Voir t. III, p
3. Ne fut jamais écrit, pas plus que les Soldats de la République.
4. Dont la première partie seulement fut publiée du vivant de Balzac dans V Union monarchique du 7 avril au 3 mai 1847 et dont la fin, parue en 1853-1854, est l'œuvre de Charles Rabou. Voir p. 258, 326.
5. Voir t. III, p. 356; voir plus haut, p. 51 et plus loin, p. 139, 226, 244.
les épreuves mercredi, la veille de mon départ. La veine est ouverte; la copie coule à torrents l
Voici donc notre nouvelle marche. Je serai le 17 avec vous, et je vous quitterai, malheureusement, à Francfort. (Germeau avancera les affaires avec la douane, à Forbach.) Je reviendrai, à Paris, finir les Deux Musiciens et les Paysans, et je viendrai te chercher à Mayence, à ton retour de Dresde. Je resterai ostensiblement à Passy jusqu'à ce que Beau j on soit prêt, ce qui arrivera vers janvier. Tu auras, à Neuilly, sous mon nom, un appartement meublé, où tu seras très bien et très incognito. J'y vivrai, mais je viendrai tous les matins un instant à Passy, et, s'il le faut, j'y coucherai. Gomme cela, rien n'est à craindre. Je puis même louer à Neuilly, sous le nom de Gossart, et toi être une de ses parentes, malade ou venue de province pour accoucher. Tu seras introuvable.
Adieu pour aujourd'hui. Il faut encore faire douze feuillets de copie.
J'ai oublié quinze cents francs de glaces dans la maison. Elles étaient comptées comme mobilier. Cela ne change rien à mes calculs. Aime-moi bien; je travaille depuis que j'ai vu que tu m'aimais toujours. Je ne pense qu'à toi, même en écrivant.
Demain, je suis obligé de dîner chez ma sœur, pour juger le prétendu. Cela me fera perdre bien du temps. Ah I j'ai failli brûler comme le roi Stanislas ^ cette nuit. En éteignant mes bougies, mon paletot en basin a pris feu, et j'ai des papiers autour de moi, à un pied d'épaisseur. Le feu a pris sur moi avec une telle rapidité, que j'ai eu ma chemise roussie, quoique j'aie à l'instant appuyé mon bras sur ma table. C'est quelque chose d'incroyable comme le feu prend au coton. J'en ai été quitte pour la peur. Je ferai enlever demain tous les papiers. Est-ce bon signe, le feu? Mille baisers.
Pour que je parte le 15, il faut faire vingt-quatre feuillets par jour; sans cela, il faut remettre au 17 et ne te voir que le 19. Ça me donne la chair de poule! Je compte tant te voir (oh! te voir!) le 171 Une petite caresse encore à mon m[inou]. Pauvre beng[ali] ! Les torrents de café que je prends l'ont noyé. Adieu.
Mercredi [7octobre]. Quatre heures et demie.
Ma chère idole, je reçois à l'instant ta lettre, où tu me dis que le mariage d'Anna est avancé. Demain j'irai à la poste pour savoir si je puis partir, immédiatement, mais mes affaires sont alors dans le pire état. Si je puis partir, tu recevras, le lendemain du jour où tu auras reçu cette lettre, un petit mot pour t'indiquer le jour de mon arrivée.
1. Stanislas I®' Leczinski, roi de Pologne, qui en 1766, à l'âge de 88 ans, se laissa tomber dans le feu de sa cheminée et en mourut.
^K J'ai à payer quinze cents francs le 14; je ne sais comment faire. ^■Figure-toi que j'ai mille francs en réserve pour le meuble de Bâle, ^Pet, quand je suis allé au roulage pour dire : « Gardez-le-moi pour la fin du mois », on m'a dit : « Il est chez vous. » Je suis revenu et il était là. Des mille francs, il ne me reste que deux cents francs. Si je puis partir vendredi ou samedi, je serai le 12 [à Wiesbaden], comme me le demande Anna. Mais que dira-t-on? Le Constitutionnel! Mes affaires! Ah! grand Dieu! Mais pour toi je brûlerais Paris, je ferais attendre des rois, j'enverrais promener la fortune! ù as raison, il faut se dépêcher. Il me reste à écrire soixante-dix euillets. Surtout en faisant cette fugue, je ne peux rien demander à Véron. Si je pars le 10, au plus tard (tu le sauras), il me faudrait au moins quinze cents francs pour le paiement. J'ai vu ma mère; lie attendra jusqu'à la fin du mois.
Puis, je dois être reparti sur-le-champ. Ainsi, si le mariage est our le 12 (attends ma lettre), vous repartirez le 14 pour Francfort, t moi, le 15, de Francfort pour Paris, pour y être le 17. Adieu, mon idole chérie, ma vie! Je t'apporterai du café, des onbons à ma troupe et des insectes à Georgi. Mille tendresses. Je ais demain à la poste. (Il n'est plus temps aujourd'hui.) Je t'écrirai n mot demain; peut-être le recevras-tu en même temps que cette lettre. Au diable les romans, les journaux! Vive nos chers saltimbanques! Je vous adore! Et toi, mon petit min[ou] chéri, nous aurons deux jours à causer et à nous caresser comme des affamés! Je te baise partout.
Jeudi [matin, 8 octobre].
L'hôtel Bilboquet est dans une rue vierge ^; ô fille de Pythagore, il n'a pas de numéro. La petite chapelle Louis XVI ^ est toute en pierre de taille. J'étais si fatigué que j'ai dormi de dix heures hier à ce matin six heures. J'étais en train, sur la Cousine Bette, comme Bilboquet frappant sur sa grosse caisse! Je ne sais comment faire. J'ai les devis à signer dimanche, et je vais, ce matin, essayer de partir rendredi ou samedi. Enfin! je vous aime plus que tout!
On travaille à force à Vhôtel louloup. Mais, ô louloup, l'ébénisterie lécessaire se monte à six mille francs, et c'est pour rien. Mais il lut refaire un plafond, etc. Néanmoins, tout sera prêt pour le 15 déîmbre. C'est le calorifère qui retarde. Il faut creuser une cave et [extraction des terres gêne tout. Santi, l'architecte, passe les nuits, 'aurai les plans à te laisser. A dans trois jours, si je pars demain, [e t'écrirai un mot aujourd'hui même. A dix heures, je sors, pour
1. La rue Fortunée : Fortunée, prénom de M"» Hamelin, l'une des merveilleuses 1 Directoire et actionnaire des terrains sur lesquels la rue fut ouverte en 1825.
2. Qui n'existe plus. Cf. P. Jarry, le Dernier logis de Balzac, p. 70.
aller voir à la poste. Sois béni, mon divin loup : ma vie entière S9 passera à te rendre heureuse, et tu le verras bien en voyant ton hôtel !
A MADAME HANSKA, A WIESBADEN
De la poste, jeudi, onze heures [8 octobre 1846]. '
Qière Comtesse,
Je pars demain vendredi, le 9. Je serai le 11 à Wiesbaden, pour dîner, et j'aurai faim. Faites le mariage pour le 12. Mille tendresses à tous.