il m'a dit que, quand je verrais cela, je lui ferais bien certainement un cadeau. J'attends avec une bien vive impatience. Le plat français est de vingt francs. C'est la Naissance de Vénus, d'après Titien ou Corrège; c'est ravissant. Le plat n'a pas plus de dix pouces, je crois, de diamètre. Avec la table que je commanderai, et le lustre, notre salle à manger est terminée. Le vase de la Haye sera sur la cheminée, en côté, en pendant avec un objet de pareille dimension. Je t'assure que peu de personnes, sans en excepter Rothchild, auront une salle à manger pareille. Celle de M. de Custine, si célèbre, ne sera rien, mais absolument rien ^. Je vais faire mettre nos cuirs de Cordoue à neuf.

Hier, j'ai passé les marchés avec tous les entrepreneurs. Le tout monte à quatorze mille sept cent cinquante francs, y compris un calorifère ajouté depuis avant-hier, et qui, seul, coûtera deux mille

1. La seule de tout Paris digne d'être comparée à celle du comte Laginski, déclarait Balzac dans la première édition de la Fausse Maîtresse.

francs à établir, car il faut creuser une cave et faire la voûte, etc. Mais c'est une dépense d'une absolue nécessité. Nous la gagnerons en deux hivers, sur le chauffage. Je sais donc à quoi m'en tenir. Je ne suis engagé qu'à payer les deux tiers en décembre. C'est seulement dix mille francs, et avec les quatorze de mobilier, cela fera seulement vingt-quatre mille francs. Nous sommes sauvés. Les entrepreneurs sont solidaires pour le retard, et se sont engagés à avoir tout fini pour le 15 novembre. Du 15 novembre au 5 décembre, le tapissier aura fini; j'en réponds. Nous n'aurons pas tout terminé; il faudra bien des choses encore, c'est-à-dire encore pour six mille francs de mobilier, et cinq mille francs de paiements, en janvier et février.

J'ai pris l'engagement à la Presse d'avoir fini les Paysans pour le 25 décembre. Ainsi, j'aurai un travail d'Hercule à accomplir en novembre et décembre. Mais aussi, dettes et maison, tout sera bien avancé vers la fin de décembre. Les Paysans ont produit une bien profonde impression et on en veut la fin. Il est impossible de tarder plus longtemps. D'ailleurs, en janvier et février, je finirai les Petits Bourgeois, et j'aurai accompli la tâche d'avoir payé tous mes créanciers par mes propres forces.

Tu ne saurais croire dans quelle nécessité je suis, pour achever le Constitutionnel. Hier, je me suis levé à dix heures et demie du soir, et je viens de travailler de onze heures du soir à cinq heures du matin. Je me suis reposé en t'écrivant, et je vais aller jusqu'à neuf heures! Je n'ai plus que dix jours pour faire quatorze chapitres de [la Cousine] Bette! C'est effrayant. Cette affaire de maison a pris tant de temps! Mais il faut aussi pour le 12, au plus tard, six mille francs : quatre mille à ma mère, et quinze cents pour des meubles. Il faut le temps de les demander et de se faire payer. Enfin, il faut que l'argent de Buiss[on] se trouve à mon retour.

Allons, adieu. Voici bien du temps (une heure) donné à mon Évelette. C'est une bien grande preuve d'amour, par la copie qu'il faut faire! A demain. Je te dirai par un petit mot les choses faites. J'ai entrepris de faire cette copie en trois jours, à trente feuillets par jour. Mille baisers. Ah! j'ai des insectes pour Georges. H aura son catoxantha. Je lui apporterai une boîte mirobolante. Je te presse avec idolâtrie sur mon cœur.

Hélas 1 dans mon évaluation, j'ai oublié pour douze à quinze cents francs de glaces, absolument nécessaires, car l'architecture et le décor des pièces les exigent. Donc, il faut regarder que ce sera dix-sept mille francs — dix- sept mille francs [de] réparations — deux mille francs de frais, cinquante mille francs d'acquisition. Total : soixanteneuf mille francs, et, si j'obtiens de Gudin, mon voisin, cent vingt mètres de terrain de plus, ce sera sept à huit mille francs à y ajouter. Nous aurons soixante- quinze mille francs, dont quarante mille à payer en trois ans, et les vingt-cinq mille francs de mobilier. Tu

vois, louloiip, que, si je fais tout cela en conservant cent actions, j'aurai mis dans l'hôtel louloiip tout par moitié avec toi, car il coûtera juste cent mille francs, y compris le mobilier. C'est là le résultat que je veux obtenir avec mes travaux et mon activité. Je travaillerai comme un [Alexandre] Dumas en décembre, janvier, février, mars et avril. Je te rebaise mille fois. Voici le jour.

Mardi [6 octobre]. Midi.

Hier, mon trésor d'amour, Germeau, le préfet de la Moselle, est venu au moment où je travaillais le plus. Mais il venait pour un intérêt qui m'est si sacré que j'ai reçu. Hélas! il m'a démontré clairement que nous ne pouvons pas nous marier dans la Moselle et garder le secret quinze mois. Après des consultations faites avec une conscience, un dévouement absolu, l'avis est que, dans les dangers de fortunes signalés, il fallait s'en tenir à un projet sans aucun péril, celui de nous marier à ton retour [d'Ukraine], à la fin de l'année prochaine, au risque de reconnaître V[ictor- Honoré] dans l'acte. C'est ton avis; c'est aussi le mien maintenant.

F[roment-] Meurice est venu dimanche prendre des renseignements sur ma solvabilité auprès de la Chouette et il lui a dit que la comtesse Bobv ^ lui avait parlé de nous. Tu sais qu'il m'en a dit aussi quelque chose; mais elle a parlé de notre mariage, et a dit que rEmp[ereur de Russie] avait les yeux sur toi, s'il en apprenait quelque chose. Si tu tiens au prix de Pawufka 2, prends le parti qui m'est conseillé. Quant à moi, je ne tiens pas le moins du monde à cette terre, que tu aurais dû donner à Anna, avec fidéi-commis. Je te le répète, par moi-même, j'aurai bien assez de fortune pour nous deux. Je gagnerai cent mille francs dans l'année 1847, avec : primo, la fin de Vautrin; secundo, les Vendéens^; tertio, le Député d'Aras ^: quarto, les Soldats de la République, et, quinto. Une famille ^. La Com[édie] Hum[aine] se réimprimera. En six ans de travail, je ferai ce que j'ai fait à Passy; c'est cinq cent mille francs. Maintenant, en cette affaire (celle du mariage), je suivrai aveuglément ta décision. Remarque bien que je ne dois pas trois cents francs à F[roment-] Meu[rice], et que je lui demande sa facture, sans pouvoir l'obtenir.

Je me suis levé cette nuit à une heure et demie; je travaille à corps perdu. J'aurai fini samedi le manuscrit et j'aurai, j'espère, achevé

1. Pobv : c'est-à-dire Bobvinsky; elle fut aimée du poète polonais Krasinski.

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