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Son domestique

5. Voir plus bas, p. 259 : « Jacques, le peintre, ce mauvais drôle. »

enflammées. Mais je ne puis pas m'arrêter avant d'avoir mis la maison en ordre et rangé la bibliothèque et les papiers.

Les consoles de Servais viennent d'arriver pour les deux vases grand mandarin. A toute heure il arrive des choses qu'il faut recevoir. Tout donne lieu à des remaniements coûteux. Les deux lanternes, au premier et au rez-de-chaussée, doivent être diminuées.

Je dîne tous les jours chez le restaurateur, car je ne puis pas faire encore de cuisine, et cette vie, qui coûte trois cents francs par mois, est exécrable.

Les échéances arriveront. Tout se double comme dépense, et il faut pouvoir travailler.

Il faut dix jours de persistance, de courses, etc., pour açoir des stores aux quatre jours de la galerie!

J'aurai trois mille francs chez les Grohé^! Vous aimiez si peu les meubles en bois de rose de Fabre, que j'ai donné deux cents francs pour ne pas les avoir, et il faudra quinze cents francs à Grohé pour les siens.

Vous raconter tous ces ennuis, ces mécomptes, ces dépenses grossies, ça serait vous faire verser des larmes. Il y a pour trois mille francs de glaces, sans compter celles de la bibliothèque! Je ne sais pas où me fourrer. Je vais travailler à en mourir, finir les Paysans, faire du théâtre 2, achever le Député d'Arcis^ et brocher une œuvre aux Débats^, car il faut aller vous retrouver en Ukraine, ou je périrais d'ennui. Croiriez-vous qu'en travaillant comme un commissionnaire, en fatiguant comme un soldat, allant, venant, courant, je sens un vide et un ennui qui me tuent !

J'ai envoyé Pauline et sa mère au Vaudeville, voir Arnal ^. Elles vous parleront de cela.

Enfin, dans cinq à six jours, je vais être à mon bureau de travail et prendre une vie régulière, travailler au jour, et dormir pendant les chaleurs.

Ayez l'excessive bonté d'écrire à Wolf de tout envoyer ce que vous avez acheté à Dresde ^. Tout ce que vous avez pris là était nécessaire, indispensable.

1. Grohé frères, fournisseurs du Roi, médaille d'argent à l'Exposition de 1839 et médaille d'or à celle de 1844. Meubles et objets d'art, 30, rue de Varennes.

2. La Marâtre, drame intime en cinq actes et huit tableaux, représenté pour la première fois au Théâtre-Historique, le 25 mai 1848.

3. Dont la première partie parut dans V Union monarchique du 7 avril au 3 mai 1847. Voir p. 71, 326.

4. Il n'en brocha aucune, mais se proposait d'adresser à ce journal, sous le titre de Lettre sur Kiew, le récit de son voyage et de son séjour en Ukraine. Cette lettre,, inachevée, a été publiée dans les Cahiers balzaciens, n° 7. Le voyage de Balzac^ avait été annoncé à grand fracas dans Les Débats du 4 septembre 1847, et aussi, deux jours après, dans le Charivari.

5. Pauline Moniuszko et sa mère. M™» Aline Moniuszko, sœur de Mn^" Hanska, étaient allées au Vaudeville, pour voir le fameux comique Arnal dans la Vicomtess»^ Lolotte et dans Ce que femme veut.

6. Sur ces achats de M™^ Hanska à Dresde, voir la Véritable image de M^^ Hanska, p. 11.

Avant le 15 juin je n'aurai encore aucune pièce de complète! C'est effrayant. Maintenant, voulez-vous connaître Paris? M. Ramée^, un des plus savants architectes de France, un homme qui professe et qui restaure, avec deux millions que le gouvernement lui alloue, la cathédrale de Beauvais, a vu notre œuvre. Il a tout parcouru et il m'a demandé : « Depuis quand avez-vous commencé ? — Depuis neuf mois, et il en faut encore deux. Mais ce que j'ai dépensé de colères, d'irritation et de temps vaut la maison ! — Neuf mois, a-t-il repris! Moi, en deux ans, je n'y serais pas arrivé!

Depuis huit jours je n'ai pas eu le temps d'écrire deux mots à Doctor^. Je n'ai pas eu le temps de me faire la barbe, de mettre une chemise! Au moment où je vous écris, il y a Fabre et quatre ouvriers qui travaillent autour de moi. J'aurai des ouvriers encore pendant trois semaines.

Croiriez-vous que Jacques, le peintre, ce mauvais drôle, disait à Petit, le restaurateur des coupoles, d'en faire le moins possible!... Les coupoles, vous n'en avez vu que les squelettes. J'ai distrait le compte de M. Petit des comptes de Jacques. Il travaille pour moi; il en a encore pour deux jours, et il ne sera payé que quand nous serons contents. Les coupoles seront magnifiques; tout y sera en harmonie, mais quelles dépenses ! Tous les gens d'esprit disent la même chose : « Ce n'est pas une maison, c'est un écrin !» Et je me dis : « Le diamant n'y est cependant pas encore! »

Ce que Grohé a à faire de supports, c'est fabuleux ! Il y en a huit en bois. M. Paillard en a huit en cuivre doré. Les raccords de peinture ne seront finis que la semaine prochaine. Or, tant que j'aurai à me préoccuper d'ouvriers à faire venir, de travaux, de choses à finir, à compléter, comment travailler? C'est impossible.

J'ai ajourné les deux constructions accessoires, à juin 1848; c'est une affaire de deux mille francs.

Madame de Girardin ^ est gravement malade. Je l'ai su par Méry *. Il a fallu lui faire une visite hier, et j'ai appris là un monde de choses que je vous dirai de vive voix.

Vous voyez comme je vous écris? Chaque alinéa constitue une interruption.

1. Né le 18 avril 1764 à Charlemont (Ardennes), mort le 18 mai 1842 à Beaurains (Oise).

2. Auquel Balzac avait fait une commande de linge à son récent passage à Francfort. « Avant son départ, écrivait, le 13 mai 1847, M™» Hanska à sa fille, il [Balzac] a fait des commandes de linge ici, ce qui a rendu bien fiers les Francfortois. » Cf. la Véritable image..., p. 20.

3. M™e de Girardin, née Delphine Gay, grande amie du romancier qu'elle célébra dans la Canne de M. de Balzac et raccommoda plus d'une fois avec Emile, son mari, directeur de la Presse. Elle mourut en 1855. Cf. H. Malo, Une muse et sa mère (Paris, Émile-Paul, 1924, in-8) et la Gloiredu vicomte de Launay (Paris, Émile-Paul, 1924,in-8).

4. Poète d'une extraordinaire fécondité, né aux Aygalades, près Marseille, le 21 janvier 1798, mort à Paris, le 17 juin 1866. Balzac lui avait rendu visite à Marseille lors de son passage avec M"»® Hanska en octobre et novembre 1845. Cf. Lettres à l'Étrangère, t. 111, p. 120-125.

N'oubliez pas de me faire raconter, à Wierzchownia, cet hiver ^, les comédies que Fabre a jouées pour obtenir de l'argent. C'est quelque chose de merveilleux. Les méridionaux français sont supérieurs à tout ce que les romanciers peuvent inventer sur eux. C'est quelque chose de prodigieux.

J'ai pour quatre cents francs de verrerie ordinaire et de porcelaine ordinaire. Si vous rencontrez jamais, comme l'hiver dernier à Dresde, quelque chose de magnifique en verrerie ou cristaux de Bohême 2, pensez à moi.

J'ai été trois jours entiers à ranger et à compter le linge! La lingerie est encore à peindre et à terminer.

Je vais demander à être fait officier de la Légion d'honneur 3, pour avoir enfanté les prodiges de la rue Fortunée 1

Le petit père Santi m'a demandé de lui faire un effet de mille francs.

Voici ce qu'il y aura à payer en juillet et août, pour le moment : Servais, deux mille francs; miroitier, mille francs; Chapsal, quinze cents francs ; tapis, six mille francs ; étoffes, deux mille francs ; entrepreneurs, huit mille francs ; linge *, deux mille francs ; Santi, mille francs. Total, vingt-trois mille cinq cents francs, et ma mère ^ huit mille francs. Total, trente-deux mille francs. D'ici là, j'aurai bien pour huit mille francs à payer au comptant. Mettez Buisson et Labois, c'est cinquante mille francs environ. Puis, il faut de l'argent pour mon voyage, et il en faudra laisser au frère de Gossart pour les impositions, le concierge, et lui en envoyer pour les payements, que je reculerai en mars 1848 ^, et qui seront : Froment-Meurice, Paillard, Grohé, Liénard '. En tout, treize mille francs; et le reste des mémoires des entrepreneurs, sept mille francs; ça fera vingt mille francs. Ceci retardera d'un an ma libération définitive. Voilà ce que vous m'avez demandé.

D'ailleurs, tant de sacrifices, d'ennuis, ne seront pas perdus. La petite fille sera dans son écrin comme doit y être une chose précieuse, un diamant sans pair, un bijou sans rival!

1. Balzac, en effet, passa l'hiver à Wierzchownia. Arrivé le 13 octobre 1847, il n'en repartit qu'en lévrier 1848.

2. Quelque chose de semblable au hanap que lui avait offert son admiratrice la comtesse Ida de Bocarmé, en mars 1844, On trouvera la reproduction de ce chefd'œuvre de cristallerie, publiée par M. Bouteron, dans Bettina ou le Culte de Balzac, avec description (p. 51). Voir plus loin, p. 265.

3. Il avait été fait chevalier, par décret du 24 avril 1845, en même temps qu'Alfred de Musset et Frédéric Soulié. Le décret n'avait paru au Moniteur que le 1^' mai suivant. Cf. Lettres à V Étrangère, t. I, p. 369; t. III, p. 100 et aussi : V Illustration du 3 mai 1845 (p. 147); le Charivari des 22 mai et 13 août 1845.

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