Écrivain génois, ami de Balzac (voir t. III, p
2. Miville- Krug, de Bâle. Le Bottin le mentionne à la rubrique : gravures, tableaux, curiosités. Pour le meuble en question, Balzac avait dû payer sept cent cinquantesept francs d'achat, port et douanes.
au Constitutionnel, et je vais me remettre immédiatement à l'œuvre.
Hélas, la caisse en fer inforçable et indécrochetable que j'ai commandée pour être placée dans le bas du meuble hollandais, coûtera cent quatre-vingt-dix francs de plus que je ne le croyais; elle pèsera trois cents livres. C'est affreux. On ne sait pas ce que c'est qu'une maison à monter, en achetant tout ici néanmoins à des prix réduits. Et quelles courses il faut faire pour remonter jusqu'à la source primitive, à l'ouvrier qui fait de première main !
J'ai écrit au propriétaire de la rue de la Tour, et dimanche nous irons voir la maison.
Hier, ma mère est venue au moment où je finissais ma lettre, et elle me l'a fait couper court, pour ne pas manquer l'heure de la poste, et je suis sorti pour porter les insectes chez Buquet et le payer. Elle m'a fait oublier ta bonbonnière que je voulais remettre à Fr[oment]- Meurice, pour y réémailler les feuilles.
Oh ! cher Évelin, comme je t'aime I Me voilà ne pensant plus qu'à toi, te désirant et sentant encore ta chère senteur, entendant le bruit de tes pas, et me revoyant au clair de cette lune qui brillait dans le Rhin! Toutes ces souvenances me poursuivent et me troublent. H faut s'en rendre maître et travailler, mais travailler immédiatement, car il faut vingt jours de travail obstiné pour achever ces deux histoires [des Parents pauvres] qui t'ont plu.
Adieu pour aujourd'hui, car j'ai à lire mes épreuves et à trotter dans Paris. Je veux vendre les Sèvres à SoUiage ^ pour ce que je lui dois, et j'ai deux journaux encore à voir pour ton réabonnement. Mille caresses à mes belles et bonnes épaules, que je n'ai pas assez eues, et à mon m[inou] bien aimé.
Samedi [19 septembre].
Tu es réinscrite [aux journaux] pour Wiesbaden, jusqu'au 15 octobre, et tout t'est adressé poste restante, car je n'ai pas trouvé (que tout à l'heure), le petit papier sur lequel Georges, notre cher enfant, a mis ton adresse. En fouillant mon portefeuille et mettant tout en ordre sur mon bureau, j'ai fini par l'avoir, car je ne perds jamais rien. Je me suis levé ce matin à quatre heures et demie.
Ah ! dans mes courses, hier, j'ai appris que l'ouvrage de Brongniart coûtait cinquante-quatre francs. Mais j'espère l'avoir à meilleur marché.
Le gendre de Chl [endowski]^ ne se nomme pas Dombros[ki], mais Dembouski. C'est un r de moins et un e à la place de l'o.
Les loyers sont d'une exorbitance croissante dans Paris.
1. Ou plus exactement Soliliage jeune, curiosités, 29, boulevard Beaumarchais
2. Chlendowski était un comte polonais, établi libraire, 8, rue du Jardinet; il édita la Lune de miel {Béatrix), les Trois amoureux (Modeste Mignon) et les Petites misères de la vie conjugale, illustrées par Bertall. Voir plus loin p. 84.
J'ai encore la chance d'avoir pour quarante mille francs un terrain convenable dans les terrains de l'ancien Tivoli; mais il faut se dépêcher.
Tu verras que le Nord ^ hausse, et il y a espoir, pour les premiers jours d'octobre, de le voir à un taux qui me permettrait de sortir une somme de quarante-cinq mille francs. Seulement, il faut pouvoir acheter si cela baisse, et il y a tant de gens qui veulent en sortir que cela est très probable.
La Ch[ouette] est pire que jamais. Elle veut suo denario immédiatement. C'est un ennemi à la maison. Ça m'engage joliment à bientôt terminer assez de volumes pour la satisfaire, car je tiens à payer tout ce que je dois par ma plume. Je suis effrayé de devoir précisément treize mille francs au trésor [-louloup]. Il est vrai que j'ai pour vingt mille francs de valeurs pour la maison.
J'ai rencontré Pion ^ hier. Tout est fini entre lui et le Roi. Le Roi attend ; ses terrains ont doublé. A peine les maisons bâties, elles sont louées. Les chemins de fer amèneront une population flottante de cent mille personnes par jour, et la ville abat tant de maisons au centre, que toute la population réagit sur les extrémités. Tout ce que je prévoyais, il y a deux ans, se réalise, et dès que j'aurai quarante mille francs, j'achèterai un terrain dans le quartier Tivoli. Cela doublera en deux ans.
Je voulais hier voir Granier [de Cassagnac], à V Époque y car il a des terrains à vendre. Il en a trop pris pour ses moyens. J'irai tout visiter aujourd'hui; ce sera ma promenade et ma distraction. Les Girardin sont absents, m'a-t-on dit à la Presse.
Adieu, pour aujourd'hui, louloup^ bien-aimé. Ton petit salon vert (à part la pendule à monter, le lustre à monter, et les vases de [Saint-] Pétersbourg à faire venir, et les chaises à garnir, les vases à monter), est à peu près complet. C'est environ huit cents francs de dépenses encore, sans compter la fenêtre, la portière et la glace; en tout, dix-sept cents francs, et c'est une pièce finie, Miville payé, bien entendu. Je ne compte pas non plus la table d'Anichette, et la jardinière. Comme tout cela m'amuse! C'est mes seules distractions. Ce petit salon vert sera ton boudoir, ta chambre de travail, d'écriture, etc. Tout y sera marqueterie, Louis XV et rococo. Tu y auras ton Adam et Ève^ le Greuze, et d'autres tableaux du siècle de madame de ompadour. Je t'y voudrais deux Watteau. Tu y as quatre chaises,
petit canapé sec, et une bonne ganache, avec une chauffeuse, nge, mon bon petit loup^ que j'ai amassé une à une les fleurs en eux Sèvres qui composeront le lustre, pièce à pièce, dans mes courses,
1. Quinase actions du chemin de fer du Nord, achetées par l'entremise de RothsliW (voir t. III, p. 96).