‹ Lettres a l'étrangereChapitre 36 sur 120 · A MADAME HANSKA, A FRANCFORT · texte numérisé non relu

A MADAME HANSKA, A FRANCFORT

[Paris, samedi 17 octobre 1846.] Quatre heures.

Bureau du Messager

Mon cher trésor, arrivé ce matin à six heures, je me suis couché, puis, pour me débarrasser de mes courses, avant de me mettre au travail, je suis parti en voiture.

Je t'écris du Messager, où je fais mettre l'annonce qui a manqué par suite d'une niaiserie de la directrice de la poste. Je te l'expliquerai. Il faut aller moi-même à six journaux ^.

Le Constitutionnel est dans la plus vive inquiétude, et moi, il me faut bien de l'argent à la fin du moisi Je me mets donc à l'œuvre demain, car il faut écrire quatorze chapitres de la Cousine Bette, d'ici au 27. C'est dix jours! Je me suis donc débarrassé de quelques courses pendant cette fatigue qui ne me permet pas d'écrire d'ici à demain.

Que faire? Le Nord est à six cent quatre-vingt-dix francs. S'il baisse, je puis perdre deux mille cinq cents francs sur le paiement de Pelletereau. Ce n'est rien de les perdre I II faut les rapporter, les trouver I Je vais essayer de faire dix-huit mille francs avec Furne* et les journaux.

Je suis excessivement fatigué, mais bien portant. Enfin, demain je IP travaille. Tu auras une lettre non pas demain dimanche, mais jeudi, quand je saurai où l'adresser.

Mille tendresses. Que veux-tu que je t'écrive dans un bureau de rédaction de journal? Il me faut autant d'énergie que d'amour. Juge où j'en suis!

J'ai payé les cent francs Buquet, les cent francs Mage. Il n'y a rien dans ma bourse, mais j'ai de l'encre dans mon écritoire!

Mille baisers; avec des nuits comme la dernière, on changerait les Alpes en or, pour son Eve.

1. Voici cette note, imprimée dans le Messager du 18 octobre 1846. « On écrit de Wiesbaden, 13 octobre :

« On a célébré aujourd'hui, dans l'église catholique de cette ville, le mariage d'une

des plus riches héritières de l'empire russe, celui de M^^e la comtesse Anna de Hanska avec le représentant de la vieille et illustre maison des Vandaline, le comte Georges Mniszech. M. de Balzac était un des témoins. Les nouveaux époux ont quitté Wiesbaden après la cérémonie.

« Par sa mère (née comtesse Rzewuska), la mariée est arrière-petite-nièce de la reine de France Marie Leczinska, et le comte Georges, petit-neveu du dernier roi de Pologne, descend en ligne directe du père de la célèbre et infortunée czarine Marina Mniszech, dont l'histoire a été écrite par la duchesse d'Abrantès. »

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