Cette lettre manque
2. Sur le rôle de la langue fumée dans les voyages de Balzac, voir' es Cahiers balzaciens, n^ 7, p. 18 et 76.
onze heures, pour déjeuner. La Chouette est au plus haut degré d'une maladie nerveuse qui affecte en ce moment l'estomac. Elle vomit le sang à cuvettes, et elle est restée au lit. M. Nacq[uart] viendra consulter mardi pour elle; elle n'a donc rien fait et n'a pas mis l'article à la poste. Elle n'avait d'ailleurs pas reçu la lettre de Francfort. Tout cela est compliqué d'un bureau de papier timbré qu'elle compte avoir gratis.
Au milieu de mon déjeuner était en haut le directeur du Constitutionnel^ qui, descendu, m'a trouvé recolant les épreuves de la Cousine Bette, laquelle a un succès étourdissant. Les inquiétudes de Véron sont d'autant plus grandes, et, alors, j'ai calmé tout, en avouant mon voyage et disant que j'étais revenu tout finir. Cela m'a mené jusqu'à une heure. Il a fallu aller à la poste, chercher aux lettres, et débrouiller le quiproquo de la lettre de Francfort. J'ai trouvé pour cinq francs de lettres, parmi lesquelles brillait une petite étoile de Wiesbaden, ta gentille écriture. La directrice avait lu Monsieur de Brugnol pour Madame de Brugnol, et avait gardé la lettre. J'avais une voiture de Louis 1; il fallait courir aux journaux! D'ailleurs, par réflexion, j'ai été content de ce contre-temps, car elle aurait pu faire, dans cinq bureaux de rédaction, des cancans à sa façon. J'ai donc été consolé. Mais, sais- tu ce que c'est d'aller dans cinq bureaux de rédaction? C'est cinq causeries plus ou moins longues. Outre cela, je m'étais donné pour tâche de payer Buquet, de payer les quinze cents francs pour la cheminée et le bahut, etc., enfin, de faire toutes mes courses, afin de me jeter ensuite, sans arrêt forcé, sur la Cousine Bette. J'ai tout fait, et j'ai trouvé le moyen de t'écrire un petit mot sur le bureau du Messager, à trois heures, pendant qu'on composait notre article. On me l'a donné en quadruple épreuve, et, ta lettre mise à la poste, j'ai tout fait. Mais je ne suis revenu qu'à sept heures. Je ne me suis endormi qu'à neuf heures et demie et me voici. Je viens d'écrire à Lirette ^ et je vais lui envoyer ta lettre collective. J'irai lui donner des détails. Voici le jour qui se lève.
Maintenant, mon Évelin, nos affaires vont mal. La baisse du Nord est effrayante et inexpliquée. Cependant il y a emprunt en Angleterre, pour l'Irlande; emprunt en Prusse; emprunt en Autriche. Que deve-
Inir? D'ici [au] 5 novembre il y a vingt jours. Est-ce en vingt jours j^ue je puis trouver dix-huit mille francs? Je les ai en [réalité] chez Furne et par les Paysans ; mais le fils Chl[endowski] ne fera d'affaire avec moi que marié, et il faut attendre. Je ne peux pas me résoudre il réaliser une pareille perte sur les meilleures valeurs. Si, de Dresde, tu pouvais faire un effort! Moi, j'en aurai fait un; je puis avoir huit à neuf mille francs. Mais quelle infernale activité ne me faut-il pas?